Après le conte Trois mille ans à t’attendre, George Miller renoue avec sa saga fétiche, Mad Max, l’enrichissant d’un quatrième film, en l’occurence un préquel à Fury Road. Porté par Anya Taylor-Joy, Chris Hemsworth, Tom Burke, Quaden Bayles ou encore Nathan Jones, Furiosa : Une Saga Mad Max s’intéresse ainsi à la trajectoire intime de celle qui deviendra une Imperator pour le compte de l’infâme Immortan Joe.
Comme il le démontre à chaque excursion au cœur de la Désolation, George Miller aime à se renouveler, modifiant son sens de la narration et de la mise en scène afin d’apporter du sang neuf à sa saga fétiche. Il est vrai qu’en quatre opus, Mad Max a toujours su évoluer, l’univers post-apocalyptique se dévoilant sous nos yeux s’éclairant à chaque fois sous un jour nouveau. Ce que nous avions pu constater il y a près d’une décennie avec Fury Road qui, sous son aspect rutilant prouva du savoir-faire intact du cinéaste australien, se nourrissant du chaos pour nous en mettre plein la vue. Alors, lorsque s’est concrétisé la production d’un cinquième film, la curiosité était au rendez-vous quant à l’angle qui serait choisi par ce dernier pour apporter une réelle plus-value au folklore qu’il a imaginé en 1979.
Pour ce nouveau chapitre, Miller s’intéresse ainsi aux origines de Furiosa, personnage phare du précédent volet, qui devient ici une véritable figure mythologique dans ce préquel reprenant les thématiques évoquées dans Trois mille ans à t’attendre concernant la puissance dramaturgique de la fiction et le rapport à l’image – des éléments cruciaux dans le déroulement du long-métrage, qui prend le chemin du récit épique pour remettre en contexte la vie au sein de cette Australie dévastée qui sert de cadre à la franchise. Un enfer sur Terre ne laissant que peu de répit à ceux qui y déambulent, enfants compris, aucune place n’étant laissée à l’innocence. Ce qui donne lieu à une virée anarchique dans le passé de notre protagoniste, forgeant sa légende au gré des épreuves subies tout du long de sa jeunesse, jusqu’au moment où nous public avons fait sa connaissance.
Structurellement pensé en chapitres, Furiosa se veut de ce fait une fable, servant à ériger son personnage central en symbole. Une héroïne de l’ombre, où plutôt un ange de la vengeance, s’affirmant au contact des âmes en peine croisées dans ce monde funeste où l’espoir n’est qu’une illusion. Mettant la pédale douce en termes de rythme, ce qui a de quoi marquer une distinction avec Fury Road, le réalisateur et scénariste s’applique à démontrer de la force de caractère de cette fille arrachée à son Eden et à ses proches par un gang de motards sans foi ni loi menée par l’impitoyable Dementus, se devant de survivre dans un purgatoire désertique. Un kidnapping loin de sceller son destin, notre as du volant ne manquant ni de force ni de ressources pour se sortir de ce guêpier, quitte à voler avec de redoutables aigles de la route.
Portée par Anya Taylor-Joy, qui prend avec brio la relève de Charlize Theron (et se voit bien aidée par un Chris Hemsworth en mode némésis dérangé), ce volet se plaît à prendre des routes sinueuses plutôt que de foncer tête baissée vers le désordre et la violence, donnant de ce fait une certaine aura à cette cinquième virée en pleine Désolation, tantôt dramatique, tantôt rutilante bénéficiant de la maestria de George Miller question mise en scène. Que ce soit dans les moments intimistes ou grandiloquents, notre pilote sait exactement comment mener sa barque et impressionne par son sens du cadre, n’ayant nul besoin de tunnels de dialogues pour donner du corps à son œuvre, l’image se suffisant à elle-même pour expliciter le mythe Furiosa.
Toujours aussi habile derrière une caméra, George Miller effectue un nouveau tour de piste flamboyant au sein de la saga Mad Max avec Furiosa, qui navigue avec précision au cœur du chaos pour enrichir sa mythologie.
