Deux ans après Bullet Train, David Leitch poursuit son périple dans le domaine de l’action avec The Fall Man, l’adaptation cinématographique de la série L’Homme qui tombe à pic, portée par Ryan Gosling, Emily Blunt, Aaron Taylor-Johnson, Hannah Waddingham, Winston Duke, Teresa Palmer ou encore Stephanie Hsu. Au menu, les mésaventures d’un cascadeur appelé à la rescousse pour sauver le tournage d’une super-production…
Un cascadeur devenant chasseur de primes une fois sorti des plateaux de tournage, cela ne vous rappelle t-il pas un programme télévisé ? Si l’on vous dit Lee Majors ? Colt Seavers ? Là plus de doute, vous savez que l’on parle de L’Homme qui tombe à pic, série iconique des eighties, qui aura fait les beaux jours d’ABC de 1981 à 1986 mais également de nos chaînes hertziennes en France, la création de Glen A. Larson ayant été multirediffusée.
Un show typique de son époque, qui se voit remis au goût du jour par un cascadeur en personne, David Leitch, qui a réussi à creuser son sillon dans le milieu du septième art, faisant ses armes derrière la caméra sur le premier John Wick aux côtés de son confrères Chad Stahelski avant de voler de ses propres ailes en tant que réalisateur. Depuis, ce dernier s’est frotté entre autres à la franchise Deadpool et Fast & Furious – avec le spin-off Hobbs & Shaw – et plus récemment donc Bullet Train. Ce qui lui a permis de confirmer son style, où les coups pleuvent dans une atmosphère détendue, à la cool quoi. Une patte désormais reconnaissable, que l’on retrouve en substance dans The Fall Guy, qui se sert à bon escient des bases d’un objet télévisé pour alimenter un blockbuster un brin méta, mettant en lumière un métier de l’ombre par le biais d’une comédie dopée à l’action, n’hésitant pas à jouer la carte du second degré pour pointer du doigt le cynisme d’une industrie préférant la rentabilité à la créativité.
En résulte une adaptation parvenant contre toute attente à trouver sa propre voie passés quelques balbutiements en cours de route (quelques longueurs se font ressentir pour tenir sur deux heures de métrage, une durée qui aurait pu être raccourcie d’une quinzaine de minutes), la mécanique se huilant plutôt bien dès le moment où le scénariste Drew Pearce se rend compte que la dérision doit être le moteur du film. Ainsi, les tribulations de Colt Seavers, un ancien cascadeur reprenant du service suite à un malencontreux accident de tournage, se révèlent divertissantes à suivre grâce à cette volonté de ne pas se prendre la tête en termes d’intrigue et de direction d’acteurs. Que ce soit devant ou derrière la caméra, le mot d’ordre est de s’amuser, ce qui se ressent à l’écran. Au cœur d’un Sydney transformé en terrain de jeu pour grosse production, notre protagoniste se mue en héros malgré lui, se retrouvant à chercher l’acteur pour lequel il est la doublure – dont l’absence pourrait sonner le glas de ce film à gros budget qu’est Metalstorm. Soit la première réalisation de Jodie Moreno, qui n’est autre que l’ex de ce pauvre Colt, compliquant son retour sur les plateaux, qui prend de ce fait des allures de chemin de croix pour le moins chaotique.
Multipliant les retournements de situations et moments de bravoure, The Fall Guy se nourrit de ce chaos pour proposer un spectacle généreux où les cascades font office d’attractions, le but de David Leitch étant de saluer ce corps de métier qu’il connaît si bien mais également de montrer la réalité derrière ces tours de passe-passe destinés à en mettre plein les mirettes aux spectateurs. Une plongée côté coulisses qui égratigne gentiment cette machine gargantuesque qu’est Hollywood, où les décisionnaires ont le mauvais rôle – ce qui donne du corps à ce délire musclé, sachant tirer profit du capital sympathie de sa distribution. Complémentaire, le tandem Ryan Gosling/Emily Blunt s’éclate à se chamailler, à se rabibocher, tandis que parmi les seconds couteaux Aaron Taylor-Johnson et Hannah Waddingham se moquent efficacement de leur image.
En revisitant à la sauce blockbuster L’Homme qui tombe à pic, David Leitch met sous le feu des projecteurs le métier de cascadeur, livrant avec The Fall Guy un divertissement teinté d’ironie porté par un duo Gosling/Blunt complice. Une sympathique proposition.

1 a réfléchi à «[Critique] The Fall Guy, dans le feu de l’action»