Pour l’inauguration de son édition 2024, le festival Séries Mania a préparé au public lillois un petit hors-d’œuvre en leur proposant en avant-première les deux premiers épisodes de la nouvelle série de David Benioff et D. B. Weiss qui, après Game of Thrones sont de retour avec Le Problème à 3 Corps, l’adaptation du roman S-F de Liu Cixin – première partie d’une trilogie littéraire dont le succès aura su dépasser les frontières du territoire chinois.
Synopsis :
Dans la Chine des années 60, une jeune femme prend une décision dont les répercussions à travers le temps et l’espace vont affecter le monde d’aujourd’hui. Lorsque les lois de la nature se délitent inexplicablement sous les yeux d’un groupe soudé de brillants scientifiques, ils unissent leurs forces à celles d’un inspecteur peu orthodoxe pour affronter la plus grande menace de l’histoire de l’humanité.
Cinq ans après la conclusion de Game of Thrones, qui aura divisé les fans, David Benioff et D. B. Weiss ne se facilitent pas la tâche pour leur retour à la télévision, ayant jeté leur dévolu sur une oeuvre fleuve ayant fait date dans le domaine de la hard science-fiction, à savoir la trilogie des Trois Corps, aussi appelée Chroniques de la Terre, que l’on doit à l’auteur Liu Cixin. Un récit pour le moins ambitieux, se partageant donc en trois tomes, le premier étant Le Problème à Trois Corps, point d’entrée à un univers riche et complexe, se partageant entre théories méta-physiques, thématiques philosophiques et politiques.
Déjà transposé sur le petit écran l’année dernière sur le sol chinois, le roman se présente sous un nouveau jour sur Netflix, qui a donné son feu vert à une adaptation au format sériel, commandant ainsi une première saison composée de huit épisodes. Pour mener à bien cette relecture, à destination d’un public international, notre tandem de showrunners s’est associé à un troisième collaborateur, Alexander Woo, scénariste ayant notamment fait ses armes sur True Blood. Une équipe créative déterminée à respecter l’esprit de Cixin, en suivant sa trame générale, tout en n’hésitant aucunement à s’octroyer des libertés (en terme d’ancrage géographique, de construction de personnages) pour que les histoires ici contées gagnent en lisibilité, le trio privilégiant la démonstration à l’exposition. En synthétisant les multiples concepts scientifiques abordés par l’auteur, afin de se concentrer davantage sur la dimension sociologique, s’établit un choix, celui de mettre l’humain en avant.
Un constat se dégageant des deux premiers épisodes dévoilés en avant-première à Séries Mania, qui font office d’introduction à une mythologie que l’on sait vaste mais qui dévoile tout de même ses enjeux à un bon rythme. Se partageant entre passé et présent, entre l’Asie et l’Europe afin de nous présenter le défi s’apprêtant à s’imposer à l’humanité (dont nous ne révélerons pas la nature pour que la surprise soit au rendez-vous pour les néophytes de l’oeuvre), le scénario joue sur la notion d’anticipation en soulignant que nous ne voyons que la partie immergée de l’iceberg quant aux principales storylines accaparant notre attention. Soit la trajectoire de l’astrophysicienne Ye Wenjie au sein d’une Chine en proie à une révolution culturelle d’une part ainsi que la quête commune d’un groupe de scientifiques devant percer le mystère d’une vague de suicide touchant leur profession. Deux intrigues parallèles à deux époques différentes, partageant des connexions cruciales pour l’avenir de l’humanité (et de la série).
Si elles s’imbriquent plus ou moins efficacement, les pièces du puzzle assemblé par David Benioff, D. B. Weiss et Alexander Woo laissent poindre un motif qui pourrait avoir de la gueule si la qualité d’écriture de même que la réalisation gagnent en puissance. Pour l’instant, le résultat paraît un peu brouillon mais l’on ressent indéniablement une envie de proposer un divertissement généreux, où l’émotion prend le pas sur l’intellectualisation, vecteur d’interrogations diverses et variées sur les croyances de chacun. Vu le sujet du show, de tels questionnements ne manquent pas de pertinence car, comme dirait l’autre la vérité est ailleurs, mais il ne faudrait pas trop que nos têtes pensantes prennent encore plus de distances avec l’oeuvre de Liu Cixin – certaines simplifications pouvant amoindrir l’impact de ce qui doit nous attendre par la suite. Quoiqu’il en soit, Netflix a clairement mis les moyens pour le public se laisse embarquer dans cette odyssée méta-physique, le budget paraissant conséquent vu le casting engagé et les effets-spéciaux de bonnes factures.
D’ailleurs en parlant de la distribution, celle-ci est clairement impliquée dans ce projet, même si le nombre conséquent de protagonistes empêchent certains de briller – du moins pour le moment. Quoiqu’il en soit, Eiza González, John Bradley, Jess Hong ou encore Benedict Wong sortent déjà du lot et aident à nous impliquer dans cette épopée S-F qu’est Le Problème à 3 Corps. Une série qui ne manque pas de potentiel. Pour découvrir ce que réserve les six épisodes restants de cette première saison, il faut désormais patienter jusqu’au 21 mars, date de sortie de la série sur la plateforme.
