Figurant parmi les titres en lice au sein de la Compétition Officielle de l’édition 2024 du festival, Boarders a été présentée en avant-première française au public lillois de Séries Mania. Créée par Daniel Lawrence Taylor (Timewasters) et comprenant au casting Josh Tedeku, Jodie Campbell, Myles Kamwendo, Sekou Diaby, Aruna Jalloh, Derek Riddell, Niky Wardley ou encore Harry Gilby, la série anglaise se concentre sur le parcours de cinq adolescents issus des quartiers populaires au coeur d’un prestigieux lycée devant se refaire une réputation.
Passée une courte excursion dans le domaine de la science-fiction, Timewasters ayant duré deux saisons sur la chaîne ITV2 (de 2017 à 2019), l’acteur, scénariste et producteur Daniel Lawrence Taylor remet les pieds sur Terre pour son retour à la télévision, sa nouvelle création originale prenant le pas de la comédie pour évoquer des thématiques lui étant chères, en premier lieu la question de la diversité, cruciale dans notre société actuelle que l’on soit en France ou au Royaume-Uni, comme c’est le cas ici.
Avec Boarders, notre showrunner pointe du doigt les inégalités d’un système scolaire où l’égalité des chances s’avère parfois n’être qu’un terme illusoire pour donner un semblant d’espoir pour les élèves naviguant dans le public, de plus en plus abandonné à son sort sur l’autel de l’économie. À une époque où l’écart se creuse chaque jour davantage avec la sphère privée, où les moyens sont conséquents pour aider à la réussite des élèves, rappeler que la lutte des classes reprend de plus belle – au sens propre comme au figuré – ne paraît pas être une mauvaise idée. Surtout lorsque l’on met les pieds dans le plat avec un certain panache, comme le démontre les deux premiers épisodes de la série, projetés en avant-première à Séries Mania, donnant le ton d’une dramédie ne manquant ni d’ironie ni de cœur.
Dégainant la carte de l’ironie pour esquisser les principaux enjeux de cette saison inaugurale (composée en tout de six épisodes), Daniel Lawrence Taylor immerge ses spectateurs et ses personnages au sein du prestigieux lycée St Gilbert’s, établissement choyée par l’élite britannique qui, à la suite d’un scandale ayant fait la une des médias, tente de redorer son blason en montrant un visage plus accessible, plus vertueux en intégrant en son sein des adolescents issus des quartiers populaires. Des élèves doués qui se voient ouvrir les portes d’un monde qu’ils ne connaissent pas grâce à l’instauration d’une bourse, leur donnant accès à une scolarité d’un tout autre niveau. Une manoeuvre faussement humaniste, cet accès privilégié n’ayant qu’un but marketing, ce qui est souligné non sans humour par l’équipe créative.
Fraîchement débarqués de la banlieue sud de Londres, Jaheim, Leah, Omar, Tobi et Femi font ainsi figures de poissons hors de l’eau, pénétrant dans un environnement inconnu avec ses codes et sa mentalité. Ce qui initie un choc des cultures de chaque côté de cette barrière dorée. Destinée à réduire les lignes d’une frontière sociale belle et bien réelle, la trajectoire de nos élèves dans les couloirs de St Gilbert’s dynamite le quotidien de tous, que ce soit la direction où les pensionnaires. Un postulat facilitant les piques de notre showrunner quant au racisme, aux clichés et aux privilèges, dans une atmosphère généralement bon enfant, même si certaines intrigues s’avèrent plus sérieuses, à l’image du conflit opposant Jaheim à un camarade jouissant pour le moment de son impunité – permettant de traiter du harcèlement et de la violence.
Grâce aux dialogues ciselés de Daniel Lawrence Taylor et la partition collégiale de son quintette principal, l’énergie déployée par Josh Tedeku, Jodie Campbell, Myles Kamwendo, Sekou Diaby, Aruna Jalloh étant communicative, Boarders se veut un satire pétillante, marquant des points en dénonçant discriminations et inégalités en toute décomplexion. À voir désormais ce que nous réserveront les quatre prochains épisodes, mais pour le savoir il faudra être très patient, sachant que la série n’a pas trouvé de diffuseur outre-Manche.
