Moins de deux ans après la sortie de The King’s Man : Première Mission, Matthew Vaughn effectue son retour derrière la caméra avec Argylle, qui comprend au casting Bryce Dallas Howard et Sam Rockwell, s’entrecroiseront Henry Cavill, John Cena, Dua Lipa, Bryan Cranston, Sofia Boutella, Ariana DeBose, Catherine O’Hara ou encore Samuel L. Jackson et nous fait suivre les déboires d’une autrice à succès se retrouvant propulsée au beau milieu d’un jeu d’espions.
Accaparé par la saga Kingsman depuis maintenant neuf ans, Matthew Vaughn s’autorise une petite pause récréative avec Argylle, une comédie d’action lui permettant de poursuivre son exploration du monde de l’espionnage dans la joie et le second degré, mettant de côté sa patte gentiment irrévérencieuse pour privilégier une atmosphère davantage bon enfant. Mais en se montrant plus sage qu’à l’accoutumée, suite à la volonté d’Apple Studios de proposer un blockbuster tous public, le cinéaste britannique perd de son flegme, ce qui se ressent à l’écran.
Se voulant à la base un délire survitaminé s’amusant des codes de la fiction pour brouiller les pistes quant à un jeu du chat et la souris à la sauce 007, le long-métrage s’englue malheureusement dans une succession de retournements de situations alourdissant plus que de raison un récit qui n’en demandait pas tant. En résulte une duperie qui ne trompe finalement personne, la faute à un script dont les errements annihile les bonnes idées disséminés ci-et-là. Donnant pourtant le ton en pastichant le genre dès sa séquence introductive, nous présentant un univers où les faux-semblants sont de mises, Argylle ne capitalise pas comme il se doit sur sa dualité, sur ses ruptures de tons entre son univers factice où un Henry Cavill avec une coupe balais-brosse au poil mène la danse en agent secret d’un côté et sa partie ancrée dans le ‘réel’ s’articulant sur le pas de deux forcé du tandem Bryce Dallas Howard/Sam Rockwell, unis dans la galère.
Au coeur de l’intrigue écrit par Jason Fuchs (Pan, I Still See You), les déboires d’une autrice à succès, Elly Conway, dont la saga littéraire l’ayant amenée à la popularité, centrée sur un espion surnommé Argylle se révèle être une source de problème pour un véritable service de renseignements – la faute à des intrigues dépassant les frontières de son imagination. Il faut dire que les missions de son héros possèdent d’innombrables points communs avec des événements top secrets s’étant réellement déroulés. Soit le début des ennuis pour notre protagoniste (et son inséparable chat Alfie), qui devient malgré elle une cible de choix et se retrouve à pénétrer dans un monde qu’elle ne connaissait jusque là que par l’écrit, aux côtés d’Aiden – un agent qui en sait plus qu’il ne veut bien le dire sur ce mic-mac dépassant les limites de l’imagination de sa pauvre protégée.
En ne se prenant pas au sérieux du tout long de son (long) parcours, Argylle aurait pu s’avérer réellement divertissant mais la légèreté des débuts laisse vite place à un spectacle tombant à plat, les fils rouges tissés par Jason Fuchs s’entremêlant pour former un beau noeud, empêchant le film de prendre de la hauteur. Les multiples révélations quant à cette partie d’échecs dans laquelle se retrouve malgré elle Elly et son rôle dans ce joyeux bordel se succèdent avec plus ou moins de tact, d’inspiration, jusqu’au point où la facilité prend le pas sur la fausse complexité esquissée au démarrage. On devine aisément où le scénario veut nous mener mais celui-ci prend de nombreux détours pour nous mener à ses deux derniers actes, censés verser totalement dans de l’espionnage débridé à la Kinsgman (un lien de parentalité voulu). Sauf qu’en édulcorant la violence et l’action, le blockbuster tourne à l’eau de boudin, l’affrontement final manquant d’éclat et de panache en dépit de l’investissement de la distribution quatre étoiles prenant part à cette aventure – peu importe leur temps de présence.
Même Matthew Vaughn ne peut rehausser le niveau, avec une mise en scène paraissant bridée par moments, amenant ce dernier à reprendre des éléments déjà vus dans sa filmographie pour donner du pep’s à un script tournant en rond – d’autant plus dans un ultime baroud d’honneur tirant en longueur inutilement. Ajoutons à cela des effets spéciaux anormalement datés, écrans verts et effets de style étant de plus mauvais effet à l’écran. Pourtant le budget ne manque pas, Apple ayant déboursé près de 200M$ pour ce film, une somme bien mal répartie vu le résultat, ce qui est rageant. Visuellement laid, Argylle échoue à être cette grosse production barrée qu’elle aurait aimée être, ce qui va sans nul doute tuer dans l’oeuf les idées de Matthew Vaughn quant à la mise en place d’une franchise en bonne et due forme. Il y avait pourtant des pistes intéressantes pour que l’on amuse réellement.
