Trois ans après Nadia, Butterfly, le réalisateur canadien Pascal Plante effectue son retour derrière la caméra avec Les Chambres Rouges, un thriller porté par Juliette Gariepy, Laurie Fortin-Babin, Elisabeth Locas ou encore Maxwell McCabe-Lokos, nous entraînant au sein du palais de justice de Montréal pour suivre le procès d’un homme accusé d’être un tueur en série…
Passé un petit temps d’adaptation dans le petit bassin, Pascal Plante se sent fin prêt à révéler dans le grand bain du septième art avec son troisième long-métrage, synonyme de plongée en eaux troubles pour le moins maîtrisée, le cinéaste parvenant à avancer dans une opacité totale avec précision, offrant ainsi un examen clinique d’une société s’abandonnant au sensationnalisme quitte à y perdre son âme. Une analyse critique puisant dans les codes du thriller psychologique la matière nécessaire pour marquer des points, pour susciter (à raison) l’indignation.
Adoptant une tonalité froide et austère qui n’est pas sans rappeler le style d’un certain David Fincher, le réalisateur – officiant également à l’écriture – évoque la figure du mal à l’ère du numérique, où la recherche de sensations fortes, d’images choquantes nourrissent les plus bas instincts de l’Homme, poussant à des dérives dépassant les limites de l’acceptable. Que ce soit à travers les médias ou les méandres d’internet, cette volonté de provoquer des réactions, d’instiller un climat anxiogène amènent logiquement à des dérives. Ce que pointe du doigt Les Chambres Rouges en prenant le chemin du film dit de procès, histoire de donner de la consistance au raisonnement de Pascal Plante quant à notre fascination collective pour le morbide. Pour s’y faire, l’intrigue ici tissée s’articule sur la trajectoire pour le moins ambiguë de deux personnages féminins, Kelly-Ann et Clémentine, assistant aux plaidoiries d’une affaire judiciaire venant de secouer le Québec, la torture puis le meurtre de trois adolescentes des mains d’un cybercriminel sévissant dans des red rooms – obscurs sites se cachant dans les tréfonds du Dark Web.
Alors qu’elle se rendent chaque jour dans le palais de justice pour suivre les plaidoiries quant à la culpabilité ou non de l’accusé, un dénommé Ludovic Chevalier, les deux femmes font la connaissance l’une de l’autre, apprenant à se connaître au gré de l’avancée de ce procès éprouvant – qui pourtant ne les concernent pas. Quelle est la raison de leur présence ? Pourquoi s’entêter à aller dans ce tribunal ? Des questions amenant à se questionner sur l’ambivalence de l’être humain, capable du meilleur comme du pire pour des raisons échappant parfois à toute logique. Car si Clémentine répond en tout cas à tous les critères de la groupie, assurée de l’innocence de celui que l’on surnomme le Démon de Rosemont, Kelly-Ann se révèle insondable, ses motivations paraissant des plus floues au premier abord. Une protagoniste impossible à cerner – une ambiguïté renforcé par la prestation de l’envoûtante Juliette Gariepy – servant de clé de voûte au scénario de Pascal Plante, puisque de ses actions découlent tout le propos du film quant à l’autopsie d’une fascination soulevant par ce biais des questions d’ordre morales.
Ce qui nourrit la seconde partie de ce thriller glaçant, où l’horreur propre à ce procès Ludovic Chevalier se révèle sous un éclairage rouge sang, le calvaire des victimes et plus largement le système inhérent au dark web s’exposant au grand jour au gré de l’énonciation des faits au tribunal d’un côté et des recherches personnelles de notre obsessionnelle protagoniste de l’autre. De cette quête de réponses naît un sentiment de malaise, Pascal Plante confrontant son auditoire et son public à l’effroi quant à une réalité brutale, abjecte, le tout en jouant sur cette fameuse notion de regard. En privilégiant l’insinuation à la démonstration, le réalisateur s’appuie sur le son (diégétique et extradiégétique) ainsi que sur le hors-champ pour faire résonner la vérité mais surtout la monstruosité du mal de manière impactante sans jamais nous montrer une once de violence. Effet garanti.
Avec Les Chambres Rouges, Pascal Plante analyse notre obsession pour le mal à travers un thriller austère tirant profit de sa mise en scène clinique et de la prestation ambiguë de Juliette Gariepy pour créer le malaise.
