Cinq ans après Papa Ou Maman 2, Martin Bourboulon laisse de côté la comédie pour s’atteler à la mise en scène de Eiffel, un biopic consacré à Gustave Eiffel comprenant au casting Romain Duris, Emma Mackey, Pierre Deladonchamps, Alexandre Steiger ou encore Armande Boulanger et revenant sur l’un des chantiers les plus titanesques de l’ingénieur, à savoir la construction d’une tour en pleine capitale, en vue de l’Exposition Universelle de 1889…

Avec Eiffel, Martin Bourboulon se voit confier un projet d’envergure avec une production coûteuse destinée à mettre en lumière la réalisation du monument le plus emblématique de la ville de Paris et plus globalement de la France, affectueusement surnommée la Dame de Fer. Aux manettes de cette entreprise, le réalisateur tente de nous prendre par les sentiments en nous contant un drame d’inspiration romanesque, ne manquant pas de cœur mais peinant à donner le souffle nécessaire pour que son sujet prenne de la hauteur, la faute à des fondations branlantes venant déstabiliser un ouvrage qui avait de l’envergure et préposait du meilleur.

Evoquer ce projet fou de la fondation de la Tour Eiffel était sans conteste une bonne idée, son histoire méritant d’être mise en valeur comme il se doit, d’autant plus lorsque l’on se rappelle de sa génèse, cette création originellement éphémère suscitant la controverse avant de devenir indissociable de la représentation de notre pays, en devenant avec les années son symbole à travers le monde. Une conception compliquée aussi bien humainement que financièrement parlant, pour un chantier ambitieux et un sujet porteur, que l’auteure Caroline Bongrand a porté aux nues durant près de deux décennies. Se questionnant sur les raisons ayant poussé Gustave Eiffel a se lancer dans une telle galère, cette dernière a eu dans l’idée de romaniser ce récit en voyant dans ce travail d’orfèvre un acte d’amour. Un fait qui n’a certes jamais été vérifié mais le cinéma a souvent embelli la réalité dans bon nombre de cas, ce qui n’est pas un problème en soi. Tout d’abord pitché pour le marché américain, ce biopic a par la suite pu se concrétiser sur le sol français, non pas sans quelques accros pour la scénariste en herbe, qui a dû lutter pour voir son nom associé à celui-ci, elle qui en était l’instigatrice.

Des coulisses tumultueuses pour un long-métrage relatant de la difficulté de matérialiser ses ambitions, ce qui avait de quoi donner lui donner un écho particulier. Pourtant malgré des efforts louables, il est regrettable de constater que de ses bases solides, Eiffel préfère rapidement délaisser son sujet et de laisser un édifice à l’abandon. L’aventure épique qui nous a longtemps été vendu débouche ainsi sur un film à l’eau de rose qui fragilise la structure de l’intrigue ici développée. Jouer sur le parallèle entre la vie sentimentale et professionnelle de Gustave Eiffel était un bon prétexte pour que le public puisse avoir un point d’ancrage d’ordre personnel et se laisse embarquer dans cette entreprise de construction massive. Une astuce scénaristique qui, lorsque qu’elle est solidement élaborée, aide à la fluidité et à la qualité de l’ensemble. Direction donc la fin du XIXe siècle où un Gustave Eiffel au fait de sa gloire, venant de participer à la conception de la Statue de la Liberté, se retrouve sollicité par le gouvernement à l’occasion de la tenue prochaine de l’Exposition Universelle, évènement permettant de promouvoir la puissance économique et industrielle des pays y prenant part.

Bien que peu enclin à répondre favorablement à cet appel d’offre, l’entrepreneur va pourtant décider du jour au lendemain de se jeter à corps perdu dans la conceptualisation d’un bâtiment pour le moins particulier, une tour métallique. Pourquoi un tel revirement ? Outre l’envie de repousser ses limites, Eiffel a surtout laissé son cœur parler avant tout, cette décision étant à mettre au profit de se rencontre fortuite avec Adrienne Bourgès, son amour de jeunesse. Alors que se ravive la flamme entre notre veuf et son ancienne compagne, ce dernier conjugue raison et sentiment, s’inspirant de cette ancienne relation pour avancer sur son projet dantesque. Jonglant avec plus ou moins de tact entre passé et présent, le scénario de cette oeuvre – qui au fur et à mesure des réécritures a fini par être le fruit d’une collaboration entre Caroline Bongrand, Thomas Bidegain, Caroline Bongrand, Martin Bourboulon, Martin Brossollet, Natalie Carter et Tatiana De Rosnay – perd de sa consistance, la faute à une propension à se consacrer à la romance plutôt qu’au défi technique que représente la Tour Eiffel, alors que ce point semble susciter l’intérêt du réalisateur, qui donne à sa mise en scène de l’ampleur dès que la caméra s’attarde sur l’édifice et son échelle pharamineuse.

Ainsi, les obstacles rencontrés par notre ingénieur et ses équipes pour mener à bien cette construction iconoclaste sont souvent relégués au second plan. Le soucis est qu’on aurait aimé en voir davantage, que ce soit les prouesses technologiques amenant à l’érection de ce colosse de métal ou la dimension sociale propre à un tel contexte. Si l’hostilité de la population face à une architecture si particulière de même que l’épineuse question du financement d’un tel édifice sont des sujets abordés, ceux-ci le sont le temps d’une séquence ou deux, ce diminue fortement l’impact du long-métrage, qui préfère se consacrer plus que de raison à une bluette sirupeuse. La romance entre Eiffel et Adrienne Bourgès vampirise l’intrigue et verse de ce fait dans un sentimentalisme qui se veut puissant mais qui ne fait que retomber à plat. Sur ce point précis, le script ne fait pas dans la dentelle et se veut un pas de deux romanesque, ce qui aurait pu fonctionner si le trait n’était pas forcé en rajoutant une pointe de tragédie à cet amour impossible. Avec un matériau qui se détériore rapidement, Romain Duris et Emma Mackey s’en sortent tout de même avec les honneurs, leur alchimie aidant à croire un minimum au lien unissant leur personnage, ce qui réhausse la qualité intrinsèque du métrage. Apprécions également la prestation d’Armande Boulanger, qui incarne Claire Eiffel, la relation père/fille développée avec Duris ajoutant de la chaleur humaine et faisant regretter que celle-ci n’ait pas été creusée en profondeur, ayant pu apporter un contre-poids non négligeable à l’histoire d’amour imposée au forceps par l’équipe créative.

Alors qu’il y avait un potentiel certain pour avoir un biopic digne de ce nom, Eiffel se contente d’être un divertissement honnête mais manquant cruellement de corps, la faute à un scénario perdant de vue ses objectifs en plombant le récit d’une construction épique avec une romance artificielle. Si les fondations ne sont pas robustes, Romain Duris et Emma Mackey – qui signe là son premier grand rôle au cinéma – sauvent les meubles grâce à leur performance, élevant d’un étage le niveau du long-métrage.

© Antonin Menichetti

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