[Critique] Lupin, sous l’influence d’Arsène

Créé par Maurice Leblanc en 1905, Arsène Lupin aura su devenir un personnage populaire en France ainsi que dans le reste du monde, ses aventures – d’abord littéraires – dépassant rapidement son médium d’origine, se développant à la fois au théâtre, au cinéma et à la télévision. Une longévité et un succès constant qui se traduit aujourd’hui par l’arrivée d’une nouvelle série, Lupin, créée par George Kay (Criminal) et François Uzan (Family Business). Portée par Omar Sy et comprenant au casting Hervé Pierre, Nicole Garcia, Clotilde Hesme, Ludivine Sagnier, Antoine Gouy, Shirine Boutella ou encore Soufiane Guerrab, cette dernière nous fait suivre le parcours d’Assane Diop – un as de la cambriole qui puise son inspiration dans les aventures d’Arsène…

Seize ans après le long-métrage éponyme de Jean-Paul Salomé, l’œuvre de Maurice Leblanc sert de modèle à une nouvelle production française, qui se démarque des précédentes incursions télévisuelles et cinématographiques en prenant le contre-pied de ce qui était attendu et en ne proposant pas une nouvelle adaptation d’Arsène Lupin à proprement parler. Un choix s’avérant judicieux car permettant d’éviter toute critique ou comparaison en rapport avec le matériel de base – les romans – et donnant les coudées franches à l’équipe créative pour allier hommage et inspiration.

Pour cette relecture supervisée par George Kay et François Uzan, l’emphase est ainsi mise sur la modernité, Lupin se déroulant à notre époque, un changement allant de pair avec la décision artistique de ne pas avoir pour personnage principal notre célèbre gentleman-cambrioleur. L’idée de la série est de faire d’Arsène Lupin un symbole, une source d’inspiration à la fois devant et derrière l’écran, les récits le mettant en scène servant d’éléments scénaristiques modelant l’univers ici dépeint. À travers cette création originale, nous suivons donc un personnage principal inédit, Assane Diop, un arnaqueur amateur des exactions de son modèle littéraire, les reproduisant pour arriver à ses fins et se livrer à un combat personnel. Une bataille qui nous est exposée dans une première partie sous-titrée Dans L’Ombre d’Arsène et composée de cinq épisodes d’une quarantaine de minutes.

Si ces présentations sont courtes – les cinq épisodes restants de cette première saison étant gardés au chaud pour plus tard – elles ont le mérite de ne pas tergiverser et d’aller droit au but, concernant les tenants et les aboutissants de son intrigue. En effet, les motivations d’Assane sont claires dès le départ, avec un casse au Louvre servant d’introduction solide à ce qui se révèle être une quête vengeresse. Notre anti-héros suit en effet les pas du héros de son enfance pour mettre en lumière une zone d’ombre de son passé, une épreuve difficile qui a forgé l’homme qu’il est devenu : l’accusation de son père pour un vol qu’il n’a pas commis. Une injustice et un drame personnel qui nous accaparent d’un bout à l’autre des ces premiers chapitres, pour un fil rouge classique mais efficace car aidant le public à mieux comprendre notre gentleman vengeur et à adhérer au mobile le poussant à agir dans l’illégalité.

Niveau divertissement, les manigances d’Assane et ses numéros d’équilibriste pour mener à bien sa mission sont le moteur de Lupin. Entre un casse, un enlèvement et de multiples phases d’infiltrations, le digne successeur d’Arsène s’en donne à cœur joie pour épater la galerie et cela fonctionne. D’autant plus que cela permet de mêler le travail de Maurice Leblanc à ce jeu de dupes puisque les entourloupes développées sont tirées des romans de l’auteur, de quoi apprécier les références. De ce fait, même si le scénario ne suit pas toujours, la faute à de grosses ficelles et raccourcis – la plus regrettable étant la coïncidence déconcertante de tomber sur le plus grand policier fan d’Arsène Lupin, devinant le pot au rose en deux temps trois mouvements – dans l’ensemble les tribulations de notre criminel se laissent suivre avec plaisir grâce à son lots de révélations et de retournements de situations.

Si certains points sont survolés et que l’écriture des personnages gravitant autour d’Assane n’est pas toujours des plus fines (que ce soit du côté de la famille Pellegrini ou de celui des forces de l’ordre), la rapidité d’exécution de l’intrigue principale compense ce défaut. L’équipe créative abat rapidement ses cartes et dans un sens cela est un atout car . Cette volonté de dynamisme transparaît aussi dans la réalisation de Louis Leterrier et Marcela Said qui se sont partagés la mise en scène et ont livré un travail cohérent et soigné, avec une attention particulière portée aux séquences d’actions qui sont lisibles à l’écran, pour un résultat honnête.

La carte maîtresse de Lupin est sans conteste Omar Sy, qui trouve un écrin de choix dans cette production taillée sur mesure pour ses épaules et lui servant de véhicule rutilant. Dans la peau d’Assane, Omar Sy s’impose facilement et sert de moteur à la série, sa prestation et son bagout aidant à faire fi des petites baisses de régime que l’on peut constater en milieu de parcours. Se montrant tantôt enjoué tantôt sombre, ce dernier compose avec un personnage aux multiples facettes et livre une prestation des plus crédibles avec une certaine élégance. De plus, sa présence permet de présenter un protagoniste issu de l’immigration et de pointer dans un deuxième niveau de lecture la question de l’invisibilité des minorités ainsi que celle de la lutte des classes, qui sont de très bons points à aborder. On espère que dans le futur, les scénaristes poursuivront leur analyse de la question raciale car importante et pertinente dans notre société actuelle.

Portée par un Omar Sy charismatique, Lupin : Dans L’Ombre d’Arsène de George Kay et François Uzan se révèle être une série divertissante, qui se réapproprie de manière ludique le mythe de Maurice Leblanc. Cette première partie nous introduit à une quête vengeresse qui, malgré des défauts d’écriture, a du potentiel. Maintenant que les bases sont posées et que les enjeux sont éclaircis, la suite de cette première saison devrait mettre les bouchées doubles pour nous surprendre. Réponse prochainement.

© Netflix

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