[Critique] The Prom, le bal de la tolérance

Dix ans après Mange, Prie, Aime, Ryan Murphy revient au poste de réalisateur pour transposer de la scène à l’écran The Prom, une comédie musicale prônant l’ouverture d’esprit et défendant la cause LGBT. Comprenant au casting  Meryl Streep, Nicole Kidman, James Corden, Keegan-Michael Key, Andrew Rannells, Ariana DeBose, Kerry Washington et Jo Ellen Pellman, cette adaptation nous fait suivre un quatuor de la scène new-yorkaise – en recherche de notoriété – venant en aide à une jeune élève de l’Indiana interdite de bal de promo…

On pourra dire que Ryan Murphy n’a pas chômé cette année puisque après avoir aidé à la création de 9-1-1 : Lone Star pour la chaîne FOX puis avoir développé Hollywood et Ratched pour Netflix, notre boulimique de travail a trouvé le temps de mettre en scène son troisième long-métrage, The Prom. Traitant d’une cause chère au cœur du réalisateur, cette adaptation avait de quoi séduire sauf que si la mélodie ne manque pas de panache, la partition laisse à désirer malgré un fort potentiel.

Co-écrit par Bob Martin et Chad Beguelin, qui ont écrit le livret et les paroles de la comédie musicale originale, le film suit la trame principale de son homologue scénique et nous emmène donc dans le fin-fond de l’Indiana où Emma, lycéenne, se voit refuser l’accès au bal de promo à cause de son homosexualité. Un point de départ basé sur un fait réel – ayant eu lieu dans le Mississippi – qui avait été très médiatisé à l’époque : Suite à l’interdiction de se rendre aux festivités de son établissement avec sa petite-amie par le conseil scolaire, une élève de terminale – Constance McMillen – a dénoncé publiquement cette décision arbitraire, une remise en cause ayant eu pour effet d’annuler purement et simplement l’événement. Avec l’aide de L’Union américaine pour les libertés civiles, celle-ci a tenté de porter cette affaire en justice mais cela s’est traduit par un échec. Seulement voilà, ce scandale a commencé a faire grand bruit et bon nombre d’artistes sont venus prendre la défense de la jeune femme dont le groupe Green Day, décidant d’aider à financer un bal de la deuxième chance auquel Constance et l’élue de son cœur ont pu prendre part.

Si dans sa transposition sur les planches de Broadway, l’intrigue reprend ce postulat, la thématique de l’exclusion y est plus globalement développée à travers le parcours de quatre artistes en perte de vitesse voulant redorer leur image en épousant la cause d’Emma. Une dénonciation de l’homophobie associée à une peinture cynique du star-system, le tout en véhiculant un message de tolérance, voilà un projet qui s’annonçait prometteur, surtout avec Ryan Murphy aux commandes Malheureusement, le scénario de Bob Martin et Chad Beguelin se révèle bancal, se trompant d’angle d’attaque en misant sur les mauvais protagonistes. En effet, The Prom se consacre avant tout à Dee Dee Allen, Barry Glickman, Angie Dinckinson et Trent Oliver, le quatuor new yorkais formé à l’écran par Meryl Streep, Nicole Kidman, James Corden et Andrew Rannells. Nous suivons leur démarche égoïste qui va, comme cela est attendu, progressivement se transformer en réel activisme, avec remise en question à la clé en fin de partie afin prendre réellement part à la cause de leur jeune protégée.

Une trajectoire classique voire simpliste, que l’on peut pardonner car cela aide à la transmission d’une compréhension de l’autre mais il est fortement regrettable que la véritable héroïne de l’histoire à savoir Emma, soit reléguée la plupart du temps au second plan alors que sa storyline est l’atout cœur de cette adaptation. Incarnée par Jo Ellen Pellman qui livre une partition touchante et authentique, les déboires de la jeune lycéenne aurait mérité un plus grand intérêt de la part des scénaristes. On se sent pourtant plus proche de cette dernière, compatissant à sa douleur et rageant de la voir souffrir face à la bêtise humaine et le manque d’ouverture d’esprit de ses camarades. Son parcours ainsi que celui de sa petite amie Alyssa, interprétée par une Ariana DeBose sensible, font partie des meilleurs passages du film car émotionnellement justes. Hélas, en préférant se concentrer sur nos vedettes sur le déclin, The Prom perd en qualité et pertinence, laissant place à un concours de cabotinage et de sur-jeu, avant tout entre Meryl Streep et James Corden, qui sont clairement usants à la longue. Nicole Kidman et Andrew Rannells s’en sortent mieux avec le peu qu’on leur donne, se faisant voler la vedette par leurs collègues qui ne cessent de tirer la couverture sur eux. Un spectacle qui finit par être horripilant.

Ryan Murphy essaye de camoufler les faiblesses du scénario avec une mise en scène se voulant clinquante, à grand renfort de strass et de paillettes, pour un enrobage coloré et sucré qui offre une atmosphère pop à l’ensemble. Si les numéros musicaux manquent quelque d’énergie visuellement parlant, la faute à des chansons à l’efficacité aléatoire, la direction d’acteurs et les chorégraphies travaillées aident à palier à ce défaut. Bonbon acidulé dans sa globalité, The Prom sait se montrer plus doux et mélancolique, faisant mouche sur le fond et la forme avec Unruly Heart, le titre qui se démarque et emporte l’adhésion avec un moment suspendu où l’émotion est de mise, sans réel artifice, juste de la sincérité.

Avec The Prom, Ryan Murphy trouve un nouvel écrin pour défendre la cause LGBT et prôner l’ouverture d’esprit, un combat qui est des plus nobles. Adaptée une comédie musicale vantant la tolérance semblait donc une bonne idée sur le papier mais à l’écran, ce qui s’annonçait comme un film pétillant et pertinent ne tient pas toutes ses promesses, la faute à un scénario brouillon et évoquant ses problématiques sous un mauvais angle ainsi qu’une prestation cacophonique de certains artistes à l’image de Meryl Streep et James Corden – en roue libre. Un résultat en demi-teinte alors qu’il y avait des pistes intéressantes à suivre, dommage.

© Netflix

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