[Critique] L’Homme Du Président, fin de règne

Deux ans après The Drug King, le réalisateur Woo Min-ho est de retour derrière la caméra avec L’Homme Du Président, thriller politique comprenant au casting Lee Byung-hun, Lee Sung-min, Kwak Do-won, Lee Hee-joon, Kim So-jin et retraçant les événements ayant mené à la fin sanglante du Président Park à la fin des années 1970…

Avec L’Homme Du Président, Woo Min-ho nous plonge dans les arcanes du pouvoir sud-coréen pour délivrer une œuvre politique à tendance paranoïaque, dans la lignée des films du genre produits dans les années 1970 – on pense évidement à Alan J. Pakula – qui mêle la petite et la grande Histoire.

Flirtant avec le thriller et le film d’espionnage, le réalisateur nous éclaire sur les zones d’ombres entourant un événement réel, en l’occurrence l’assassinat du président Park et pour se faire ce dernier s’appuie sur l’investigation du journaliste Kim Choong-seek, qui s’était penché sur cette affaire dans son livre KCIA Chiefs. S’il y a bien entendu une part de fiction dans cette reconstitution (les noms des principaux protagonistes sont notamment légèrement modifiés), les tenants et aboutissants de l’intrigue restent véridiques et Min-ho s’applique à nous exposer à travers un compte à rebours fataliste les événements qui ont conduit au sort funeste du dirigeant.

Le long-métrage nous introduit ainsi à une Corée au bord de la crise, que ce soit sur son propre sol ou sur la scène internationale, avec une remise en cause de la légitimité de son leader, dont l’image se ternit avec les années. Ancien révolutionnaire, Park Chung-hee tient désormais son pays d’une poigne de fer et ce depuis désormais dix-huit ans, une longévité posant problème pour beaucoup. C’est dans ce contexte tendu que l’intrigue tisse sa toile vers l’inéluctabilité, lorsque Park Yong-gak l’ancien directeur de la KCIA – les services secrets coréens – débarque aux Etats-Unis avec en sa possession un manuscrit dénonçant les exactions du président.

Un élément déclencheur qui va amorcer un effet domino en bousculant les certitudes de Kim Kyu-pyung, son successeur à la tête de l’agence et personnage central du long-métrage. En se concentrant sur cette figure du gouvernement et son parcours tortueux l’amenant à prendre des décisions cornéliennes, Woo Min-ho ajoute une atmosphère tragique qui se marie bien au climat de défiance mis en place à travers ces jeux de pouvoir. Envoyé pour régler ce problème de lanceur d’alerte, notre homme va prendre des chemins sinueux pour essayer d’apaiser les esprits à la lueur de ce Koreagate, quitte à se salir les mains.

Privilégiant les nuances au manichéisme quant à la reconstitution de cette période trouble, L’Homme Du Président est constamment sur le fil du rasoir et bascule petit à petit vers son sombre dénouement alors que l’étau de ressert sur Kim Kyu-pyung et que ses relations avec son prédécesseur, son dirigeant ainsi que le garde du corps de ce dernier Kwak Sang-cheon se détériorent. Une érosion accentuant les inimitiés et implantant les graines de la discorde tandis que le sort de la Corée du Sud et de sa population s’assombrit sur l’autel de la dictature.

Sachant ménager ses effets, Min-ho maintient la pression pour mieux la relâcher lors de séquences où la violence s’exprime, que ce soit par les mots ou les armes, clôturant notamment son dernier acte sur un déchaînement sanglant qui achève en apothéose ce conflit politique et personnel alors que le directeur de la KCIA est tiraillé entre loyauté et devoir. Outre son scénario implacable et clair quant aux éléments historiques nous amenant à cet événement crucial, L’Homme Du Président vaut le coup d’œil également pour sa réalisation soignée et épurée, permettant de jouer avec les grandeurs d’échelles et de mettre en contraste l’importance des enjeux et les doutes intérieurs de nos personnages. Plus particulièrement ceux de Kim Kyu-pyung, incarné avec force par un Lee Byung-hun investi et portant avec classe le long-métrage sur ses épaules.

Avec L’Homme Du Président, Woo Min-ho nous livre un thriller politique solide qui nous éclaire sur un pan plutôt méconnu, pour nous spectateurs occidentaux, de l’histoire de la Corée du Sud. Flirtant avec la tragédie, cet impitoyable conflit de pouvoir navigue habilement en eaux troubles, pour un résultat captivant à découvrir dans votre salon – le film est sorti directement en vidéo dans notre pays.

© capelight pictures / OHG

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