Mine De Rien : Interview de Mathias Mlekuz

Fin Février, sortait au cinéma Mine De Rien, la première réalisation de Mathias Mlekuz (Deux Jours À TuerNicolas Le Floch) comprenant au casting Arnaud Ducret, Philippe Rebbot, Mélanie Bernier, Rufus, Hélène Vincent ou encore Marianne Garcia et nous emmenant en terre nordiste pour mettre en lumière le combat de chômeurs pour réhabiliter une mine désaffectée (critique à lire ici).

Suite à la pandémie de coronavirus, Mine De Rien n’a eu que quinze jours de présence dans les salles obscures mais a tout de même pu sortir en avance en VOD, débarquant ainsi le 15 Avril sur les plateformes légales. À l’occasion de cette sortie en vidéo, nous nous sommes entretenus avec Mathias Mlekuz pour évoquer avec lui cette première expérience en tant que réalisateur. Merci à lui de nous avoir accordé cet interview, que vous pouvez lire ci-dessous.

SeriesDeFilms : Après une longue carrière de comédien, à la fois à la télévision et au cinéma, vous voilà désormais derrière la caméra pour porter à l’écran votre premier long-métrage. Est-ce ce projet précis qui vous a motivé à occuper ce poste de réalisateur ou bien était-ce une envie de longue date ?

Mathias Mlekuz : C’est une envie que j’avais depuis dix ans et j’ai commencé à écrire il y a un bon moment, à partir de 2009. J’avais envie de travailler cette histoire pour faire mon premier film, ce n’est pas une histoire parmi tant d’autres, je l’avais en boutique.

Vous officiez également au scénario du film aux côtés de Philippe Rebbot et Cécile Telerman, comment s’est déroulé ce travail de collaboration à six mains, comment vous êtes-vous répartis les tâches ?

Avec Philippe on a d’abord travaillé à 50/50, on écrivait ensemble puis cela s’est transformé en 70/30 et au final lui n’écrivait plus mais il corrigeait. Ensuite Cécile Telerman est arrivée sur la dernière version et elle a restructurée le récit en disant « là ça ne va pas, là ça ne va pas ». C’est toujours moi qui me charge de rapporter, d’écrire les choses qu’elles ont été débriefées tous ensemble.

Ce projet a t-il été difficile à mener à bien ? J’ai cru lire que cela vous a pris quelques années pour que Mine De Rien puisse se concrétiser et vous venez de me confirmer que cela a pris dix ans au final.

Oui. On a trouvé un producteur il y a sept ans, c’était en 2013. On a réécrit encore plusieurs versions avant de les présenter au CNC et on a été refusé plusieurs fois sur l’avance sur recettes. Cela a été un vrai parcours du combattant, on a eu UGC comme co-producteur et ils sont restés en tant que distributeur uniquement. On l’a fait finalement avec très très peu d’argent.

Ce qui est flagrant en visionnant Mine De Rien est la bienveillance qui émane de votre portrait des gens du nord, pour un bel hommage sur le bassin minier. On sent que vous venez vous aussi de la région, cela transparaît à l’écran. Y a t- il une infime part d’autobiographie dans votre film ?

Mon grand-père était mineur, j’ai grandi là-bas et il y a effectivement un hommage qui se fait au bassin minier, aux mineurs mais je ne me suis pas dit « c’est un film hommage », pour moi le but c’était d’abord de raconter une histoire. C’est une fiction, je n’ai pas construit de parc d’attractions mais après il y a effectivement une part de moi.

Il y a un peu de moi dans chaque personnage, d’ailleurs tous les noms de personnages sont des gens que j’ai connu dans mon enfance. Je m’en suis inspiré mais inspiré très librement. Il n’y a personne qui peut se dire « c’est moi qui suis à l’écran ». Roger Morels (ndlr : incarné à l’écran par Rufus), le mineur CGTiste, c’est quelqu’un qui est connu. Lui il pourrait se dire « c’est mon nom » mais pas « c’est moi ».

Ce qui ressort parmi les thèmes du long-métrage est la notion d’entraide face à l’adversité, permettant ainsi d’éviter tout misérabilisme face à la situation vécue par les personnages et de critiquer par la même occasion une certaine politique des grandes entreprises. Privilégier l’humanisme est ce qui fait la force de votre film, cela a t-il était votre priorité ?

Alors moi je voulais éviter au maximum le misérabilisme, je voulais effectivement montrer des gens solidaires, qui essayent de construire quelques chose ensemble avec les difficultés que cela comporte donc oui c’était important de privilégier l’humanisme.

De la sobriété d’Arnaud Ducret à la douceur de Mélanie Bernier, là aussi nous ressentons une chaleur humaine et une émotion palpable. Et au niveau des figures locales, nous retenons les prestations de Rufus et de Marianne Garcia, ajoutant ce cachet d’authenticité face à cette histoire se situant dans nos corons.

Ils ont vraiment adhéré au projet, j’ai eu une adhésion qui s’est faite dès le scénario et ensuite sur le tournage ça a été très très facile.

Donc au niveau de la direction d’acteur, le fait d’en être un vous-même vous a t-il aidé ? 

Oui je me suis beaucoup appuyé là-dessus, comme je n’étais pas réalisateur. Je me suis beaucoup appuyé sur mon expérience d’acteur donc de ce côté pas de soucis, j’en ai eu plus côté technique. Côté jeu non j’ai adoré la direction, c’est mon point fort.

Et quels ont été pour vous ces principaux défis au niveau de la réalisation de votre long-métrage ? Avez-vous dû faire des concessions ?

J’ai eu un peu de soucis car j’ai eu très peu de temps, j’ai eu cinq semaines pour faire le film et je n’avais pas le droit aux heures supplémentaires, parce qu’il n’y avait pas d’argent et aussi parce que pour la lumière on tournait beaucoup en extérieur. On était en plein hiver et pour les tournages c’est 9h/16h dans le nord donc quand il n’y a plus de lumière on ne peut plus tourner…(rires)

Oui à 16h, tout est bouclé (rires).

Voilà. Donc tout ce qui était justement éclairage, tout ce qui prenait du temps, je n’avais pas de maîtrise là-dessus. C’était terrible parce que la technique m’a pris beaucoup de temps « sur le jeu ». Il fallait quand même que j’enquille des plans pour avoir quelque chose à monter. J’aurais aimé avoir beaucoup plus de temps pour le jeu justement. Je faisais deux/trois prises et maximum je montais à quatre/cinq mais je n’avais pas le droit à plus parce que sinon beaucoup de prises et pas beaucoup de plans, c’est short (court en anglais) au montage.

Il n’y a pas de gras dans mon film, je n’ai pas beaucoup de scènes coupées et dans le DVD il n’y en aura pas, j’ai juste enlevé une scène de deux minutes. Souvent on tourne beaucoup plus et après, au montage, on élague. J’ai tout de même élagué à l’intérieur des scènes, ce qui m’a permis d’en retirer près d’une demi-heure de métrage.

Quand vous dites, avez-vous dû faire des concessions, j’avais une maxime où je me disais que mon excellence à moi c’était « l’art d’être créatif avec les contraintes du réel ». Avec toutes ces contraintes, je ne pouvais pas me dire « voilà il n’y a pas de décors, pas d’accessoires, il n’y a pas ceci, il n’y a pas cela.. »

Vous avez su rebondir à chaque fois.

Chaque fois je me disais, « il n’y a aucun soucis, au contraire on a des emmerdes et je vais les résoudre ». Une fois j’ai eu un problème technique assez consistant et j’ai bugué pendant dix minutes, je ne voyais pas de solutions mais ça ne m’est arrivé qu’une seule fois (rires). Sinon il y a toujours une solution, on peut toujours en trouver.

L’optimisme des gens du Nord, on trouve toujours un moyen de se débrouiller, pour s’en sortir.

Voilà.

Cette première expérience vous a t-elle donné envie de continuer sur cette voie et de réaliser d’autres films ? 

Est-ce que j’ai envie de réaliser un second film ? Oui oui mais la question c’est lequel.  Le sujet je l’ai mais il faut du travail.

On espère que vous pourrez vous y atteler et que le chemin des tournages se fera assez rapidement.

Là pour le coup, c’est bien bloqué. Ouvrir les salles de cinéma avec un siège sur deux c’est possible mais un tournage avec les gestes barrières non.

MineDeRien

© M.E.S PRODUCTIONS / ORANGE STUDIO

Propos recueillis par Romain Derveaux

 

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