[Critique] J’Accuse, en quête de vérité

Présenté en avant-première lors de l’Arras Film Festival, étant le film célébrant les vingt ans de ce rendez-vous cinéphile, J’Accuse est le nouveau long-métrage de Roman Polanski, qui signe son retour derrière la caméra deux ans après D’Après Une Histoire Vraie et porte à l’écran l’Affaire Dreyfus aux côtés de Jean Dujardin, Emmanuelle Seigner, Louis Garrel, Grégory Gadebois, Denis Podalydès, Vincent Perez.

Reconstitution historique d’un scandale d’Etat, J’Accuse est un drame nous entraînant vers le genre de l’espionnage à travers une quête de vérité implacable.

Adapté du roman D. de Robert Harris, qui collabore à l’écriture du scénario avec Roman Polanski, le long-métrage nous plonge au cœur d’une injustice, celle d’Alfred Dreyfus via le parcours du lieutenant-colonel Picquart, qui est le personnage central de cette intrigue. Un choix cohérent dans la volonté du film à démontrer comment l’honneur d’un homme a été bafoué par les plus hautes instances à cause du climat inhérent à son époque. D’ailleurs il aurait même été préférable de restreindre au maximum la présence de l’officier passé la scène d’introduction, consacrée à son déshonneur public puisque les flash-backs le concernant par la suite sont clairement de trop.

La phase d’exposition, nous présentant une France où la nationalisme et l’antisémitisme gagnaient en puissance, afin de mieux cerner l’atmosphère délétère et de saisir pourquoi Dreyfus était le coupable idéal, pâtit de quelques longueurs mais J’Accuse trouve son rythme une fois l’implication de Marie-Georges Picquart au sein du service de renseignements, lui permettant d’entrer dans l’univers du contre-espionnage et surtout de nous impliquer dans son investigation qui va le mener à se démener pour laver le nom de celui qui était jadis son ancien élève. Ce combat pour rétablir la justice, seul contre tous, permet à Jean Dujardin de s’imposer et de porter en grande partie le long-métrage sur ses épaules grâce à son excellente prestation dans l’uniforme du lieutenant-colonel. Face à lui, saluons la partition de Grégory Gadebois qui se révèle être un antagoniste de taille dans la peau de Hubert Henry, figure cruciale de l’Affaire.

Bifurquant progressivement vers le thriller d’espionnage, le scénario parvient à intriguer et à provoquer l’aigreur face à cette machination que rien ne semble arrêter, malgré la découverte de preuves accablantes pour les hautes sphères du gouvernement et de l’armée. Le climat devient austère et la tension est palpable lorsque la certitude de l’innocence de celui qui est dénoncé comme un traître à sa Nation se présente finalement à Picquard et au spectateur, mais que la vindicte populaire et la raison d’Etat mettent à mal l’honneur de celui-ci et le processus de réhabilitation de Dreyfus. Les retournements de situations ne manquent pas et le long-métrage se veut prenant jusqu’à la conclusion, achevant d’infuser ce sentiment d’amertume propre à cette injustice et à ce parcours du combattant pour faire éclater la vérité.

Si l’on se base uniquement sur son aspect historique, le long-métrage est réussi avec une reconstitution précise aidée un scénario didactique et solide mais le choix de porter à l’écran ce fait-divers précis est pour Roman Polanski l’occasion de créer un parallèle avec ses propres démêlés et d’invoquer ce fameux droit à la réhabilitation, ce qui créé clairement un malaise.

Drame historique et film d’espionnage, J’Accuse nous entraîne dans une quête de vérité et de justice rondement menée grâce à une intrigue captivante et une prestation remarquée de Jean Dujardin. Hélas, la propension de Roman Polanski à transposer sa réalité à travers celle de Dreyfus laisse un goût amer en bouche.

JAccuse

© Gaumont

3 réflexions sur “[Critique] J’Accuse, en quête de vérité

  1. J’avais très envie de le voir puisque j’ai bien évidemment étudier cette affaire durant mes années de droit. Mais les dernières accusations portées sur le réalisateur et montrant que cette jeune fille retrouve le comportement de son violeur dans ce film me laisse un goût amer… En revanche sur le plan historique ça m’a tout l’air d’être un film très bien 🙂

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  2. Pingback: [Arras Film Festival] Retour sur la vingtième édition | seriesdefilms

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