[Critique] Une Intime Conviction, l’ombre d’un doute

Pour son premier long-métrage, le réalisateur et scénariste Antoine Raimbault nous emmène dans les arcanes du système judiciaire avec Une Intime Conviction qui revient sur un véritable fait-divers, l’affaire Viguier qui avait débutée en 2000 avec la disparition de Suzanne Viguier et nous voilà donc plongés dans le procès en appel de son mari, Jacques. Concernant le casting du film, nous retrouvons Olivier Gourmet dans la peau de l’avocat pénaliste Éric Dupond-Moretti et Marina Foïs incarne un personnage fictif, Nora, qui a assisté au procès de Viguier et qui est persuadée de son innocence.

Avec Une Intime Conviction, Antoine Raimbault livre un thriller efficace nous questionnant sur la notion de justice.

Le long-métrage est très écrit et documenté, grâce à l’implication du scénariste/réalisateur qui, comme le personnage de Nora, a assisté au procès en appel de Jacques Viguier en 2010. Le soin apporté aux détails de l’affaire est donc un gros point positif pour le spectateur, qui est rapidement mis en haleine par les tenants et les aboutissants de cette histoire de disparition, jamais résolue.

Antoine Raimbault ne propose pas de réponse et ne veut pas établir de constat sur les réelles causes de ce tragique événement mais relate dans les faits les principales informations connues sur ce dossier. Son vrai message est de nous questionner sur la justice et la notion de vérité, ce qui est le point intéressant du long-métrage.

Cette immersion dans les coulisses de l’institution, qui nous est décrite à la fois du point de vue du public (Nora) et également de l’objectif du barreau (Dupond-Moretti) nous dépeint un monde où le doute prévaut sur la vérité et où des failles peuvent conduire à être condamné ou à l’inverse libéré.
L’affaire Viguier permet de mettre en exergue les dysfonctionnements de la justice avec ce procès en appel nous montrant que l’incarcération du mari ne tenait que sur des hypothèses, ce qui remet en cause l’intime conviction, cette méthode de jugement qui doit prendre en considération tous les éléments d’une enquête en plus des preuves matérielles et force est de constater au fur et à mesure du procès que celle-ci n’a pas réellement était appliquée.

Ceux qui ne connaissent pas le dossier seront donc surpris par les nombreux rebondissements au niveau de l’intrigue et l’aspect thriller est renforcé par la création du personnage de Nora, dont l’obsession pour ce procès ajoute de la tension et aide à notre implication dans cette intrigue. Si certains aspects de sa vie privée auraient mérités d’être mis en retrait pour mieux nous concentrer sur le déroulement de la plaidoirie, la quête de vérité et sa dépendance vis-à-vis de celle-ci est un élément dramaturgique bienvenue pour mettre en contraste le manque de discernement de l’instruction.

Marina Foïs est impeccable dans ce rôle de femme prise dans cette spirale judiciaire et fait facilement paraître à l’écran l’obsession ne cessant de grandir dans l’esprit de son personnage mais face à elle Olivier Gourmet incarne avec force un Éric Dupond-Moretti plus que convaincant et nous retrouvons bien le caractère bien trempé du célèbre avocat pénaliste ainsi que sa verve avec une parfaite retranscription de ses répliques tranchantes. Parmi les autres protagonistes, retenons le mutisme de Laurent Lucas dans la peau de Jacques Viguier, appuyant sur l’épuisement de cet homme, n’ayant plus la force de se battre ainsi que le jeu tout en ambiguïté de Philippe Uchan qui incarne Olivier Durandet.

La réalisation d’Antoine Raimbault est tirée au cordeau avec ce soin apporté à la reconstitution d’un procès. Nous ressentons l’implication personnelle de ce dernier dans cette histoire. La tension se ressent dans les plans choisi et le montage rapide de certaines séquences et la froideur de l’image dépeint l’aspect tragique de toute cette affaire. Saluons le travail effectué sur le son, particulièrement avec les écoutes de l’enquête Vivier, résonnant à travers le long-métrage et nous captivant autant que le personnage de Nora.

Antoine Raimbault convainc avec son premier long-métrage et Une Intime Conviction est un thriller judiciaire efficace, pointant du doigt certaines failles du système et la puissance de l’opinion publique avec cette adaptation réaliste et documentée d’un véritable fait-divers, le tout étant porté par des comédiens investis. 

UneIntimeConviction

©Memento Films

 

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