[Critique] Un Amour Impossible, femme courage

Trois ans après La Belle Saison, Catherine Corsini revient derrière la caméra pour adapter le roman de Christine Angot, Un Amour Impossible et pour porter à l’écran cette histoire basée sur la vie de l’écrivaine elle s’est entourée de Virginie Efira et de Niels Schneider. Nous voilà donc plongés dans les années 1950, dans le quotidien de Rachel, employée de la sécurité sociale, qui va rencontrer Pierre, un bourgeois de passage à Châteauroux et en tomber amoureuse. De cette relation, naîtra un enfant, Chantal…

Catherine Corsini réalise une fresque aux allures romanesques en mettant en avant le destin d’une femme et de ses combats menés tout au long de sa vie et parvient à émouvoir le spectateur avec Un Amour Impossible.

Si le film aurait gagné à être un minimum raccourci, son efficacité et sa fluidité en auraient été renforcées mais cela n’enlève en rien la charge émotionnelle qui se dégage du scénario de Catherine Corsini et Laurette Polmanss. Nous suivons le destin d’une femme, dont la combativité est mise à mal par les diktats de son époque et la masculinité toxique qui l’entoure.

Adapté d’un objet littéraire, Un Amour Impossible puise dans sa forme en utilisant voix-off et conversations épistolaires pour nous conter les relations de Rachel à travers les décennies. Dès le départ, on nous présente la relation que va entretenir la jeune femme avec Pierre, issu de la bourgeoisie et que de cet amour naissant naîtra une enfant. Une fois ces éléments connus nous partons directement dans le vif du sujet puisque nous découvrons rapidement que cet amour passionnel ne sera que passager, du moins pour l’un des personnages.

En centrant son point de vue sur Rachel, dont la vie est témoignée par sa fille, le propos central du film, à savoir la filiation, n’en est que plus pertinent et plus douloureux pour le spectateur une fois arrivé au bout de ce récit. L’histoire d’amour qu’elle a vécue avec Pierre est le point d’entrée d’une succession d’obstacles perturbant aussi bien la mère que son enfant.

La toxicité masculine et le patriarcat sont pointés du doigt dans Un Amour Impossible et face à un homme dont les valeurs sont biaisées par rapport à sa classe sociale, nous suivons le parcours d’une femme tentant de s’émanciper, de se battre pour les causes qu’elle souhaite défendre. Le portrait d’une personne brave et digne nous est dessiné et suivre son parcours à la fois personnel et professionnel, qui ne cessera d’évoluer est un bon contre-pied à la perversité narcissique dont Pierre est la représentation. Les actions de cette figure masculine, sorte d’ombre menaçante, ne cesseront d’être détestables au fur et à mesure que nous avançons dans le long-métrage et nous ne pouvons qu’être attaché au personnage de Rachel, surtout quand sa fille est ajoutée à l’équation. La filialité est mise à mal et les événements émaillant le dernier tiers du film sont émotionnellement éprouvants.

Le jeu des comédiens aide grandement à nous immerger dans ce tourbillon de sentiments, Virginie Efira en tête, cette dernière portant le long-métrage sur ses épaules et livrant sa meilleure partition, oscillant entre sensibilité et intensité et donnant de l’épaisseur à Rachel. Une performance irréprochable. Face à l’actrice, Niels Schneider n’est pas en reste et parvient à passer du jeune homme bien sous tout rapport au salaud narquois en un regard avec une froideur et une désinvolture dans la peau de Pierre, contrastant avec l’humanité ressortant de Rachel. Parmi les actrices incarnant Chantal de son enfance à son adolescence, saluons les interprétations d’Estelle Lescure et Camille Berthommier qui dépeignent chacune avec justesse une adolescente dont la joie de vivre se verra enlevée par des traumatismes et une adulte remplie de colère froide face à ce qui lui est arrivée plus jeune. Un ressenti tout à fait compréhensible rétrospectivement. Nous sommes face à une belle construction de personnages.

La réalisation de Catherine Corsini nous fait voyager à travers le temps avec une reconstitution soignée des décennies traversées, des années 50 à nos jours. Le travail sur la photographie, aux couleurs lumineuses et éclatantes sont à mettre en contraste avec le drame ambiant et la volonté de laisser le spectateur imaginer le pire plutôt que de le voir avec l’utilisation d’ellipses sont des choix judicieux, renforçant l’émotion et le choc de certains événements.

Porté par la puissance émotionnelle de son casting, Un Amour Impossible est un drame touchant et dur par instants, mettant en avant la force de femmes dont le destin a été perturbé par la toxicité des hommes. 

Un Amour Impossible

©Le Pacte

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