Un an après avoir collaboré avec Martin Bourboulon à l’écriture de 13 Jours, 13 Nuits, Alexandre Smia poursuit sa conquête du septième art avec tout premier long-métrage. Jupiter. Porté par Denis Ménochet, André Dussollier, Reda Kateb, Ella Rumpf, Frédéric Pierrot, Céline Sallette, Cédric Kahn, Jérémy Lopez et Dominique Blanc, celui-ci se concentre sur la mise à l’épreuve du Président de la République française – à l’heure des choix pour empêcher qu’un conflit sur le territoire européen s’envenime brutalement…
Ayant fait ses armes à la télévision, notamment en opérant au sein de l’équipe créative du Bureau des Légendes, Alexandre Smia s’est progressivement dirigé vers ce vaste champ des possibles qu’est le septième art, premièrement en qualité de scénariste – puis en tant que réalisateur. Ce qui nous amène aujourd’hui à son premier film, Jupiter, synonyme de plongée en apnée dans les plus hautes sphères du pouvoir, alors que le spectre d’une guerre total menace de faire basculer l’Europe vers l’obscurité. Comme le souligne son titre, ce thriller politique prend le chemin du huis-clos, prenant le pas d’une infiltration au sein d’un lieu ultra-sécurise : le poste de commandement Jupiter, un abri antiatomique situé à plusieurs dizaines de mètres sous l’aile Est du palais de l’Élysée. Un Bunker utilisé par le Président et ses conseillers pour gérer les situations de crise, servant de cadres à des conseils de défense déterminants. Ici, ce cadre tient une place de choix, le spectateur devenant le témoin privilégié de la tenue d’une réunion cruciale, pouvant faire basculer le destin de tout un continent, ni plus ni moins.
Au cœur de l’intrigue fomentée par Alexandre Smia et son co-scénariste Thomas Finkielkraut, la mise sous pression du gouvernement français, devant tenter de garder la tête froide face à la menace d’un conflit s’envenimant du côté de l’Europe de l’Est. Récemment arrivé au pouvoir, le président Paul Archambault – incarné par un Denis Ménochet impérial – se retrouve dans une fâcheuse posture. Lorsque son homologue russe, venant d’être la cible d’un attentat, brandit un ultimatum nucléaire menaçant directement un allié de la Nation, à savoir l’Ukraine, le Chef des Armées fait face à son plus grand défi. Avec le risque d’une escalade militaire, celui-ci réunit en urgence son état-major dans le bunker de l’Elysée, histoire de trouver une solution à cette situation prenant des allures de poudrière. La mèche sera t-elle allumée ? Telle est la question centrale de l’implacable script de Jupiter qui, à chacun de ces actes, augmente drastiquement la tension.
Quand les négociations prennent des allures de jeu de dupes, l’atmosphère se tend âprement, l’horloge de l’Apocalypse se rapprochant dangereusement de minuit. Ce qui exacerbe les tensions en interne et sur la scène internationale, personne ne semblant vouloir faire machine arrière. De ce climat d’instabilité et de son écriture au cordeau jaillissent la puissance narrative de cette partie d’échecs dont on ne veut deviner le finalité, avant d’accepter la fatalité. Quand des va-t-en guerre se laissent gouverner par leur propre ego, difficile d’apercevoir une lueur d’espoir. Il fait peu de dire qu’au final la noirceur l’emporte, Alexandre Smia sachant faire monter la pression comme il se doit niveau mise en scène, jouant de cette idée de la chape de plomb s’abattant sur ses personnages et les enfermant dans un cadre réduit, pour mieux faire ressortir leurs failles – avec au milieu de la table des négociations un Président jupitérien, se laissant dépasser par sa stature, par son hubris. De quoi clôturer cette première œuvre fiévreuse sur une note effrayante, nous rappelant l’incertitude propre à notre époque, en proie à de multiples luttes armées pouvant dégénérer davantage.
Avec Jupiter, Alexandre Smia frappe un grand coup, proposant un thriller politique implacable sachant faire grimper le tensiomètre du spectateur en flèche – alors que son intrigue prend des allures de partie d’échecs radioactive.
