Cinq ans après Amants, Nicole Garcia nous revient à la réalisation avec 7h40 ce matin-là, qui comprend au casting Marion Cotillard, Théodore Pellerin, Artus, Laure Calamy, Charles Berling, Eric Elmosnino, Alexis Manenti ou encore Anne Brochet. Présenté en avant-première lors de l’Arras Film Festival, le long-métrage suit une femme fraîchement arrivée dans une petite ville de la Drôme, tissant un lien avec un jeune mécano de vingt-cinq ans – Milo. Sans rien dire d’elle, elle se rapproche de lui, observe sa vie, et ses liens troubles avec la jeunesse dorée d’un proche manoir.

Pour son dixième passage derrière la caméra, Nicole Garcia joue la carte de l’introspection, s’appliquant à mettre en scène un drame emprunt d’amertume évoquant la fougue de la jeunesse et les limites que l’on se risque à dépasser à cet âge là, avec les conséquences que cela implique. Ou comment par idéalisme, ou par envie de se substituer à un quotidien semblant ne rien avoir à offrir, certains choix de vie peuvent se révéler dévastateur pour soi et pour ceux qui nous entoure.
À travers 7h40 ce matin-là, la cinéaste se concentre sur le parcours de deux êtres arrivés à un stade crucial de leur existence, partageant plus de points communs qu’ils ne pensent. Jouant tout d’abord sur le flou entourant l’une de ses figures centrales, Alice, fraîchement débarquée d’un bus dans la charmante bourgade de Romans-sur-Isère, le long-métrage suit une route nébuleuse avec de nombreuses zones d’ombres à éclairer. Que recherche cette femme, désireuse de prendre un nouveau départ ? Très vite, l’une des réponses apparaît clairement alors que le second protagoniste pointe le bout de son nez, Milo, un gamin du coin connu de tous, rêvant de voler de ses propres ailes, d’ouvrir son propre garage – coûte que coûte.
Se présentent ainsi au spectateur des âmes au premier abord opposées mais partageant plus d’un point commun, tandis que le scénario confectionné par Nicole Garcia, Jacques Fieschi, Laurette Polmanss et Olivier Demangel s’engage sur un chemin sinueux pour mieux évoquer les blessures d’un passé trop présent, mais surtout de la difficulté à s’adapter à un monde auquel on ne s’identifie pas. Parlant tour à tour de la notion de sacrifice (sur l’autel de ses idéaux), de rage intérieure et de lutte des classes, l’intrigue se veut dense – laissant craindre une possible sortie de route niveau écriture. Et si quelques pistes tracées s’effacent au gré du temps, notamment concernant le microcosme dans lequel interagit Milo, dans l’ensemble le film tient sa ligne de conduite. Et ce grâce à un élément primordial, sa sobriété.
Les silences et non-dits ont davantage de poids que l’exposition, ce que la réalisatrice a parfaitement compris sur ce coup, laissant donc s’instiller une atmosphère lourde sans chercher à faire grimper la pression. Les trajectoires tantôt parallèles tantôt croisées d’Alice et Milo permettent d’en dire beaucoup sur eux sans se diriger vers le pathos, mais plutôt vers la désillusion, la transmission. Ce qui fait la force de 7h40 ce matin-là, qui se repose donc sur sa direction d’acteurs, où l’intériorité est de mise. Sur ce registre Marion Cotillard s’en tire avec les honneurs et se voit bien secondée par l’excellent Théodore Pellerin, fébrile à l’écran derrière une apparente décontraction ou encore Artus et Laure Calamy – solides sur leurs appuis.
À travers 7h40 ce matin-là, Nicole Garcia noue un drame austère se consacrant à deux âmes esseulées à la croisée des chemins, devant affronter les conséquences de leurs actes présents et passés pour mieux regarder vers l’avenir.