Repéré en 2019 avec Le Chant du Loup, après une carrière de diplomate, Antonin Baudry vient de poursuivre son pas de deux avec Pathé Films avec un projet ambitieux. À savoir etracer un pan de la vie de Charles de Gaulle sous la forme d’un blockbuster en deux longs-métrages, dans l’optique de proposer au grand public un biopic dense sur l’un des acteurs de la Seconde Guerre Mondiale – s’étant dévoué à libérer la France du joug allemand avec ses forces de résistance. Ce qui a donné lieu à la superproduction La Bataille de Gaulle, qui aura su déjouer les pièges se mettant en travers de son chemin pour devenir l’un des succès de l’année, chacune de ses parties (L’Âge de Fer puis J’Écris ton Nom) ayant attiré la curiosité de plus de deux millions de spectateurs. Et avec sa sortie en DVD, Blu-ray et 4k UHD, davantage de personnes devraient découvrir dans leur salon cette épopée de six heures revenant sur les heures sombres du XXe siècle.
La Bataille de Gaulle, L’Âge de Fer – Se battre pour ses idéaux
Se basant sur De Gaulle, une certaine idée de la France, biographie écrite par l’historien britannique Julian Jackson en 2021, la première partie du biopic se concentre sur une période charnière dans la vie du Général, à savoir son exil à Londres alors que la France est en pleine débâcle. En s’éloignant du régime de Vichy, synonyme de collaboration avec l’ennemi, le militaire entre en résistance et tente d’organiser une contre-offensive face aux nazis. Un acte menant à la création des Forces Françaises Libres, mouvement armé déterminé à fragiliser Adolf Hitler et ses troupes. Et comme nous le savons, se battre pour la liberté à une époque où celle-ci s’est effacée au profit de la dictature s’apparente à un véritable chemin de croix.
Ce que Antonin Baudry souligne en partageant son script – co-écrit avec sa compagne Bérénice Vila – sur différents champs de bataille, qu’ils se déroulent concrètement dans les rues, dans le désert ou symboliquement dans des bureaux cossus de la capitale anglaise. Et si ce chapitre prend son temps pour dérouler son récit, les discussions prenant le pas sur les passages à l’action de la Résistance, que ce soient ceux les factions citoyennes ou des forces armées. Heureusement, pour palier à l’académisme de ces longues sessions de négociations, le film peut compter sur l’abattage de son acteur principal, Simon Abkarian se fondant dans le costume du Général, qui n’est pas trop grand pour lui – embrassant même son côté ironique avec aisance. Ce qui permet de pimenter les longs tunnels de dialogues, notamment les passes d’armes entre de Gaulle et Winston Churchill, cruciales à l’intrigue.
Il faudra attendre un acte final synonyme de lutte pour la survie pour que L’Âge de Fer laisse exprimer sa rage, son lyrisme, avec une retranscription d’un sacré morceau de bravoure, en l’occurrence le siège de Bir Hakeim (qui s’est déroulé du 27 mai au 11 juin 1942), qui donne la part belle à un autre général, Koenig – incarné par un solide Benoît Magimel. De quoi donner corps à cette notion d’héroïsme, qui se construit pas à pas, au gré des épreuves traversées.
La Bataille de Gaulle, J’Écris ton Nom – Pour l’avenir de la France
Si sa première partie n’évitait pas les écueils, balbutiant quelque fois à trouver le ton juste pour embarquer le plus de monde dans ses rangs, Antonin Baudry affine son pas de tir avec sa suite J’Écris ton Nom, qui gagne en cohérence thématiquement parlant.
Avec ce second volet, qui s’articule pour sa part sur la période 1943-1944, le cinéaste porte son regard sur l’art de la désobéissance, qu’elle soit civile ou militaire, tandis que la figure immuable de Gaulle – droit dans ses bottes – se heurte à l’impérialisme américain (en plus de l’ennemi nazi) avec l’entrée en scène de Franklin Delano Roosevelt dans ce conflit déchirant l’Europe. Une mise en avant qui se veut pertinente dans la mesure où le scénario dresse en parallèle le portrait d’un autre homme prompt à n’en faire qu’à sa tête. Le général Philippe Leclerc, interprété avec conviction par Niels Schneider, qui joue ici un rôle crucial avec sa fameuse division blindée – qui aidera à la libération de Paris.
Avec cette partie, l’équipe créative rappelle que malgré les caractères tranchés, les divergences d’opinion, l’individualisme a mené contre toute attente à la coalition – avec des actes isolés servant le bien commun à une époque troublée (ce que vient entre autres appuyer la présence de Jean Moulin – qui faisait de la figuration dans l’Âge de Fer). Alternant dans un rythme soutenu les tractations en huis-clos pour l’avenir de la France et les manigances en sous-sol pour abattre l’ennemi, le film se révèle efficace et évite le piège de l’hagiographie pure et simple. Évoquant tour à tour le projet Wallonia, la fondation du Conseil National et la Résistance, le D-Day, J’Écris ton Nom nous rappelle avec ardeur qu’il faut certes des grands hommes pour écrire l’histoire mais surtout un peuple prêt à tous les sacrifices pour défendre ses droits, sa liberté. D’où le – très bon – choix de donner comme sous-titre à ce chapitre de La Bataille de Gaulle un vers iconique de Paul Eluard.

S’il se montre parfois fébrile sur ses appuis, en particulier durant les événements de L’Âge de Fer, le diptyque La Bataille de Gaulle n’en reste pas moins un blockbuster made in France qui ne manque pas de panache, Antonin Baudry trouvant finalement le souffle nécessaire pour livrer à la fois une œuvre saluant l’abnégation de Charles de Gaulle mais également une ode au courage – avec la mise en avant d’hommes et femmes (à travers par exemple le personnage fictif de Livia jouée par Anamaria Vartolomei) ayant la liberté chevillée au corps. Ou comment célébrer l’art de la résistance, en restant à la lisière du biopic.