Diplômée de l’école des Gobelins et de La Poudrière, Phuong Mai Nguyen a fait de l’ animation sa spécialité, dévoilant son style à travers le court Chez Moi ou encore la série Culottées – adaptation de la bande dessinée éponyme de Pénélope Bagieu qu’elle a co-réalisé. Et six ans après cette expérience, la cinéaste vient d’élargir ses horizons en s’aventurant du côté du cinéma, à travers In Waves, adaptation du roman graphique éponyme d’AJ Dungo, porté par les voix de Lyna Khoudri, Rio Vega, Paul Kircher et Birane Ba. Un film qui aura eu les honneurs d’une présentation à la Semaine de la Critique à Cannes ce printemps, qui est à (re)découvrir dès aujourd’hui en DVD et Blu-ray.
Pour son plongeon dans l’océan du septième art, Phuong Mai Nguyen s’est prêtée à l’exercice de la transposition, trouvant dans le roman graphique d’AJ Dungo (publié en 2019 chez Casterman par chez nous) la matière nécessaire pour surfer avec précision sur la vague de l’émotion – en privilégiant la pudeur à la démonstration. À travers In Waves, la cinéaste nous convie à une romance emprunte de tragédie, suivant le sillon tracé par un couple tentant de rester uni face au spectre de la maladie.
Nous entraînant sous le doux soleil de la Californie, le long-métrage démarre par une rencontre, entre deux êtres semblant être faits l’un pour l’autre. À savoir AJ, lycéen discret et Kristen, bien plus enjouée. Elle est passionnée de surf, lui de skateboard et de dessin. Succombant à la flèche tirée par Cupidon, notre tandem se retrouve rapidement à regarder ensemble vers la même direction. Mais ce qui semblait être le postulat d’une histoire d’amour emplit de douceur prend rapidement une tournure plus sombre. Le sol va ainsi s’ouvrir sous les pieds de nos protagonistes, alors que le spectre de la maladie s’abat sur Kristen. Soit le point de bascule de l’œuvre, qui gagne en profondeur en adoptant une vision lumineuse quant au combat attendant la jeune femme.
Tel l’eau s’effaçant sur le sable au gré des vagues, ce drame évoque la disparition d’un être cher, le tout en employant une approche délicate. En usant d’une photographie crépusculaire et d’une mise en scène aérienne couplant animation 2D et 3D – en particulier concernant les éléments aquatiques – Phuong Mai Nguyen met un point d’honneur à ne pas alourdir le récit autobiographique qui lui sert de modèle, en y apportant une bonne dose de poésie. Si la mort est au centre des enjeux du film, ce que l’on retient est une ode à la vie, tandis que nous assistons à la lutte de notre couple pour garder au maximum la tête hors de l’eau, portés par la force de leur amour, leurs amis et leur passion désormais commune pour le surf. Et grâce à une écriture qui ne manque pas de tact, In Waves délivre un message sensible sur le deuil et la force des liens du cœur, tirant sa force de sa mélancolie.
En s’imprégnant du roman graphique d’AJ Dungo, Phuong Mai Nguyen nous livre un film d’animation emplit de beauté, surfant avec tact sur la vague du drame. In Waves, un premier long-métrage réussi, menant sa barque avec agilité.
