En constante évolution, le paysage hollywoodien opère une mue pour le moins drastique depuis quelques temps, les crises touchant l’industrie du cinéma amenant les grands pontes et les majors à prendre des décisions à double tranchant – quitte à se laisser phagocyter par les géants du streaming, comme nous l’avons récemment constaté via le rachat de la vénérable MGM par Amazon. Une collusion prenant une tout nouvelle ampleur aujourd’hui, avec le bras de fer venant de s’engager pour s’offrir un autre fleuron du monde du septième art. Warner Bros.
En effet, il y a trois mois de cela, Netflix surprenait tout le monde en officialisant une acquisition de taille, celle de ce studio centenaire – vendu au plus offrant. Un coup de poker rendu possible par la situation délicate de l’entité Warner Bros. Discovery, en difficulté depuis 2022 et l’arrivée du controversé David Zaslav aux manettes – dont le management a été décrié, à juste titre lorsque l’on voit le résultat. Recherchant désespérément à faire des économies, l’entité a fait part cet automne de son envie de se scinder – moyennant finance. Une vente aux enchères a ainsi été lancée concernant la division cinéma/télévision, avec l’objectif d’atteindre une valorisation comprise entre 70 et 75 milliards de dollars. De quoi lancer un branle-bas de combat pour obtenir les clés du studio.
Paramount dame le pion à Netflix
Mais si Paramount ou encore Comcast ont rapidement montré leur intérêt quant à cette transaction, David Zaslav s’est laissé séduire par l’offre de Netflix, qui répondait à ses attentes. Ainsi, le 5 décembre, avait été annoncé le rachat de Warner Bros., pour la coquette somme de 82,7 milliards de dollars (en espèces et en actions), ce qui est énorme – surpassant de ce fait l’opération effectuée par Disney pour obtenir 21st Century Fox qui s’élevait à 71,3 milliards. Et si l’on pensait que l’affaire était dans le sac, un nouveau retournement de situation vient de tout chambouler. Désireux de rajouter à sa collection la Warner, le PDG de Paramount Skydance, David Ellison, a multiplié les offres même lorsque tout semblait perdu face à Netflix. Et face à sa dernière estocade, le géant du streaming n’a pas renchéri, menant donc à un énième changement de propriétaire.
Ainsi, ce 27 février, a été acté le rachat de Warner Bros. Discovery par Paramount Skydance, pour la bagatelle de 110 milliards – avec notamment une action valorisée à 31$. Une OPA agressive, rendue possible grâce au soutien de la famille Ellison, le père de David – Larry (dont le patrimoine est estimé 270 milliards de dollars) – ayant personnellement mis la main au porte-monnaie pour faire pencher la balance.
Suite à ce pari gagnant, David Ellison, président-directeur général de Paramount Skydance Corporation a déclaré : « Dès le début, notre volonté d’acquérir Warner Bros. Discovery est guidée par un objectif clair : honorer l’héritage de deux entreprises emblématiques tout en accélérant notre vision de bâtir une société de médias et de divertissement de nouvelle génération. En réunissant ces studios de renommée mondiale, nos plateformes de streaming complémentaires et les talents exceptionnels qui les animent, nous créerons encore plus de valeur pour nos publics, nos partenaires et nos actionnaires – et nous sommes extrêmement enthousiastes quant à l’avenir.«
Même enthousiasme du côté de, David Zaslav, président de Warner Bros. Discovery, qui a renchéri : « Je suis très satisfait du résultat obtenu pour les actionnaires de WBD et l’industrie du divertissement . Notre principe directeur tout au long de ce processus a été de conclure une transaction qui maximise la valeur de nos actifs emblématiques et de notre studio centenaire, tout en offrant un maximum de visibilité à nos investisseurs. Nous sommes impatients de collaborer avec Paramount pour finaliser cette transaction historique.«
Un pas de deux stratégique
Si cette proposition doit encore être validée au cours du printemps par les actionnaires de Warner Bros. Discovery et les autorités régulatrices, peu de doutes persistent quant à sa concrétisation. Alors que va t-il se passer une fois l’accord définitivement scellé ? Voici les promesses de la Paramount quant à cette fusion. Premiers éléments de réponse.
En termes de fonctionnement, les deux studios seront maintenus, avec l’objectif de proposer dans les salles obscures quinze longs-métrages par an à la fois pour Paramount et pour Warner. Chaque film bénéficiera d’une sortie en salles exclusive, avec une fenêtre d’exploitation mondiale d’au moins quarante-cinq jours avant sa mise à disposition en VOD, (le but final étant d’atteindre soixante à quatre-vingt-dix jours, ou plus si possible, afin de maximiser l’audience de leurs œuvres les plus populaires). Notons que le groupe s’engage également à poursuivre ses engagements vis-à-vis de la chronologie des médias sur le territoire français.
Les changements inhérents à cette union se feront donc davantage ressentir du côté du petit écran, avec la création d’une plateforme commune qui devrait peser son poids dans l’industrie du streaming, englobant donc Paramount+, HBO Max ainsi que Pluto TV. Le catalogue à venir de ce concurrent à Netflix et Disney + s’appuiera sur une bibliothèque de plus de 15 000 titres et rassemblera sous la même bannière des franchises phares telles que Harry Potter, Mission: Impossible, Le Seigneur des Anneaux, Star Trek, Bob l’Éponge, Game of Thrones sans oublier l’univers DC. Concernant les droits sportifs, la plateforme en devenir détiendra un portefeuille conséquent puisque seront retransmis les matchs de la NFL, la NHL, du PGA Tour, les combats de l’UFC ou encore les Jeux Olympiques.
De quoi préfigurer d’un remue-ménage en interne avec une restructuration de taille, des suppressions d’emplois étant craintes vu le nombre de postes en doublon, notamment concernant les chaînes d’informations CBS et CNN. À voir désormais comment tout cela va se goupiller.
