Monstre sacré du cinéma nippon, Godzilla se veut la figure de proue d’un genre à part entière, le kaijū eiga, où les créatures prennent le pouvoir afin de mieux illustrer les peurs inhérentes aux désastres humains et écologiques – à commencer par la peur de l’arme atomique, qui aura marqué à tout jamais la face du Japon. Ainsi, le succès rencontré par notre dieu de la destruction a mené à l’émergence d’une multitudes de monstres dans le milieu du septième art nippon, les productions s’enchaînant à un rythme effréné, la Toei et les studios retroussant leurs manches pour instaurer de véritables franchises concurrentes. Du côté de la Daiei, une tortue préhistorique du nom de Gamera devint une mascotte à part entière, semant régulièrement le chaos dans les salles obscures depuis sa création en 1965.
À l’occasion du soixantième anniversaire de notre créature au souffle ravageur, l’éditeur français Roboto Films s’est décidé à mettre en avant les premiers opus de la fameuse Ère Showa, synonyme de montagnes russes pour la saga, marquant à la fois son ascension et sa descente vers le grand n’importe quoi. Mais ici,
Passé un premier opus des plus solides que l’on doit au vénérable Noriaki Yuasa, parvenant à offrir un concurrent digne de combattre aux côtés de celui que l’on nomme Gojira, les producteurs ont voulu muscler leur jeu en prenant pas de l’affrontement bestial avec la suite Gamera contre Barugon – mise en scène par Shigeo Tanaka – moins enfantin et sachant tirer profit de son ancrage géographique, la jungle donnant du cachet à cette deuxième aventure. De quoi confirmer les codes de la saga à venir, à savoir des duels rocambolesques pour notre tortue de soixante mètres de hauteur amatrice de pétrole – le tout dans un style un peu kitsch. Une tonalité plus légère, qui poindra le bout de son museau dans Gamera contre Gyaos, qui marqua le retour de Yuasa aux affaires, où un simili ptérodactyle sanguinaire – ersatz de Rodan dans le camp d’en face – se frotte à notre kaijū dans un opus peu avare en scènes de combats destructeurs, ce qui en fait son charme. De quoi renforcer la place centrale de nos monstres, ces forces de la nature que l’on ne peut arrêter, comme en font l’amer expérience les personnages humains de la marque, pris entre deux feux.
Si les chapitres suivants enfermeront la franchise dans une routine qui lui sera fatale (avant une véritable reprise en main au milieu des années 90, cette trilogie nous rappelle que Gamera avait de quoi se défendre face au mastodonte Godzilla. Ce que les amateurs de kaijū eiga pourront (re)découvrir via l’initiative de Roboto Films, qui a compilé ces trois films en version restaurée – supervisées par Shinji Higuchi- dans un coffret édité en 4k UHD et Blu-ray. Attendue pour le 16 décembre dans les bacs et sur roboto-films.fr, cette édition anniversaire renferme en son sein un livret de soixante pages, dix cartes postales et un poster. Niveau bonus, outre la présentation de chaque volet par Fabien Mauro, un entretien de Shinji Higuchi et Shunichi Ogura, superviseurs de la restauration, est inclus. Comptez 79€ pour la version 4k et 65€ pour le digipack Blu-ray.

Spécifications
- Version originale sous titrée français pour les 3 films
- Blu ray – 1080p – Format 2.35:1 – Noir & blanc (1) et Couleurs (2 et 3)
- DTS-HD Master Audio 2.0
Suppléments
– Livret de 60 pages avec :
- Essai de Jordan Guichaux « Gamera : création du concurrent idéal »
- Photos de tournages
– Présentation de chaque film par Fabien Mauro
– Interview de Shinji Higuchi et Shunichi Ogura, superviseurs de la restauration