Passée une parenthèse télévisuelle avec la série Pistol, Danny Boyle effectue son retour dans le milieu du septième art avec 28 ans plus tard, troisième opus de la franchise post-apocalyptique qu’il a lui-même initié. Comprenant au casting Jodie Comer, Aaron Taylor-Johnson, Ralph Fiennes ou encore Jack O’Connell, celui-ci se concentre sur une communauté de rescapés du fameux virus de la fureur, réfugiée sur une petite île au large de l’Angleterre…
En 2002, Danny Boyle insufflait du sang neuf dans le genre dit du film de zombies avec 28 Jours Plus Tard, qui voyait un tout jeune Cillian Murphy incarné un homme se réveillant de son coma pour mieux découvrir que durant son sommeil Londres – et plus largement l’Angleterre – a été ravagée par un virus transformant les personnes symptomatiques en de véritables créatures amatrices de chair fraîche.
Vingt-trois ans et une suite plus tard (réalisée par Juan Carlos Fresnadillo), le cinéaste reprend la main sur la saga en compagnie d’Alex Garland – qui officie au scénario – histoire d’en élargir ses horizons. Leur ambition ? Initier une trilogie en bonne et due forme, ce qui s’avère être un projet d’envergure, surtout après une si longue mise au repos de la marque. Comment rester pertinent et dans l’ère du temps lorsque des franchises telles que The Walking Dead ont revisité en large et en travers les thématiques inhérentes à ce genre de productions ? En prenant le revers de ce que l’on pouvait attendre d’un troisième opus, avec généralement une emphase sur l’action, notre duo fait un pari risqué – leurs décisions créatives ne pouvant que diviser leur auditoire. S’amusant à jouer les sales gosses, les deux hommes se servent ainsi de leur création commune pour proposer une parabole du Brexit, où repli sur soi rime avec désarroi. Au sein d’une nation abandonnée à son sort, s’ouvrir (à nouveau) au monde extérieur prend des airs d’odyssée survivaliste dans tous les sens du terme.
Prenant le pas d’un drame horrifique en deux actes, 28 ans plus tard s’évertue à s’engager sur un terrain escarpé où les chemins de traverses servent de terreau fertile à une quête initiatique emprunte de souffrance. Au sein d’un univers post-apocalyptique, l’innocence propre à l’enfance se fracasse inéluctablement à la noirceur d’une réalité que l’on ne peut ignorer, pervertissant le regard de ces jeunes évoluant sur ces terres désolées. Soit le moteur du script d’Alex Garland, qui se concentre justement sur une figure adolescente, apprenant par l’apprentissage les multiples facettes de son environnement, les vicissitudes de l’Homme (et du zombie) s’exposant brutalement devant ses yeux. Vivant sur une île reliée au continent par une route – disparaissant au gré des marais – le jeune Spike fait face à un rite de passage avec son paternel, une excursion remettant en cause ses aprioris sur cette contrée zombifiée qu’est l’Angleterre, sur lequel il n’avait jamais mis les pieds.
De ces premiers pas balbutiants, notre protagoniste est de ce fait forcé de mûrir, de tuer l’enfant qui est en lui pour mieux avancer dans ce quotidien où la vie ne tient qu’un à fil. Comme nous le comprenons rapidement, ce qui compte ici est l’analyse de la cruauté en ce bas-monde, non sans une certaine poésie emplie d’amertume. En particulier dans une deuxième partie de métrage où l’icône du père laisse place à celle de la mère, offrant une toute autre vision à ce périple formateur, en évoquant la maladie, la mortalité. Ce qui permet d’apporter un supplément d’âme à cette expédition désenchantée où le danger rode derrière chaque arbre, chaque sentier. Car n’oublions pas que nous sommes dans un film de zombies, ce que nous rappelle le script au gré de divers coups d’éclats, avec des séquences clipesques à la mode Danny Boyle – qui s’éclate à expérimenter niveau mise en scène. Profitant des IPhones mis à sa disposition, le réalisateur ne manque pas d’imagination pour passer d’instants posés à passages chaotiques, avec des effets divers et variés (scènes infra-rouges, innovation du style ‘bullet-time’) qui ne font pas toujours dans la subtilité.
Que ce soit sur le fond ou dans la forme, 28 ans plus tard se refuse à suivre un chemin balisé, quitte à froisser le public, ce qui rajoute du cachet à cet exercice de style, qui trouve sa raison d’être au fur et à mesure de son avancée. En constante mutation, ce chapitre inaugural de la nouvelle trilogie en devenir s’avère être une virée cauchemardesque tantôt sensible tantôt anarchique – avec de beaux moments de tension à la clé. Ajoutons à cela la prestation solide de sa distribution, à commencer par Alfie Williams – qui signe là son premier rôle – bien accompagné par Aaron Taylor-Johnson, Jodie Comer (l’atout cœur du film) et Ralph Fiennes, s’intégrant bien dans ce paysage horrifique. Les graines sont désormais semées pour que nous attendions avec curiosité la sortie du prochain opus de la saga, The Bone Temple, déjà mis en boîte par Nia DaCosta. Une suite qui poursuivra ce questionnement sur la nature du mal, pleine de promesses.
Avec 28 ans plus tard Danny Boyle renoue avec l’univers qu’il a initié et concocte une odyssée anarchique en terres zombies qui s’amuse (sadiquement) à entraîner le spectateur sur les sentiers de la perdition. Le tout pour un résultat déroutant mais exaltant.
