Un an après le huis-clos Homejacking, qu’il avait imaginé en compagnie de son comparse Florent Meyer, Tigran Rosine effectue son retour aux manettes d’une série pour le compte de Ciné + OCS, cette fois en solo. Avec La famille Rose, présentée en avant-première au festival Séries Mania, le showrunner invite Shirine Boutella, Arthur Dupont, Capucine Valmary, Lou-Adriana Bouziouane, Romane Bohringer ou encore Gaspard Meier-Chaurand à prendre part à une comédie ne manquant pas de mordant. Et pour cause, celle-ci se concentre sur les tribulations d’une lignée de…cannibales, déambulant dans leur camping-car à la recherche d’endroits où se poser – et de proies à aller chasser.

© NataShilo

Comme il le laissait déjà transparaître Homejacking, Tigran Rosine veut élargir ses horizons et sortir du genre policier, dans lequel il aura fait ses armes (il a notamment officié sur la série Cassandre). Grand bien lui fasse puisqu’en s’inspirant du thriller Patricia Moore, format court australien diffusé en 2018, le scénariste trouve un écrin pas piqué des hannetons pour montrer ce qu’il a dans le ventre, sachant adapter à sa sauce le matériau qu’il a entre les doigts pour proposer une comédie noire pour le moins saignante. Et en s’associant une fois de plus à Ciné + OCS, notre showrunner dispose d’un bel espace de liberté pour faire partir sa création dans tous les sens.

Ainsi, avec La famille Rose, s’initie une virée mortelle en compagnie d’un clan pas comme les autres, vivant en marge de la société pour mieux subvenir à leurs besoins. En l’occurrence se nourrir de chair humaine, comme le recommande leur strict régime alimentaire. Car oui, descendre d’une espèce cannibale est loin d’être une sinécure. Ce que le spectateur peut rapidement le remarquer, la série un brin barrée se montrant limpide quant à ses intentions, à savoir mettre leurs personnages face aux conséquences de leurs actes, pour le meilleur et pour le pire. Un ressort scénaristique permettant de ce fait de pimenter l’intrigue principale tissée par Tigran Rosine avec l’aide de ses camarades d’écriture Camille Apard et Julien Gallet, comme démontré par les trois premiers épisodes projetés en avant-première au festival Séries Mania.

Nomades modernes, Bernard, Diane et leurs deux enfants, Lou et Noé parcourent les routes de France tout en prenant un soin méticuleux à choisir leur nourriture – et ne pas laisser d’indices derrière eux, une règle primordiale. Hélas, personne n’est parfait à rester discret n’est pas toujours facile, ce que vont découvrir notre joyeuse tribu à leurs dépends. Quand un coup du sort met en rade leur maison roulante, les Rose se retrouvent sur le bas-côté dans un lieu déjà visité par le passé. Le Breuil. Un petit village d’apparence paisible mais rongé par la disparition de l’un des leurs, il y a de cela sept ans. Manque de bol, ce maire évaporé du jour au lendemain avait malencontreusement croisé le chemin de nos protagonistes…Vous le voyez venir, en revenant malgré eux dans cette aire de repos, la famille Rose n’est pas au bout de ses surprises.

Posant les bases de son récit en toute simplicité dans son épisode inaugural, la série peut muscler son jeu en prenant un plaisir quelque peu sadique à faire de cet arrêt sous le doux soleil de Le Breuil une avalanche d’emmerdes pour cette famille pas comme les autres, devant faire attention à ne pas devenir des proies. Entre les secrets de la communauté, les dissensions entre notre fratrie – avec une adolescente tiraillée entre son appétit et son attirance pour la gente masculine – les fils rouges déroulés par Tigran Rosine et son équipe paraissent classique au premier abord. Mais fort heureusement, nos scénaristes aiguisent leur couteau pour mieux couper ceux-ci à divers endroits histoire de sortir des sentiers battus à grands renforts de coups d’éclats. Ainsi, arrivé à la conclusion de son troisième épisode, La famille Rose trouve sa vitesse de croisière, en gagnant en absurdité et en tension. Sans entrer dans les détails pour ménager le suspense, le quotidien de Bernard, Diane, Lou et Noé prend des allures de véhicule en perte de contrôle, les erreurs du passé les éclaboussant tour à tour. Vivre d’amour et de chair fraîche, toute une épreuve.

Pouvant compter sur la partition de sa distribution, Shirine Boutella et Arthur Dupont formant un couple complémentaire, le côté maman tigre de l’une et papa poule (et un tantinet maladroit) de l’autre faisant des étincelles – tout en apportant un semblant de normalité à ces personnages adeptes de viande humaine. À leurs côtés, Capucine Valmary se veut l’atout cœur du show dans la peau de Lou, sachant refléter le tumulte intérieur de cette adolescente perdant progressivement ses repères. Ajoutant à cela la mise en scène ‘mordante’ d’Enzo Croisier, qui augmente d’un cran l’aspect décalé de La famille Rose, multipliant les séquences peu ragoûtantes avec une certaine malice, ce qui confère un charme non négligeable à l’ensemble. À voir désormais ce que nous réserverons les épisodes restants, qui promettent son lot de morts et d’hémoglobine.

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