Passé des planches de théâtre au septième art, Benedikt Erlingsson aura su faire carrière en tant qu’acteur avant de s’essayer à la réalisation et ce avec succès, comme l’aura démontré l’engouement autour de son second film Woman at War, sorti chez nous en 2018. Fort de cette expérience, le cinéaste islandais nous revient avec une série, The Danish Woman, qui s’est dévoilée au public du festival Séries Mania, où elle était projetée en avant-première mondiale. Au programme, les tribulations d’une quinquagénaire au passé trouble tentant de mettre son grain de sel dans le quotidien de l’immeuble dans lequel elle vient d’emménager…
Pour sa première incursion dans l’univers du petit écran, Benedikt Erlingsson prolonge les thématiques esquissées dans Woman at War, proposant ainsi une satire caustique prenant corps à travers les exactions d’un personnage féminin jusqu’au-boutiste, ne reculant devant rien pour faire valoir ses droits et ceux des autres. Avec The Danish Woman, le réalisateur appuie davantage sur sa plume acerbe, conviant le spectateur à un vaudeville sous le doux soleil d’Islande, où le quotidien d’un immeuble de quartier en apparence paisible devient le théâtre d’une série de règlements de compte, fomentés dans l’ombre par une voisine pas comme les autres.
Comme en témoigne les deux premiers épisodes diffusés en avant-première mondiale lors du festival Séries Mania, cette série dramatique venue du froid joue habilement de son humour pince-sans-rire pour nous amener à comprendre les motivations de sa protagoniste, Ditte Jensen, récente résidente de ce petit coin tranquille de la banlieue de Reykjavik dont les méthodes pour instaurer la paix des ménages sont pour le moins radicales. De prime abord austère – il ne faut clairement pas marcher sur ses plate-bandes (comme l’apprendra à ses dépends un pauvre minou) – notre expatriée danoise laisse transparaître les différentes strates de sa personnalités au gré de son contact avec les autres locataires, qui doivent composer avec leurs soucis du quotidien. Des problèmes qui deviennent des missions prioritaires pour notre ‘infirmière’, désireuse de faire respecter cette notion de vivre-ensemble si chère à son cœur et ce coûte que coûte.
Une abnégation faisant le sel de The Danish Woman, les coups en douce de notre protagoniste offrant une caisse de résonance au fameux adage « la fin justifie les moyens ». Un voisin adepte du tapage nocturne ? Une mère dépassée par un ado accro aux écrans ? Une jeune fille en quête de repère ? Ditte est là pour vous. Prenant à bras le corps les problématiques de son entourage, cette dernière fait ressortir la guerrière qui est en elle pour faire régner le calme au sein du bâtiment devenu son nouveau chez soi. Quitte à en faire trop…En multipliant les situations cocasses, Benedikt Erlingsson et son co-scénariste Ólafur Egill Egilsson déblayent avec efficacité le terrain pour nous préparer à l’orage à venir, le passé trouble de notre héroïne s’apprêtant à revenir la hanter de plus belle. Car celle-ci n’a pas fait que panser des blessures, elle a surtout travaillé pour les services secrets de son pays, un pan de son existence se révélant petit à petit, que ce soit au gré de rencontres physiques et métaphysiques.
Il y a du drame dans l’air et l’atmosphère s’apprête à s’alourdir pour cette chère Ditte, qui devrait d’ici peu se retrouver dans l’œil du cyclone. Devant faire face à ses actions et à la pression d’un gouvernement danois voulant la ramener dans ses rangs, notre personnage va entrer dans une zone de turbulences. Les bases sont de ce fait posées, l’équipe créative ayant désormais l’espace nécessaire pour s’amuser des déboires de leur soldat d’élite, qui pimenteront les quatre épisodes restants. Ce que nous pourrons découvrir d’ici quelques mois, The Danish Woman devant être diffusée sur Arte. Quoiqu’il en soit, pour sa première série, Benedikt Erlingsson reste fidèle à lui-même, proposant une comédie dramatique un brin décalée (ce que les passages musicaux ouvrant et fermant chaque chapitre viennent appuyer), pouvant compter sur la performance solide d’une troupe de comédiens se laissant mener à la baguette par sa tête d’affiche, Trine Dyrholm, impeccable dans la peau de cette femme danoise ne manquant pas de nuances, l’actrice donnant de sa personne tout en proposant un jeu riche en nuances. Une performance remarquée, agrémentant la qualité de cet essai télévisuel d’un cran.
