En constante évolution, le paysage hollywoodien opère une mue pour le moins drastique depuis quelques temps, les crises touchant l’industrie du cinéma amenant les grands pontes et les majors à prendre des décisions à double tranchant, comme nous avons pu le constater depuis la pandémie de COVID-19. Entre la réduction de la chronologie des médias et le passage de certaines productions uniquement par la case streaming, l’exploitation en salles est devenue synonyme d’épreuve – notamment à une époque où les cinémas ont fait face à une longue période de fermeture (que ce soit sur le sol américain ou dans le monde entier). Parmi les balbutiements propres à ces temps troublés, la stratégie décriée de WarnerMedia quant à son catalogue de 2021, qui aura fait couler beaucoup d’encre et fait partir Christopher Nolan de l’écurie.

Vécue par beaucoup de cinéastes comme une absurdité, la décision de sortir simultanément sur grand écran et sur HBO Max les longs-métrages de l’année n’aura pas été symbole de succès, plombant quelque peu les recettes de la plupart des blockbusters au box office, ce qui n’était pas le plus gênant pour l’instigateur de ce plan, Jason Kilar – dont le but était de faire décoller le nombre d’abonnés sur le service de streaming de la compagnie. De ce point de vue, le résultat fût honorable, avec un gain de 12,8 millions d’utilisateurs par rapport à 2020, en cumulant les chiffres de HBO avec ceux de la plateforme. Une tactique risquée pour un résultat mitigé, la révolution voulue n’ayant pas réellement affectée le public, dont les habitudes sont tenaces. D’ailleurs, de ce choix controversé découle aujourd’hui une avalanche de conséquences pour le groupe Warner, arrivée à une *énième* étape transitoire de son existence à la suite de son rachat par Discovery.

S’intitulant désormais Warner Bros. Discovery, l’entité nouvellement formée affute ainsi ses armes avant d’étaler au grand jour sa puissance, ce qui passe par une restructuration de fond en comble. Fraîchement nommé à la tête de celle-ci, le grand manitou qu’est David Zaslav s’emploie actuellement à faire le grand ménage dans les locaux, avec pour ambition de faire partir sa locomotive sur de bons rails. Mais pour s’y faire, le grand patron n’y va pas par quatre chemins, son but premier étant de réaliser 3 milliards d’économies avant de s’attaquer à la concurrence. Entre l’absorption de HBO Max au sein d’une plus grande plateforme, de la suppression d’un grand nombre de projets et de la volonté de partir sur des bases saines concernant la marque DC Comics, l’heure est au branle-bas de combat dans les couloirs de la société. Essayons de faire le point avec les informations à disposition.

Restructuration et recherche d’économies

Devant débarquer en 2023 sur le territoire français, soit deux ans après son lancement outre-Atlantique, HBO Max va fusionner avec sa petite sœur Discovery + pour former un seul et unique service de vidéo, plus vaste. Si l’on ne connaît pas encore son nom, celui-ci sera opérationnel l’été prochain avant de s’aventurer vers de nouveaux marchés. Nous devrions logiquement devoir patienter jusque 2024 pour que la plateforme arrive sur notre sol. Ce regroupement témoigne d’un changement de stratégie pour le conglomérat Warner Bros. Discovery, Zaslav se voulant plus linéaire dans sa démarche, faisant une distinction claire entre cinéma et streaming, désavouant la manœuvre de son prédécesseur. Un virage à 180° qui rebat les cartes quant à la marche à suivre pour le futur, le regroupement émanant de la formation de la nouvelle plateforme made in Warner Bros. Discovery s’accompagnant d’une reconfiguration niveau contenu.

En plus de limiter les enveloppes des différentes productions, les directives parlent d’une somme maximale de 35M$ pour les longs-métrages à destination du petit écran, les dirigeants ont mis en place un serrage de ceinture en règle afin récupérer de l’argent et éponger les dettes. Comme le révèle The Hollywood Reporter, le groupe a déjà opéré à des coupes drastiques, débranchant CNN+, stoppant la commande de programmes scriptés pour les chaînes TNT et TBS tout en annulant ceux qui y étaient diffusés à l’image de Snowpiercer, qui prendra fin au terme de sa quatrième saison, Full Frontal with Samantha Bee ou encore The Last O.G. de même que ceux en développement. Le tout pour une économie de 825M$ sur les deux premiers trimestres de l’année, sans compter les annulations de grosses productions, qui feront grimper les comptes. Parmi les victimes de cette quête de billets verts, le film d’animation Scoob! Holiday Hunt de Tony Cervone, qui faisait suite à Scooby! mais également Batgirl d’Ail El Barbi et Bilall Fallah, sacrifiés sur l’autel de la réduction de pertes, Warner récupérant une partie de sa mise de départ via un montage fiscal, qui ne peut s’opérer que si le film ne sort pas.

Le début d’une phase de remodelage peu envieuse pour la branche DC Films, à l’heure du dilemme pour rester dans les rails de la feuille de route nouvellement dressée par la firme.

Des remous dans l’univers cinématographique DC

Comme précisé lors de sa présentation aux actionnaires et à la presse, DC Films sera une composante importante de Warner Bros. Discovery, que ce soit sur grand écran ou sur ce fameux service de vidéo à la demande, devenant un studio à part entière – à l’image de leur concurrent direct. Se rapprocher du fonctionnement de la Maison des Idées, une mission qui – malgré des débuts prometteurs avec Man Of Steel en 2013, s’est finalement soldée par un relatif échec, symbolisé par Justice League de Joss Whedon, dont les coulisses ont été des plus mouvementées et ont mis à mal l’univers initié par Zack Snyder. Se partageant entre plusieurs voies, entre la timeline principale et les projets indépendants (Joker, The Batman), le DCEU devait également se diviser entre le cinéma et le streaming, avec films et séries au programme sur HBO Max. Une multiplication qui ne semble pas plaire à David Zaslav, déterminé à remettre les pendules à zéro.

L’annulation de Batgirl n’est que la première pierre d’une plus large entreprise, destinée à se débarrasser de ce que le grand patron considère comme superflu. Autre production impactée, le long-métrage basée sur les Wonder Twins, jeté aux oubliettes à l’aube de son tournage. Niveau télévision, l’Arrowverse pilotée The CW n’est pas non plus épargnée puisque outre la conclusion de The Flash en 2023 (après neuf saisons de bons et loyaux services), il se murmure que Gotham Knights, attendu pour cet automne, ne soit jamais diffusée. Le flou règne donc pour tous les projets en développement, on pense notamment à Blue Beetle, Green Lantern de même qu’au package supervisé par Bad Robot, qui ratisse large en assemblant les pièces amenant à la formation de la Justice League Dark, qui comprend Constantine ou Zatanna. N’oublions pas non plus les séries dérivées de The Batman, centrées sur Oswald Cobblepot et les pensionnaires de l’Asile d’Arkham qui, si elles ne font plus parler d’elles, devraient être épargnées vu le succès de l’ouvrage de Matt Reeves au cinéma, qui correspond à la vision de Zaslav, qui veut que DC Films soit synonyme de rendez-vous sur grand écran.

En clair, c’est la pagaille et chacun connaitra son sort au compte goutte, ce qui annonce des mois compliquées pour les équipes créatives et techniques.

Un plan en dix ans pour DC Films

Croyant dur comme fer au potentiel de l’univers cinématographique DC, Warner Bros. Discovery reste convaincu qu’il y a de la matière pour rivaliser avec Marvel Studios qui, pour sa part, a levé le voile sur ses Phases 5 et 6, rien que ça. C’est pour cette raison que s’opère ce ravalement de façade en bonne et due forme, avec l’idée de repartir sur de nouvelles bases en se servant du Flashpoint de The Flash (attendu pour juin 2023) pour la concrétiser. Ainsi, à la suite d’Aquaman : The Lost Kingdom, tout restera à (ré)écrire.

Avec ce reboot va s’ouvrir un chapitre qui sera structuré selon un modèle similaire au MCU, avec pour objectif de dresser une véritable ligne directrice, sur les dix prochaines années, comme l’a officiellement déclaré David Zaslav :

« Regardez Batman, Superman, Wonder Woman et Aquaman, ce sont des propriétés connu aboutement partout sur le globe. Nous avons procédé à une réinitialisation. Nous avons restructuré l’entreprise et ce sur quoi nous allons nous concentrer. Il y aura une équipe avec un plan décennal centré uniquement sur DC Comics. Nous croyons que nous pouvons établir un business beaucoup plus durable, similaire à la formule qu’Alan Horn, Bob Iger et Kevin Feige ont efficacement mis en place chez Disney. […] Dans cette optique, nous allons nous concentrer sur la qualité. Nous n’allons pas sortir un long-métrage avant qu’il ne soit prêt…DC est quelque chose que nous pouvons perfectionner. »

Un chantier titanesque confié à Alan Horn, qui fera office d’architecte de DC Films à la manière de Kevin Feige et sera en charge de rectifier le tir en terme de productivité, de continuité. Moins de projets développés en simultané pour une meilleure lisibilité, ce qui n’empêchera pas de continuer les œuvres dérivées, comme The Batman 2 ainsi que Joker : Folie à Deux. Il n’y a désormais plus qu’à voir comment va se goupiller cette affaire, qui ne manquera pas de faire parler. La Distinguée Concurrence réussira t-elle à prendre le pas sur Marvel Studios ? Une question qui reste pour le moment en suspens.

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