Il y a cinquante ans, Francis Ford Coppola marquait l’histoire du septième art avec Le Parrain, l’adaptation du roman éponyme de Mario Puzo, rapidement auréolée du statut d’œuvre culte. Succès public et critique, le long-métrage fût récompensé de trois Oscars (Meilleur Film, Meilleur Acteur, Meilleur Scénario Adapté) et marqua de son empreinte le cinéma, tout simplement. Preuve de sa qualité, Le Parrain a été classé troisième Meilleur Film Du Cinéma Américain par l’American Film Institute, derrière Citizen Kane et Casablanca.

Devenu avec le temps une trilogie, cette plongée âpre et intimiste au cœur de la mafia n’a pas perdu de sa superbe, revenant même sur le devant de la scène à l’occasion de cet anniversaire pour le moins spécial. Pour célébrer ce demi-siècle d’existence, Paramount Pictures a d’ailleurs mis les petits plats dans les grands, sortant la saga pour la première fois en version 4k, avec une nouvelle restauration à la clé. La précédente remontait à 2007, lors de son passage au format Blu-ray.

Pour mener à bien ce projet, la Paramount, en association American Zoetrope (la société de production de Francis Ford Coppola) a procédé à un minutieux travail de restauration de la trilogie, qui s’est étalé sur trois ans. Et le moins que l’on puisse dire est que la qualité est au rendez-vous, les masters 4k proposés sur chaque opus valant le détour.

Notons que pour arriver à un résultat à la hauteur des attentes, les équipes en poste se sont pliées en quatre avec une entreprise pour le moins ambitieuse – sous la supervision du maestro Coppola. Ainsi, pour que l’on constate un réel changement à l’écran, pas moins de quatre milles heures ont été consacrées au nettoyage des négatifs, avec la réparation des divers impacts du temps sur les pellicules. Notons également que plus de trois-cents éléments ont été examinés précautionneusement afin de restituer la meilleure définition pour chacune des images de chaque volet de la trilogie, avec un focus particulier appliqué à la correction des couleurs.

De quoi redonner une seconde jeunesse à cette colossale fresque qu’est Le Parrain, le scan 4k caressant la rétine avec finesse, notamment durant le film original, plus net, plus propre (moins de grain), plus classe (avec le retour du ratio 1:85 qui fait plaisir), rendant le (re)visionnage de ce monument encore plus percutant. On ne boude pas son plaisir devant l’ouvrage de Francis Ford Coppola, qui ne perd aucunement de sa puissance malgré le poids des années, faisant toujours office de mètre-étalon dans le domaine du film noir. En parlant de l’aspect sombre de l’intrigue principale, où les Corleone dictent leur loi en faisant parler la poudre et le sang, cette restauration rajoute un cachet non négligeable à l’atmosphère funèbre se dégageant de ces jeux de pouvoirs avec un contraste renforcé sur les blancs et les zones d’ombres. Quant aux amateurs de VF, sachez que Paramount Pictures a pensé à tout le monde puisque le doublage originel de 1972 ainsi que celui de 2008 sont tous deux présents, ce qui est une excellente chose.

L’autre bonne nouvelle est que les deux autres chapitres de la saga ont eu le droit aux même égards de la part de l’éditeur/American Zoetrope. Pour Le Parrain, deuxième partie, la comparaison avec le Blu-ray est d’ailleurs saisissant à plus d’un titre, avec un travail d’orfèvre sur la qualité d’image dans le sens où l’on en prend plein les mirettes niveau nettoyage de pellicule. Le nouvel étalonnage redore le blason de ce bijou de cinéma – considéré par beaucoup comme supérieur à son prédécesseur – rendant harmonieux ce voyage passionnant dans le passé et le présent de la famille Corleone, régit par la mort et la tragédie. Pour le troisième et ultime opus, Coppola et Paramount ont là aussi fait le choix de satisfaire la majorité des fans, puisque si nous retrouvons dans un second disque cette conclusion dans sa version cinéma (d’une durée de 2h41) ainsi que sa director’s cut de 1991 (2h50), le plus important réside dans la mise en valeur du tout nouveau montage du film, qui s’intitule Le Parrain, Epilogue : la mort de Michael Corleone.

Pour ceux qui n’ont pas encore découvert ce récent remontage en règle – qui date de 2020 – sachez que celui-ci donne un nouveau niveau de lecture à ce chant du cygne, vilain petit canard de la franchise niveau appréciation, en accentuant sa mélancolie, à l’image des changements opérés en introduction et conclusion, qui font résonner les doutes et regrets de notre mafieux en quête de repentir. Supervisée par le réalisateur et Mario Puzo, cette ‘relecture’ ne fera sûrement pas changer d’avis ceux qui trouvait cette troisième partie inégale et plutôt illogique quant aux aspirations de Michael, désireux de s’éloigner du schéma dans lequel il baigne depuis sa naissance – mais en resserrant quelque peu l’intrigue et la scène finale, la cohérence transparaît mieux, avec comme point final une citation scellant de manière moins radicale le sort du personnage incarné par Al Pacino. « When the Sicilians wishes you « Cent’Anni »… it means « for long life »… and a Sicilian never forgets. » De quoi boucler avec plus de sobriété l’épopée de la fratrie Corleone.

En s’appliquant à la tâche, Paramount Pictures a mis tous les moyens en œuvre pour que le cinquantième anniversaire du Parrain s’accompagne d’une ressortie digne de ce nom de l’une des sagas les plus emblématiques du cinéma. L’éditeur et Francis Ford Coppola – via sa société American Zoetrope – ne se sont pas moqués des fans, avec une sortie au format 4k de toute beauté, redonnant à chaque opus un éclat bienvenu, le soin étant au rendez-vous avec un réel travail de restauration. Avis à ceux ayant en leur possession les coffrets Blu-ray précédemment édités, faites chez vous la comparaison et vous verrez que le contraste est saisissant. Ajoutez à cela de nombreux bonus inédits et vous avez une édition de prestige pour célébrer comme il se doit les cinquante ans du Parrain.

Et comme une image vaut mille mots, voici un aperçu de cette restauration en 4k qui vous permettra de vous faire un idée plus précise du travail opéré pour que l’œuvre de Coppola conserve de sa superbe (via le site américain Screen Rant) :

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