Navire amiral de CBS depuis près de deux décennies, la franchise NCIS arrive à une étape charnière de son existence, celle-ci faisant face depuis quelques mois à des changements plus ou moins drastiques dans sa mécanique pourtant si bien huilée. Une phase transitoire débutée avec l’arrêt de NCIS : Nouvelle-Orléans, spin-off porté par Scott Bakula, qui s’est achevé en Mai dernier aux Etats-Unis après sept années de bons et loyaux services. Un départ qui n’a pas fait de vagues, le network ayant directement embrayé sur la mise en place d’une troisième série dérivée du drama policier, NCIS : Hawai’i, qui vient de larguer les amarres en toute quiétude. Sauf que le véritable chamboulement concerne celle par qui tout a commencé, à savoir la création de Donald P. Bellisario et Don McGill, qui fait face à une épreuve de taille.

Pour montrer à quel point le changement qui vient de se produire à son importance, revenons en arrière. En 2003, JAG, alors arrivé à sa huitième saison, a des projets d’expansion. Don P. Bellisario se lance en effet dans l’écriture d’un ‘backdoor pilot’ en deux parties (8×20/8×21) s’intéressant au Naval Crime Investigation Service – le service d’enquêtes criminelles de la marine des États-Unis – et nous introduisant aux personnages de Leroy Jethro Gibbs, Abby Sciuto, Anthony DiNozzo et Donald ‘Ducky’ Mallard La suite nous la connaissons tous, satisfait de ce point de départ, CBS commande cette série dérivée, intitulée NCIS qui allait amener Mark Harmon, Pauley, Perrette, Michael Weatherly et David McCallum sur les rives du succès ainsi que tout ceux rejoignant l’équipe en cours de route, de Sean Murray, Brian Dietzen, Sasha Alexander en passant par Cote de Pablo, Rocky Carroll, Emily Wickersham, Wilmer Valderrama ou dernièrement Diona Reasonover, Katrina Law et Gary Cole.

En dix-neuf ans, NCIS a su déjouer tous les pronostics, fidélisant son public avant de réellement devenir un hit, ce qui est rare dans le paysage télévisuel. Il a fallu attendre la septième saison pour que la série devienne le programme scripté le plus suivi de la télévision américaine, un titre qu’il conserve encore aujourd’hui. Parmi les ingrédients qui ont fait son sel, outre les enquêtes dans l’univers de la Navy, son ses traits d’humour et le capital sympathie de son casting. Si avec les années, de nombreux départs ont émaillé le show, amenant les producteurs et scénaristes à se renouveler de temps à autres, avec l’arrivée de nouveaux membres plus ou moins marquants, une constante était de mise : Mark Harmon. Si David McCallum est toujours de la partie, revenant sporadiquement incarner Ducky (depuis la saison 15), Harmon reste le dernier membre du quatuor initial, apparu dans JAG. Présent depuis le premier jour, l’interprète de Leroy Jethro Gibbs a su devenir un leader aussi bien devant que derrière l’écran, se battant pour les siens – ce qui amena d’ailleurs au retrait de Bellisario en 2007, le management du showrunner amenant à des tensions sur le tournage. Passant au grade de producteur avec les années, Mark Harmon a su marquer la série de son empreinte, en étant son porte-drapeau.

Ainsi, difficile de s’imaginer NCIS sans Gibbs, même si l’âge de la retraite a sonner pour ce dernier depuis un moment. Si l’équipe créative a plusieurs fois jouer cette carte du départ, mettant en péril plus d’une fois la carrière de l’agent spécial, au final le statu-quo était de mise. De quoi penser que notre protagoniste était indéboulonnable de son fauteuil. Ce qui n’est pas le cas. Chaque chose à une fin, un adage adoubé par le comédien, bien décidé à prendre le large. Une envie d’ailleurs qui a été rendue public début 2021, lorsqu’il a été révélé par The Hollywood Reporter que le renouvellement de la série pour une dix-neuvième saison avait failli ne pas être assuré. Pour cause, Mark Harmon avait dans l’optique de ne pas rempiler pour une année supplémentaire, son contrat arrivant à expiration, de quoi expliquer la storyline développée au cours de la saison 18, où le personnage se voit mis à pied indéfiniment, son avenir au sein du NCIS devenant des plus flous. Sauf qu’en apprenant que son envol serait synonyme d’arrêt définitif du programme de la part de CBS, ce dernier a dû négocier un compromis, acceptant de signer un nouveau contrat mais seulement pour apparaître dans une poignée d’épisodes.

C’est dans ce contexte qu’à démarré fin Septembre la dix-neuvième saison du programme, alors qu’aucune annonce n’avait été faite quand aux conditions de départ de Mark Harmon. Seule TVLine assurait que sa présente serait réduite au minimum, sans que personne ne confirme cette information. Avec cette inconnue en ligne de mire, les fans de NCIS ont attendu chaque nouvel épisode avec une certaine crainte, jusqu’à la diffusion de Great Wide Open (19×04), ce 11 Octobre, qui vient de proposer une porte de sortie honorable à ce cher Jethro. Un chapitre événementiel donc, prenant beaucoup de téléspectateurs de court, aucune promotion n’ayant été faite pour promouvoir ces adieux, ce qui a eu de quoi surprendre certains. Après toutes les épreuves vécues par Gibbs, comment les scénaristes sont-ils parvenus à clore l’histoire de notre enquêteur ? Attention spoilers !

Depuis une bonne partie de la saison 18, Gibbs n’est plus agent, ayant été écarté du Navy Yard par Leon Vance suite à l’agression d’un suspect (18×10 – Chien de garde), une perte de contrôle émanant d’une succession de drames (départ de Sloane, décès d’Emily Fornell,…). Le naturel revenant au galop, notre homme s’est replongé dans une affaire classée aux côtés d’une journaliste, Marcie Warren – incarnée par Pam Dawber, la femme de Mark Harmon – les amenant sur la piste d’un probable tueur en série. Une enquête personnelle synonyme de danger, avec l’explosion du dernier bateau en date du boss par le serial killer…Mais difficile de venir à bout de notre dur à cuire, qui a su déjouer une fois de plus la grande faucheuse. Ce qui nous amène aux quatre premiers épisodes de la saison 19, qui se concentre sur cette intrigue, McGee et son équipe venant prêter main forte à Gibbs, pour une traque réservant son lot de surprises, avec un ennemi se révélant être un tueur à gages opérant pour le compte d’un conglomérat et le FBI en embuscade, cherchant à neutraliser notre héros par le biais de l’agent Parker (Gary Cole). Un imbroglio qui trouve sa conclusion en Alaska, où un Gibbs en mode fugitif – accompagné de McGee – s’attèle à arrêter les commanditaires de ces meurtres, en lien avec une mine de cuivre et son impact écologique.

Ayant mené à bien son investigation et n’ayant plus de mandat d’arrêt à son encontre, Gibbs est libre de reprendre le cours de sa vie et de rentrer aux Etats-Unis. Ce qu’il ne fait pas. Apaisé en plein milieu des terres sauvages de l’Alaska – ce qui ne lui était pas arrivé depuis la mort de sa femme et de sa fille comme il le confessera – notre amoureux de la nature semble se trouver à sa place, décidant d’y rester, au grand dam d’un McGee ému de devoir faire ses adieux à son patron et ami, qui vient de lui passer le flambeau…

Suite à la diffusion de cet épisode clé, qui nous donne également la réponse à l’un des plus grand mystère du show – à savoir comment Gibbs fait-il pour sortir ses bateaux de sa cave – Steve Binder, le showrunner actuel de NCIS, a publiquement fait savoir que Mark Harmon continuerait d’être une partie intégrante de la série, même s’il n’apparaît plus à l’écran :

« En tant que producteur délégué et ami très cher, Mark continuera d’être un élément essentiel de la conception de la série. Notre ligne directrice a toujours été de ne pas dénaturer nos personnages, et la vérité a toujours guidé les histoires que nous racontons et les trajectoires des personnages. Alors, concernant le futur de Gibbs dans la série, comme les fans l’ont compris au fil des années, il ne faut jamais penser qu’on en a fini avec lui »

De quoi laisser espérer un possible retour de Gibbs en tant que guest-star de temps à autres d’ici la fin de la série, qui devra relever son plus grand défi : trouver le moyen de pallier à cette absence, qui laissera un grand vide. Nous verrons dans les prochaines semaines si les audiences se tiennent sans Mark Harmon en tête d’affiche, ce qui sera déterminant pour savoir si NCIS a encore du potentiel pour durer quelques années de plus.

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