Deux ans après la sortie d’Un Tramway À Jérusalem, le réalisateur Amos Gitaï fait son retour derrière la caméra avec Laila In Haifa, qui comprend au casting Maria Zreik, Khawla Ibraheem, Tsahi Halevi, Bahira Ablassi ou encore Naama Preis et se concentre sur les déambulations du public d’un lieu de vie culturel et festif d’Israël…

Avec Laila In Haifa, Amos Gitaï nous convie à une déambulation nocturne propice à la réflexion, usant des ressorts du huis clos pour évoquer la situation politique de son pays – une thématique phare de sa filmographie – de même que des sujets de société actuels à travers une superposition de récits à la qualité hétérogène, portant un regard amer sur la vie.

Le réalisateur israélien prône au dialogue et à la tolérance dans un exercice théâtral élégant, s’inspirant du cadre d’un lieu symbolique pour mettre en forme sa vision et ses messages à savoir le Club Fattoush, établissement d’Haïfa, situé au nord du pays, fondé dans un esprit de fraternité. Dans l’enceinte de ce sanctuaire des noctambules, le multi-culturalisme prend tout son sens, chacun y étant accepté peu importe son origine, sa religion, sa sexualité. Un melting pot qui détonne dans le paysage et qui donne tout son sens au travail de Gitaï, qui trouve ici un concept idéal pour à la fois développer son propos sur les tensions inhérentes au conflit israélo-palestinien et pointer du doigt ces us et coutumes qui nous divisent plus qu’ils nous unissent, le tout pour une analyse sociologique pertinente sur l’époque que nous traversons.

Ainsi, entre les murs du Club, nous est dépeint un espace de liberté où tout le monde se côtoie peu importe les convenances, amenant ainsi à des discussions et des confessions sur les contradictions propres à l’existence. Ces difficultés du quotidien se cristallisent lors du vernissage d’une exposition portant sur le conflit opposant depuis des décennies Israël et Palestine, qui sert d’élément d’ancrage aux questionnements des clients et du personnel. La caméra d’Amos Gitaï virevolte alors entre les tables, entre les pièces de ce cadre bouillonnant pour s’intéresser au parcours d’une dizaine de personnages, s’articulant principalement sur le destin croisé de cinq femmes, le tout pour un film choral porté par une distribution de qualité mais qui, à courir trop de lièvres à la fois, finit par devenir lassant.

Brassant large, le scénario de Laila In Haifa traite tour à tour de la politique, de l’amour, de la dépression sans oublier de la création artistique. Sujets qui prennent vie par le biais d’échanges intimistes et enflammés, qui gagnent en intensité alors que la soirée se prolonge dans une ambiance s’électrifiant alors que les esprits cogitent, que les corps s’expriment. Les triangles amoureux se forment pour certains tandis que des dilemmes moraux viennent ternir la relation des autres, le sentiment amoureux se voit ainsi malmener entre adultères, désillusions et activisme. Un portrait plutôt grisâtre des relations humaines, contrebalancée par cette lueur représentée par le Club, symbolisant l’ouverture d’esprit et l’espoir de lendemains meilleurs.

Un constat empli d’amertume qui fait le sel du long-métrage et sa force, même si l’on regrettera que malgré sa mise en scène appliquée – avec une utilisation bienvenue du plan-séquence – son script se noie dans un tunnel de dialogues qui peuvent parfois nous faire perdre le fil de cette soirée introspective.

Avec Laila In Haifa, Amos Gitaï nous livre un long-métrage à la fois politique et poétique s’attardant sur les problèmes culturels inhérents à Israël ainsi qu’à la vie en générale. Souvent touchante et délicate, cette déambulation nocturne pêche par contre par une intrigue chassant trop de lièvres à la fois et s’écartant de sa trajectoire à cause de son boulevard de dialogues, venant plombé la teneur souvent pertinente de ces conversations intimes abordées.

© Epicentre Films

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