Treize ans après avoir mis en scène le documentaire intitulé Loot, le réalisateur Darius Marder fait son retour derrière la caméra avec Sound Of Metal, premier long-métrage de fiction comprenant au casting Riz Ahmed, Olivia Cooke, Lauren Ridloff, Paul Raci ou encore Mathieu Amalric. Celui-ci nous fait suivre Lou et Ruben, un tandem de musiciens, ensemble à la ville comme à la scène, qui va voir son train de vie bouleversé par les problèmes d’audition de ce dernier…

Avec Sound Of Metal, Darius Marder entend bien nous convier à une véritable expérience sensorielle avec cette première œuvre fictionnelle, un drame saisissant et immersif traitant avec justesses de la surdité, qui doit beaucoup à son excellent mixage sonore et à la partition exemplaire d’un Riz Ahmed particulièrement investi.

Reprenant les bases de Metalhead, projet avorté de son ami Derek Cianfrance (The Place Beyond The Pines) dont ils avaient imaginé les grandes lignes, le réalisateur s’intéresse ainsi à l’épreuve vécue par un batteur devant faire face à une perte soudaine d’audition, élément déclencheur de l’effondrement de son petit monde. Avec l’aide de son frère Abraham, qui a co-écrit le scénario à ses côtés, Darius Marder dépeint avec sensibilité un parcours de résilience qui s’intéresse au processus d’acceptation de son personnage principal face à sa nouvelle condition, qui est jalonné de déconvenues mais également de petites victoires. Une trame certes classique mais dans ce cas précis ce qui prime est que le script se révèle d’excellente qualité, mettant avant tout l’emphase sur l’humain afin de mieux investir émotionnellement le public.

Ainsi, Sound Of Metal se consacre avant tout sur l’impact de ce problème de santé sur son personnage principal, restant constamment à ses côtés, de ce jour fatidique où son destin a pris une route inattendue jusqu’à sa réalisation qu’un renouveau est possible. Une trajectoire faite de hauts et de bas alors que sa carrière de musicien et le duo qu’il forme avec sa compagne Lou sont sur la sellette suite à cette infirmité soudaine. De cette angoisse initiale de perdre tout ce pourquoi il vivait, s’engage alors une lente reconstruction pour notre personnage principal, prenant la direction d’une quête initiatique prenant notamment corps dans un centre pour sourds et malentendants.

Grâce à son soucis du réalisme, qui se traduit par l’emploi d’acteurs non professionnels parmi les seconds rôles et une mise en scène proche du documentaire – principalement caméra au poing – Darius Marder vise juste, cela ajoutant une authenticité salutaire au long-métrage qui offre une plongée intimiste dans ce monde du silence, qui se veut parfois dure mais ne joue jamais la carte du pathos, ce qui est un excellent point. Cette volonté de se rapprocher le plus possible de cette vérité du réel donne un écrin de choix à Riz Ahmed, qui nous livre l’une de ses meilleures prestations dans la peau de Ruben, transmettant avec force les doutes de son alter-ego avec comme point d’orgue ce refus d’accepter le sort qui est le sien, une obstination qui va mener à une progressive compréhension, le tout avec une multitude de nuances.

Outre la performance de son casting, Olivia Cooke et Paul Raci n’étant pas en reste dans les rôles de Lou et de Joe, ce vétéran du Vietnam qui va servir de mentor à notre héros, ce qu’il faut avant tout retenir le travail d’orfèvre mené sur le son. Pour comprendre l’épreuve que traverse notre personnage principal, quoi de mieux que de se mettre à sa place ? Sa perception auditive agit donc comme un protagoniste à part entière, permettant à nous spectateur d’être témoin de ce que peut représenter la perte de l’ouïe. De ces sifflements propre aux à-coup en passant par l’étouffement progressif des voix, nous voici comme Ruben, coupé du monde extérieur. Une immersion totale qui ne laissera personne indifférent, d’autant plus lorsque l’on nous suggère ce à quoi peut ressembler d’entendre les bruits du quotidien à travers la dissonance métallique d’un appareil. Une expérience saisissante, qui aura été justement saluée aux Oscars, le film ayant été récompensé dans la catégorie Meilleur Montage mais surtout Meilleur Son.

Pour sa première œuvre de fiction, Darius Marder convoque nos sens afin de nous immerger dans un drame intimiste où l’ouïe à une place de choix, permettant d’impacter le spectateur quant à l’intrigue développée, à savoir la surdité d’un musicien. Suivant un chemin convenu, le long-métrage réussi tout de même à remporter notre adhésion grâce à cet excellent travail sur le son ainsi que la prestation sans faille d’un Riz Ahmed à son meilleur niveau.

Tandem Films

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