Un an après The Laundromat, qu’il avait mis en scène pour Netflix, le prolifique Steven Soderbergh change de plateforme et a dernièrement débarquer sur HBO Max avec La Grande Traversée (Let Them All Talk en VO), qui réunit Meryl Streep, Candice Bergen, Dianne Wiest, Gemma Chan et Lucas Hedges. Diffusé en exclusivité en France sur Canal +, le long-métrage nous fait suivre Alice Hughes, une écrivaine à succès décidant de partir en croisière avec ses amies et son neveu…

Avec La Grande Traversée, Steven Soderbergh embarque un casting quatre étoiles à bord d’une croisière naviguant sur les flots des regrets et de l’introspection, nous conviant ainsi à une comédie dramatique classieuse qui se laisse tranquillement déguster, sous une douce brise marine.

Pour son nouveau projet, le réalisateur se laisse aller à la flânerie et s’efface derrière la partition de sa distribution, pour un long-métrage suivant tranquillement son cours, tel le Queen Mary 2 voguant vers l’horizon. Une lenteur délibérée, qui en feront débarquer certains dès la première escale venue mais qui au final épouse le propos du film, le temps s’érodant pour mieux révéler la solitude de chacun et leur amertume. Ainsi, nous prenons part au voyage crépusculaire d’Alice Hughes, une écrivaine connue et reconnue, qui doit recevoir un prix littéraire de l’autre côté de l’Atlantique et ne peux s’y rendre que la voie maritime, ce qui lui permet de convier plusieurs de ses proches à cette escapade lacunaire. Accompagnée de Tyler, son neveu et de Roberta et Susan, ses amies de longue date, cette dernière va se voir confrontée à des problèmes à la fois professionnels et personnels alors que le paquebot largue les amarres vers l’Angleterre.

Profitant du cadre offert pour se livrer à un simili huis-clos, Soderbergh enferme délibérément ses personnages afin de les forcer à extérioriser leurs sentiments et ressentiments, pour un résultat mélancolique mettant en avant la force et la fragilité des relations humaines, s’améliorant ou se détériorant au gré des choix de vies de chacun. Les coursives, chambres et pontons du paquebot dans lequel séjournent notre quatuor principal sont de ce fait le théâtre de leurs déambulations physiques et psychologiques. Au rythme du clapotis des vagues et des discussions entre tout ce petit monde, nous observons ce grand écart entre la parole et les actes. Entre une Alice des plus secrètes, ne laissant rien paraître des doutes et autres peurs qui l’assaillent ou encore une Roberta emplie de rancune, cachant derrière une apparente désinvolture ses fêlures du passé, se dessine une dénonciation de l’hypocrisie, cette attitude qui est monnaie courante partout, peu importe le milieu ou les affinités.

Un point appuyé par la description pour le moins ironique du monde de la littérature, qui s’effectue par le biais de l’agente de notre écrivaine, Karen, passagère clandestine de cette croisière, voulant à tout prix connaître le sujet du prochain roman de sa cliente et ce pour un but financier. Ces différents jeux de dupes ne sont pas des plus exaltants, perdant de leur force suite à quelques longueurs – des situations et dialogues s’étirant plus que de mesures – mais au final, lorsque toutes les ambiguïtés et tensions sont levées au terme d’un dernier acte plus mouvementé que prévu, toutes ses hésitations prennent sens et l’on saisi le sens de ce voyage vers de nouveaux horizons. D’ailleurs, si vous vous posez la question du pourquoi de ces moments de flottements, la réponse est simple. En effet, La Grande Traversée ne repose pas sur un script précis mais plutôt sur un traitement d’une cinquantaine de pages, que l’on doit à l’écrivaine Deborah Eisenberg, l’objectif étant de laisser les acteurs et actrices se concerter pour improviser leurs dialogues.

Si la réalisation de Steven Soderbergh est des plus sommaires, ce dernier devant faire avec les moyens du bord, c’est-à-dire avec une équipe réduite – une contrainte que l’on doit au tournage sur le Queen Mary 2, qui s’est effectué en une seule traversée de huit jours – on peut tout de même noter qu’il a su poser sa caméra à bonne distance de ses comédiens, captant leur émotions au plus près. Le moteur du film réside donc dans la partition du trio Meryl Streep/Candice Bergen/Dianne Wiest, bien secondé par Gemma Chan et Lucas Hedges, qui est complémentaire et parvient non sans mal à faire passer à l’écran les états d’âmes de leur personnage respectif, sachant rester justes – sans en faire trop.

S’il ne comptera pas parmi les œuvres majeures de sa filmographie, La Grande Traversée de Steven Soderbergh n’en reste pas moins une sympathique odyssée crépusculaire emprunte d’amertume et de douceur, qui doit son salut à sa distribution, lui apportant la force nécessaire pour se maintenir à flots de l’embarquement à l’arrivée.

© HBO Max

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