[Critique] Adieu Les Cons, parenthèse (dés)enchantée

Trois ans après le triomphe de Au Revoir Là-Haut, l’adaptation du roman éponyme de Pierre Lemaître récompensée par cinq César, Albert Dupontel fait son grand retour devant et derrière la caméra avec Adieu Les Cons réunissant au casting Virginie Efira, Nicolas Marié et nous entraînant dans la quête désespérée d’une mère pour trouver son enfant, né sous X :

Albert Dupontel revient en force sur grand écran, livrant avec Adieu Les Cons une tragi-comédie trépidante dont lui seul a le secret et nous plongeant dans une spirale infernale désespérément loufoque, reflet d’un monde ne tournant pas rond.

Avec son regard acerbe, Dupontel poursuit son examen critique d’une société en perdition de même que son analyse de la filiation, deux thématiques omniprésentes dans sa filmographie, pour un résultat toujours aussi caustique et agrémentée d’une dose de profondeur bienvenue. Ainsi, dans une ambiance cartoonesque, l’acteur/réalisateur fait coexister, la vie, l’amour et la mort, trois totems qui servent d’éléments moteurs à l’intrigue qui nous accapare ici. Adieu Les Cons se veut le baroud d’honneur d’un trio de personnages exclus, méprisés par une communauté déshumanisé et le long-métrage réussi avec force et sensibilité à nous embarquer dans leur quête désespérée, se déroulant à tombeau ouvert.

Entre rires et larmes, le parcours atypique de ces marginaux unis par la force du destin (et un coup de feu malheureux) détonne. Alors que le spectre de la maladie s’abat sur elle, Suze Trappet se met dans l’idée de rechercher coûte que coûte son enfant, qu’elle a dû abandonner sous-X étant adolescente. Aidée par JB un employé au bord du suicide et Mr Train, un archiviste aveugle, cette dernière se lance dans une improbable mission où les péripéties s’enchaînent sans temps mort. Si l’on pouvait craindre que la mise en place de ce rythme effréné de même que la durée relativement courte du long-métrage nuisent à l’efficacité des messages portés par Albert Dupontel, cela n’est nullement le cas.

Ce dernier parvient rapidement à nous rassurer en trouvant le juste équilibre pour dézinguer à tout va les travers de notre société et créer l’affect nécessaire pour nous toucher quant à ce conte absurde qu’il nous narre. Les tribulations de notre trio principal sont savoureuses et l’on se plaît à les voir déambuler dans cet univers uniformisé, automatisé, déshumanisé qu’ils font voler en éclats malgré eux. Dans la noirceur de ce quotidien sans âme, le réalisateur offre une parenthèse (dés)enchanté à ses personnages qui est loin de laisser indifférent, avec un final radical qui fait son effet.

Ce que l’on retient avant tout d’Adieu Les Cons, à part son humour caustique, c’est le soin porté au drame et à l’émotion, témoignant d’une maturité se mariant bien avec l’attitude punk de Dupontel, en résulte des séquences poétiques mettant en avant la force de l’amour (on pense notamment aux scènes mettant en scène Jackie Berroyer). S’il y a tout de même un défaut dans la dernière partie du film quant à cette notion sentimentaliste, qui instaure un certain malaise, dans sa globalité, cet aspect intimiste est convaincant.

Le mélange des genres proposé est en majeure partie réussie grâce à la patte de Dupontel où l’écriture et les dialogues percutants sont mis en valeur par une réalisation inspirée où la caméra est d’une fluidité exemplaire, virevoltant, tournant autour de nos personnages, avec une multitude d’idées visuelles par plan. Si la surutilisation des effets numériques pourra en agacer certains, ce point précis permet de légitimer la dénonciation du recours de la technologie pour tout et n’importe quoi. Preuve que rien n’est laissé au hasard.

Pour terminer, ce qui ajoute un cachet non négligeable à la qualité d’Adieu Les Cons est la prestation sans faille de son casting, à commencer par Virginie Efira, qui livre ici une performance remarquable avec un jeu à fleur de peau qui ne laisse personnes insensible. Si Albert Dupontel et Nicolas Marié, hilarant dans la peau de Mr Train, ne sont pas en reste, c’est bel et bien l’actrice qui est l’atout cœur du long-métrage.

Avec Adieu Les Cons, Albert Dupontel remporte presque tous les suffrages puisque – hormis un défaut minime – son aventure tragi-comique secouant bien comme il faut le paysage cinématographique actuel. Porté par un trio attachant et au diapason, ce conte des temps modernes désespérément insensée est inventif, subversif et ne manque pas de coeur. Un cocktail surprenant et détonnant à ne pas manquer.

© Jérôme Prébois – ADCB Films

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