Resté discret lors de la dernière décennie, Jean-Pierre Jeunet avait tenté un come-back début 2022 sur Netflix avec un objet filmique non identifié, en l’occurrence BigBug, huis-clos S-F qui n’avait pas su convaincre la critique mais également le public. Une expérience dans l’univers du streaming loin d’être mémorable, ce qui n’a pas déstabilisé le cinéaste, prompt à revenir dans la lumière avec un nouveau projet porteur. Pour s’y faire, ce dernier a fureté dans le domaine de la littérature contemporaine de quoi nourrir son futur long-métrage, s’intéressant dans un premier temps au portage sur grand écran du roman Des Diables et des Saints de Jean-Baptiste Andrieu (publié en 2021), avant de se tourner vers un autre ouvrage. Changer l’eau des fleurs, hymne au merveilleux des choses simples écrit par Valérie Perrin en 2018, qui fût auréolé du Prix Maison de la Presse.
Au cœur de ce récit où se côtoient les vivants et les morts, la trajectoire de Violette Toussaint, une gardienne de cimetière opérant dans une petite bourgade de Bourgogne, dont le quotidien est marqué par les confidences de ces visiteurs venant à la rencontre de leurs défunts. Des histoires croisées apportant de la lumière sur la morne existence de cette protagoniste qui n’a pas été épargnée par les drames, comme le révèle progressivement l’autrice dans ce deuxième livre (le précédent, Les Oubliés du dimanche avait également été bien accueilli), teinté de poésie et d’espoir. Une atmosphère douce-amère ayant séduit Jean-Pierre Jeunet, qui s’est lancé dans l’adaptation de Changer l’eau des fleurs et ce en compagnie de Valérie Perrin, qui a déjà posé sa patte sur cinq films de son mari Claude Lelouch, mais également de son comparse de toujours Guillaume Laurant.
« Nos univers sont extrêmement proches […] « Un long dimanche de fiançailles m’a beaucoup influencée dans mon travail, notamment pour mon premier roman, Les Oubliées du dimanche » avait déclaré Valérie Perrin, enthousiaste quant à sa collaboration avec Jeunet dans les colonnes de nos confrères de Paris Match, permettant lors de l’officialisation de ce projet l’an dernier. Même son de cloche chez le réalisateur : « il y a des éléments qui m’excitent déjà avant de les tourner. Quand Valérie écrit que la mort est comme un chien qui slalome entre nos jambes, prêt à nous mordre à tout instant, je visualise tout de suite comment je vais mettre ça en images. On va perdre en récit mais gagner en visuel. La littérature permet l’imagination mais le cinéma donne de la chair. Une actrice avec des larmes aux yeux, un personnage avec sa violence… L’imaginaire devient palpable.«
Changer l’eau des fleurs est également l’occasion pour Jean-Pierre Jeunet de travailler pour la première fois avec une valeur sûre du cinéma français, Leïla Bekhti, choisie pour incarner la protagoniste Violette Toussaint devant sa caméra (à ses côtés, sont notamment présents Matthias Schoenaerts, Melvil Poupaud, Anouk Grinberg et Alban Lenoir). Une association de talents suscitant l’interêt quant à cette prochaine réalisation, attendue pour le 9 décembre en salles.
