[Critique] Grand Ciel, le chantier de la peur
Publicités Près d’une décennie après son court, À la chasse, le cinéaste Akihiro Hata s’est attelé à une tâche de taille, mettre en scène son premier long-métrage. Grand Ciel. Comprenant […]
Pour ceux qui se font des films en séries
Publicités Près d’une décennie après son court, À la chasse, le cinéaste Akihiro Hata s’est attelé à une tâche de taille, mettre en scène son premier long-métrage. Grand Ciel. Comprenant […]
Près d’une décennie après son court, À la chasse, le cinéaste Akihiro Hata s’est attelé à une tâche de taille, mettre en scène son premier long-métrage. Grand Ciel. Comprenant Damien Bonnard, Samir Guesmi, Mouna Soualem, Tudor Aaron Istodor, Ahmed Abdel Laoui ou encore Issaka Sawadogo au casting, celui-ci nous immerge au cœur d’un chantier de construction, théâtre d’événements inexpliqués…
Diplomé de la Fémis, Akihiro Hata fait son entrée dans la cour des grands en tant que réalisateur, proposant avec Grand Ciel un thriller social à la lisière du fantastique, prenant le pas d’une progressive plongée dans les entrailles de ce système opaque qu’est le capitalisme – machine infernale déshumanisant l’être humain, réduit au statut de fourmi ouvrière. Une thématique pertinente en cette époque où le monde du travail repart dans ses pires travers en termes de management, n’offrant plus les perspectives d’avenir tant vantées ces dernières décennies.
De ce contexte fort, qui prend d’ailleurs appui sur un fait réel, en l’occurrence la disparition d’un intérimaire sans papiers mort sur son lieu de travail – sans que personne ne remarque son absence – notre cinéaste en tisse un récit où la métaphore est de mise pour offrir une caisse de résonance à la critique d’une économie dénuée d’âme, broyant les petites mains sur l’autel du rendement, du profit. Soit le moteur du scénario de Grand Ciel, co-écrit par notre maître d’œuvre aux côtés de Jérémie Dubois (avec l’aide de Camille Lugan), qui s’engouffre dans les entrailles d’un chantier d’envergure, la construction d’un quartier futuriste, porteur d’espoir pour la population environnante, pour la région. Mais pour que s’élèvent les bâtiments, sont envoyés au casse-pipe des centaines et des centaines de personnes, constamment mis à l’épreuve – devant bosser d’arrache pied dans le bruit et la poussière. Un quotidien éreintant, qui est celui de notre protagoniste, Vincent, et de ses collègues, travaillant de nuit au sein de cet univers à part entière.
Quand l’un des leurs disparaît dans l’obscurité, sans inquiéter les supérieurs, la cohésion du groupe vacille, doutes et volonté de meilleurs lendemains se fracassant contre le miroir de la réalité. Comment faire la lumière sur cette affaire tout en cherchant à gravir les échelons de l’entreprise – et donc d’étouffer tout bruit de couloirs quant au mystère entourant l’évaporation d’Ousmane ? Tel est le dilemme auquel se voit confronter Vincent, pris en étau par ses ambitions personnelles et professionnelles, le besoin de s’en sortir pour les siens paraissant plus fort que tout. Sachant tirer profit de l’aura de Damien Bonnard et Samir Guesmi, Grand Ciel avance pas à pas vers l’obscurité, la situation se délitant inéluctablement alors que le ‘monstre’ qu’est la patronat aborde ses subordonnés, les fait voler en éclats. Mais, en restant à la lisière du surnaturel, l’intrigue s’étiole en termes de dramaturgie, en particulier dans son dernier acte – où l’on attend sagement la conclusion que l’on sait inévitable.
Comme ses personnages, le script s’effrite, tombe peu à peu en poussières, ce qui est dommage dans la mesure où l’on ne passe pas loin d’un premier essai irréprochable. Car c’est qu’il y a de l’idée question mise en scène, Akihiro Hata laissant transparaître sa vision d’auteur, en alliant cadrage millimétré et mixage sonore métallique pour donner naissance à une ruche respirant à la fois la vie et la mort. Le chantier qui nous accapare à l’écran devient une entité à part entière, constituée de béton et de ferraille, hurlant sa toxicité via l’incessant tintamarre des outils. De quoi donner un cachet indéniable à cet ouvrage qui, en dépit de faiblesses d’écriture, reste solide sur ses appuis.
Avec Grand Ciel, Akihiro Hata s’engouffre dans la brèche du thriller social et y ajoute une pincée de fantastique, dans le but de proposer une virée anxiogène dans le monde du BTP – devenant ici une entité broyant ses employés. Ce qui lui permet de signer une première œuvre intrigante, à la mise en scène léchée.