Trois ans après Novembre, Cédric Jimenez effectue son retour dans le milieu du septième art avec Chien 51, l’adaptation du roman éponyme de Laurent Gaudé – synonyme de plongée en pleine dystopie. Porté par Gilles Lellouche, Adèle Exarchopoulos, Louis Garrel, Valeria Bruni Tedeschi, Artus, Romain Duris ou encore la rappeuse Lala &ce, le long-métrage nous entraîne dans un Paris devenu une forteresse ultra-sécuritaire afin de suivre l’enquête de deux flics que tout oppose…

Aimant s’articuler sur des faits divers/historiques pour nourrir ses polars, comme nous l’aurons collectivement constaté dans La FrenchHHhHBac Nord ou encore Novembre, Cédric Jimenez change son fusil d’épaule en s’essayant en tant que réalisateur à un genre connaissant un nouvel essor au sein du cinéma français. La science-fiction. Un domaine qui ne lui ai pas tout à fait inconnu sachant qu’avant de passer lui-même derrière la caméra, le réalisateur avait fait ses armes en tant que scénariste et producteur (notamment sur Eden Log de Franck Vestiel – sorti en 2007).

Ainsi, pour son sixième long-métrage, le cinéaste a jeté son dévolu sur Chien 51, roman de Laurent Gaudé paru en 2022 se voulant un récit d’anticipation où la société se privatise sous l’autel de l’ultralibéralisme, les gouvernements préférant se reposer sur la technologie plutôt que sur l’humain – quitte à exacerber les inégalités. Un postulat pertinent, en particulier en cette période trouble que nous traversons collectivement, laissant poindre une œuvre opaque donnant la part belle au pessimisme, avec une opposition entre l’homme et la machine prenant des allures de David contre Goliath. Sauf que de la page à l’écran, l’essence même d’un récit peut se voir diluer, ce qui est malheureusement le cas ici.

Originellement ancrée en Grèce, la trame imaginée par Gaudé se voit transposée en France par le réalisateur et son co-scénariste Olivier Demangel, désireux de faire de la ville lumière le symbole de l’obscurantisme – propre à un pouvoir décadent. Un changement qui fait sens, ce recadrage permettant de se concentrer davantage sur notre propre décrochage en tant que nation. Le long-métrage laisse transparaître la critique d’un système déréglé, où l’intelligence artificielle prend le pas sur l’intelligence émotionnelle. Séparant les gens selon les classes sociales, l’IA Alma se veut un Big Brother en puissance, régissant un Paris divisé en multiples zones – pour le plus grand plaisir des autorités. Mais lorsque son créateur se fait abattre par un tueur embusqué, s’effritent les fondations de cette ère postmoderne, se rapprochant dangereusement d’un régime totalitaire.

La raison-d’être de cette citadelle privatisée qu’est Paris se voit ainsi remise en question par l’enquête menée par les forces de l’ordre – cherchant à lever le voile sur ce mystérieux meurtre. En l’occurrence Salia, inspectrice d’élite de la Zone 2, et Zem, policier désabusé de la Zone 3, devant mettre leurs différences de côté pour boucler le dossier qu’ils ont entre leurs mains. De la rencontre entre ces deux êtres aux antipodes l’un de l’autre, se révèle la véritable nature de cette version cinématographique de Chien 51, un thriller S-F mettant un point d’honneur à faire parler le cœur plutôt que la poudre. Ce qui compte aux yeux de Cédric Jimenez est l’évolution de la relation unissant ces flics aux abois, apprenant à s’apprivoiser en pénétrant dans les méandres d’une investigation plus opaques qu’ils n’y paraît, une conspiration pointant rapidement le bout de son nez.

Mais alors que l’on aurait pu avoir le droit à un brûlot politique incandescent, l’équipe créative préfère la jouer petit bras, abandonnant en cours de route sa dimension de polar engagé pour s’embourber dans une histoire sentimentale, maladroitement écrite. Si la complémentarité entre Gilles Lellouche et Adèle Exarchopoulos aide à pallier aux oscillations du scénario, qui parfois se complaît dans la mièvrerie – quitte à créer le malaise (on pense à une certaine session karaoké, qui aurait gagné à être coupée au montage). En mettant sur le banc de touche sa thématique principale, le film devient brouillon, se rappelant trop tard qu’il y un complot 2.0 à mettre à jour. Une accélération en bonne et due forme pimente ainsi le dernier acte de Chien 51, ce qui n’est pas désagréable en soi même si l’on se dit que le sujet de l’Intelligence Artificielle – et de ses dangers sur la démocratie – est abordée avec fébrilité. Ce qui est dommage, le roman original s’avérant bien plus acerbe dans son analyse de la situation, tapant davantage sur les travers de notre société, déshumanisée.

Même dans sa peinture d’un Paris dystopique, Cédric Jimenez prend peu de risques, se contenant de drones, de quelques écrans et de véhicules à peine retouchés pour créer l’illusion d’un futur proche. De quoi avoir du mal à se projeter dans cet univers et se poser des questions quant à la gestion du budget, les 42M€ alloués au métrage par la production ne se voyant que trop peu à l’écran.

© Chi-Fou-Mi Productions- Studiocanal – France 2 Cinéma – Jim Films

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