Après avoir fait ses armes dans le milieu du court, notamment en réalisant les séries Red Creek et Caro Nostra, Antoine Besse passe au format long avec Ollie. Un premier film comprenant au casting Kristen Billon, Théo Christine, Cédric Kahn, Emmanuelle Bercot et Vega Degli Espost se concentre sur la trajectoire d’un adolescent retournant vivre chez son père à la suite d’un drame, trouvant du réconfort dans sa passion – le skateboard.

Pour son entrée dans la cour des grands, Antoine Besse s’inspire d’un sujet personnel, en l’occurrence son amour pour le skate, qui lui a porté chance il y a de cela une décennie, lorsqu’il mixa fiction et documentaire pour nourrir son premier court. Le Skate Moderne, qui en six minutes évoquait la pratique de la discipline en milieu rural, portant un regard tendre quant à ce pont se créant entre un sport urbain et la réalité de la campagne. Une base ici reprise dans Ollie, le réalisateur se servant de cette amorce pour mettre sur pied un drame s’articulant autour de la résilience, une capacité qui n’est pas innée pour tout le monde. Comment repartir pied au plancher (ou plutôt sur la planche) lorsque l’on tombe lourdement ?

Telle est la question centrale de ce premier long-métrage, qui met face à face deux êtres marqués par les épreuves de la vie, deux figures d’outsiders apprenant à panser leurs blessures au contact l’un de l’autre et ce grâce à un point commun. Le skateboard, qui sert d’échappatoire pour Pierre, adolescent ayant des difficultés à évoluer dans un nouvel environnement tandis qu’il rappelle à l’écorché vif Bertrand le poids d’un passé le rongeant de l’intérieur. Face au spectre de la mort, qui amène le plus jeune à revenir vivre chez son père et son aîné à se laisser consumer par ses démons, enchaîner les tricks sur l’asphalte (ainsi que que sur les modules) se révèle salutaire, libérant l’esprit le temps d’un ollie ou d’un kick-flip.

Un ancrage permettant d’opérer un léger virage quant au traditionnel récit d’apprentissage, notamment grâce à la nature instable du personnage de Bertrand, marginal tentant de devenir un mentor pour ce jeune garçon se faisant l’écho d’une époque révolue. Le relation s’initiant entre ces âmes esseulées donne du corps à Allie, les chutes de notre tandem pas si mal assorti relançant plus d’une fois l’intrigue, qui glisse sur une rampe dont on connaît avec précision la courbe. Notamment concernant la thématique du harcèlement, Antoine Besse usant d’effets coups de poings pour pointer la nocivité inhérente à cette bassesse – cruelle à l’époque des réseaux sociaux. Un point traité frontalement, qui aide ainsi à augmenter d’un cran le niveau du script qui réussi à tenir la route jusqu’au terminus.

En tout cas, si la fibre sociale apportée au film quant aux défis du monde rural ne parasite pas le parcours émotionnel de nos protagonistes, on aurait malgré tout aimé que la figure du père incarnée par Cédric Kahn soit davantage présente. Mais cela aurait rogné sur les performances de Kristen Billon touchant et naturellement doué pour le skate et Théo Christine, qui embrasse à bras le corps l’impulsivité de son alter-ego à fleur de peau, confirmant une fois de plus qu’il est un talent à suivre de très près. Tout comme son comparse Antoine Besse, qui l’avait auparavant dirigé dans le court-métrage 404, ce dernier montrant qu’il a une patte en termes de réalisation, sa caméra restant au plus près de ses personnages pour mieux capter leur bouillonnement intérieur (tout en n’oubliant pas d’utiliser le fameux objectif fisheye lors de séquences où le skate est à l’honneur, comme il est de coutume dans le milieu). Un sens de la mise en scène donnant du cachet à Ollie, un bien sympathique essai, laissant poindre une suite de carrière intéressante à suivre.

Avec Ollie, Antoine Besse s’engage avec agilité sur la rampe du drame, se servant du motif du skate pour dresser le portrait de deux âmes blessées et fébriles, trouvant en l’autre une possible planche de salut.

© Wayna Pitch

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