Après s’être fait un nom dans le monde du rap en Belgique, Gorik van Oudheusden alias Zwangere Guy, appose sa patte dans l’univers du petit écran, ayant imaginé aux côtés de son compatriote l’écrivain Frederik Daem la série Putain, développée pour la plateforme Streamz. Réalisée par Deben Van Dam, cette dernière nous propulse dans les rues de Bruxelles afin de suivre une galerie d’adolescents tentant de trouver leur voie face à un quotidien faisant office de parcours du combattant…

Si son nom ne nous dit rien sur le territoire français, outre-quiévrain Gorik van Oudheusden a su tracer sa route dans le milieu de la musique urbaine à travers la création d’un alter-ego, Zwangere Guy. Figure de la scène bruxelloise, avec trois albums à son actif, l’artiste s’est décidé à partir à la conquête d’un nouveau médium, la télévision. S’inspirant de son propre vécu, ce dernier concocte ainsi en compagnie de Frederik Daem une série dramatique sur le mal-être adolescent, la bien-nommée Putain, se voulant l’écho d’une génération peinant à se construire psychologiquement dans un contexte socio-politique des plus confus. Comment avoir foi en l’avenir quand les emmerdes surgissent en escadron ? Comment s’extirper de cette chienne de vie peu encline à vous laisser votre chance ? Des questions se retrouvant au cœur des chaotiques parcours des multiples personnages du show, à commencer par Gigi, qui en est la figure de proue.

De ses errances se dessine les traits d’un tableau en clair-obscur, où les joies et les peines propre à cet âge ingrat qu’est l’adolescence servent de miroir à une société en état de déliquescence, l’espoir de jours meilleurs se voyant sans cesse obscurcit par le spectre de l’égoïsme, des inégalités. C’est dans cette zone de gris que se plaît à naviguer l’équipe créative, trouvant rapidement sa voie pour délivrer ses messages quant à une jeunesse désœuvrée, ne pouvant compter que sur elle-même pour avancer. Au gré des quatre épisodes dévoilés à Séries Mania (sur dix au total), où elle concourt dans la catégorie Panorama International, la série prend le pouls d’une époque troublée, la stabilité de tout à chacun devenant de plus en plus précaire. Ce que l’on constate en premier lieu avec la trajectoire en dents de scie du jeune Gigi, dont le tumulte intérieur fait sens alors que s’élargit sa cellule familiale. Ses coups d’éclats ne sont que les conséquences de la défaillance d’un système l’ayant abandonné à son sort, entre une mère retombant dans ses pires travers en fréquentant à nouveau son ancien amant, également ancien compagnon de débauche, et un père ne se souciant que très peu de lui, trop occupé à magouiller pour subvenir à ses besoins et à faire la bamboche dans les bars.

Un contexte donnant du poids à Putain, alors que se croisent les destins de ces jeunes en quête de repères, que ce soit notre protagoniste ou ses camarades Rania, Snokkie, Yves ou encore Zola, un interêt amoureux émergent à cette étape de notre visionnage. Des personnages commençant à s’affirmer dans ce bas-monde injuste, qui ne leur fera que peu de cadeau. D’ailleurs, profitant de son ancrage en plein Bruxelles, cette création de Streamz accentue la dimension sociétale de son récit, les scénaristes pointant du doigt les dérives d’un capitalisme mettant à mal la solidarité, un point évoqué par pastilles, tantôt ironique, tantôt tragique (comme souligné par le premier épisode). La capitale cosmopolite belge joue elle aussi un rôle important dans cette réflexion sur ce passage cruel à l’âge adulte, se voyant exposée avec ferveur par la mise en scène solide de Deben Van Dam, inspiré par son sujet, qu’il a aidé à élaborer – figurant parmi les auteurs en compagnie de Frederik Daem et Nadège Bibo-Tansia.

Mieux encore, le soin porté à sa direction d’acteurs, la majorité du casting ne sortant pas du circuit professionnel, ce dont le réalisateur se saisit pour se reposer sur le jeu instinctif de ses adolescents, ce qui fonctionne à l’écran, en particulier pour Liam Jacqmin – qui incarne le fameux Gigi – Victoria Djamusala, Laura Darnovsky, bien accompagné par leurs aînés tels Liesa Van der Aa ou encore Gorik van Oudheusden, qui fait son apparition dans le troisième épisode dans la peau de ce père en pointillé – en plus de mettre la main à la patte (ce qui est tout naturel) sur la bande originale de la série, mêlant ses compositions et musiques provenant de divers horizons.

© Streamz

Laisser un commentaire

Trending

En savoir plus sur

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture