Deux ans après Salam, Houda Benyamina effectue son retour derrière la caméra avec Toutes pour une, soit une relecture des Trois Mousquetaires portée par Oulaya Amamra, Sabrina Ouazani, Déborah Lukumuena et Daphne Patakia. Attendu pour janvier 2025 en salles, le long-métrage a été présenté en exclusivité à l’Arras Film Festival, l’occasion de découvrir en avant-première ce que réserve cette version revisitée du roman d’Alexandre Dumas.
Pour sa troisième réalisation, Houda Benyamina appose sa patte sur un monument de la littérature française, Les Trois Mousquetaires, qui a décidément le vent en poupe ces derniers temps. Mais alors que le diptyque à grand budget de Martin Bourboulon est récemment parti à l’assaut des salles obscures, la réalisatrice prend un chemin de traverse pour éviter la redite, son ambition étant toute autre que celle de Pathé. Son objectif ? Prouver que l’on peut tordre le coup aux stéréotypes de genre dans le monde de la fiction, tout le monde pouvant devenir le héros de l’histoire car ni le courage ni la bravoure n’ont de sexe. Ainsi, en choisissant un récit connu du plus grand nombre, Houda Benyamina peut s’amuser à bousculer les conventions, à inverser les rapports de force pour mieux marquer des points. Et faire grincer des dents. Il est certain que proposer une version féminine du roman en dérangera quelques uns et Toutes pour une en est parfaitement conscient, ce qui en est d’ailleurs sa force.
En toute connaissance de choses, le film de cape et d’épées se veut teinté d’ironie, le scénario concocté par la cinéaste, Juliette Salles et Fabien Suarez n’hésitant pas à se gausser de la teneur viriliste du matériau d’origine mais surtout des conventions de l’époque – qui malgré leurs vétustés opèrent ressurgissent actuellement au sein de nos sociétés modernes. Sexisme et racisme se veulent les ennemis de Sarah – morisque qui sera baptisée D’Artagnan par celles qui l’ont délivré de ses chaînes. Aramitz, Athos, Porthau. Trois mousquetaires se révélant être des femmes grimées, s’étant glissées dans les bottes d’hommes pour survivre dans ce monde de brutes. Une transformation physique n’enlevant rien à leur bravoure, notre trio (et par la suite quatuor) sachant manier le fleuret et botter des fesses.
Le tout avec panache messieurs, servi par la prestation enjouée de Oulaya Amamra, Sabrina Ouazani, Daphne Patakia et Déborah Lukumuena – qui s’éclate à l’écran dans la peau de Porthau et fait ressentir son enthousiasme. De quoi aider à donner le change face à un scénario qui, une fois les wagons raccrochés avec la trame principale, le sauvetage de la Reine de France des griffes des mercenaires envoyés par Richelieu, suit une route toute tracée.
Pour palier aux fluctuations du script, qui passé un démarrage énergique fait face à plusieurs ventres mous – pour mieux reprendre du poil de la bête dans sa dernière ligne droite faisant office de baroud d’honneur – Houda Benyamina mise sur une mise en scène enlevée, avec quelques digressions d’ordre diégétique (une bande originale contemporaine pour ajouter du rythme aux scènes de combats) pour parachever son envie de moderniser l’œuvre de Dumas. Ce qu’elle parvient à faire en partie.
Avec Toutes pour une, Houda Benyamina revisite à sa sauce Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas, pour en proposer une version féminine ne manquant pas de panache.
