Figurant parmi les séries en lice dans la Compétition Internationale du festival Séries Mania, So long, Marianne est le fruit d’une coproduction entre la Norvège, le Canada, la Grèce prévue pour être diffusée prochainement sur le réseau NRK et la plateforme Crane. Au programme de cette création originale développée par Ingeborg Klyve (Exit), Øystein Karlsen (Lilyhammer, Whitstable Pearl) et Tony Wood (Marcella), la romance naissante entre Leonard Cohen et celle qui deviendra sa muse, Marianne Ihlen sous le doux soleil de l’île d’Hydra – située dans le golf Saronique.

Comme l’évoque sans équivoque son titre, hymne composée par l’artiste à la femme qui lui inspira certains de ses plus beaux textes, de ses plus belles mélodies, So Long, Marianne se veut une balade mémorielle à travers les méandres d’une relation iconique, celle unissant l’illustre artiste que fût Leonard Cohen et celle qui resta à tout jamais dans son coeur en dépit des affres de la vie – Marianne Ihlen. Un amour fait de hauts et de bas, jusqu’à l’inévitable séparation, qui ne mena pourtant pas à la fin de leur histoire. Car s’ils ont emprunté des chemins différents au gré de leur parcours personnel nos amants ont su par la suite entretenir la flamme de l’amitié, qui se sera éteinte avec leur disparition – survenu pour chacun en 2016.
Un amour indéfectible, même si celui-ci n’avait plus la même teneur avec le poids des années, ancré dans la culture populaire car immortalisé par les poèmes, les chansons de Cohen (à l’image de Hey, That’s No Way to Say Goodbye). Des paroles servant aujourd’hui d’inspiration à une série de premier ordre, Ingeborg Klyve, Øystein Karlsen et Tony Wood unissant pour leur part leurs efforts pour honorer la mémoire de nos tourtereaux tout en offrant une réflexion sur des thèmes universels sur la nature de l’être humain, sur le sens de la création. Le tout dans un écrin de choix, alliant mise en scène raffinée et direction d’acteurs délicate pour plonger le spectateur au coeur d’une œuvre propre à l’introspection.
De quoi se laisser bercer par ce voyage sensoriel où la mélancolie est de mise, alors que nous suivons Leonard et Marianne emprunter sans le savoir le chemin menant à l’autre, alors que l’un comme l’autre arrivent à une étape charnière de leur existence. Les décors de carte postale d’Hydra, un des joyaux romantiques de la mer Egée, deviennent ainsi le théâtre d’une rencontre mais surtout d’un épanouissement progressif, qui se décante petit à petit. Car comme l’indique avec subtilité les deux premiers épisodes de So Long, Marianne présentés en avant-première mondiale, le destin est ce que l’on construit soi-même. Posant leur bagages dans cette île synonyme de repaire pour artistes en tous genre, de Marc Chagall en passant par les écrivains George Johnson et Charmian Clift – qui jouent ici un rôle clé – nos deux principaux protagonistes se cherchent, l’un artistiquement, la seconde intérieurement, ne sachant nullement ce que demain leur réserve.
Une sensation de flottement faisant office de moteur aux intrigues développées, puisque nous nous retrouvons face à des âmes en peine, se triturant les méninges tout en s’abandonnant aux petits plaisirs que leur offre la vie pour tenter de rester debout, de ne pas se laisser emporter par leurs idées noires, leurs démons. Ce qui apporte des nuances bienvenues à la série, qui oscille avec élégance entre instants suspendus et séquences dramatiques, tandis que les trajectoires de notre couple en devenir se rapprochent doucement. Portée par les performances remarquées d’Alex Wolff, bluffant dans la peau de Leonard Cohen (l’acteur allant jusqu’à changer l’intonation de sa voix pour se rapprocher de son alter ego) et de Thea Sofie Loch Næss toute en sensibilité dans le rôle de Marianne Ihlen, So Long, Marianne tire profit de son spleen pour embarquer son auditoire. On a hâte de voir ce que donnera la suite du show, de grande qualité pour le moment.