Figurant parmi les séries en lice dans la Compétition Française du festival Séries Mania, Une amitié dangereuse est l’une des prochaines créations originales de France Télévisions. Soit l’adaptation des romans Marie des intrigues et Marie des passions écrits par Juliette Benzoni, supervisée par Alain Tasma, Eve de Castro et Henri Helman, nous plongeant au beau milieu du XVIIe siècle dans la cour du Roi Louis XIII aux côtés d’une distribution incluant Kelly Depeaut, Stephanie Gil, Jérémy Gillet, Stanley Weber, Arthur Dupont, Clémentine Poidatz, Raïka Hazanavicius, Grégoire Colin, Jack Laskey, Freddie Dennis ou encore Florian Lesieur.

Trois ans après avoir fait ses armes dans le genre avec Les Aventures du Jeune Voltaire, Alain Tasma poursuit son exploration de l’Histoire de France à travers des figures historiques, se servant de la trajectoire de Marie de Rohan-Montbazon au sein des plus hautes sphères du pouvoir pour croquer les premières années de règne du jeune Louis XIII – qui mît fin à la Régence de sa mère Marie de Médicis pour s’asseoir sur le trône et tracer sa voie.
En jetant son dévolu sur la saga historique de Juliette Benzoni, l’équipe créative d’Une amitié dangereuse se retrouve à disposition d’un angle judicieux pour évoquer intrigues et jeux de pouvoir à l’époque baroque, en l’occurrence la relation amicale se nouant entre notre protagoniste centrale, qui deviendra successivement Duchesse de Luynes qui de Chevreuse, et Anne d’Autriche qui n’est nulle autre que la Reine de France. Ce qui permet une remise en perspective de cette période baroque, s’effectuant à travers le portrait de deux femmes que tout oppose, parvenant à nouer des liens d’affection dans un univers où la duperie ainsi que les manigances sont la norme, l’ambition prenant le pas sur la fraternisation. Dans un royaume où les conspirations sont de mises, de la sincérité détonne forcément.
Composée de quatre épisodes de cinquante-deux minutes, la série doit donc synthétiser les principaux enjeux historiques inhérents à cette période de la monarchie afin de se consacrer avant tout à une étude de personnages, l’ambition d’Alain Tasma et de ses co-scénaristes Eve de Castro, Henri Helman étant de montrer aux téléspectateurs les failles de ces nobles, de ces têtes couronnées, placés plus ou moins arbitrairement sur un échiquier dont il est difficile de percevoir la finalité de la partie. Car si cette chère Marie de Rohan peut se targuer de jouer selon ses propres règles pour assouvir ses envies, d’autres tels que Anne d’Autriche et Louis XII doivent composer avec les obligations qui incombent à leur rang, ce que souligne parfaitement la scène introductive du show, donnant le ton quant à l’importance donnée aux convenances, la politique l’emportant sur le coeur et la raison.
De ce fait, l’arrivée d’un esprit vif et enjoué comme Marie de Rohan bouscule ces codes de la Cour, sa liberté ne faisant que renforcer le contraste avec ses souverains, figés dans des costumes d’apparats depuis leur tendre enfance. Ce qui d’ailleurs compliquera leur union, la conception d’un héritier se révélant être un problème d’Etat et l’une des clés de voûtes de l’intrigue d’Une amitié dangereuse – du moins dans les deux premiers épisodes présentés en avant-première à Séries Mania. Si l’on peut reprocher à Alain Tasma et ses partenaires d’écriture un côté didactique quant au contexte historique du XVIIe siècle, privilégiant un passage en revue des événements majeurs, ce choix leur permet de s’accentuer sur les états d’âmes de ses pièces maîtresses leur évolution personnelles étant ce qui prime à leurs yeux.
Une approche davantage axée sur l’expression des sentiments (et les ressentiments), avec la recherche d’un certain dynamisme en terme de construction scénaristique et de mise en scène. Dans des cadres sublimes et feutrés, déambulent des figures d’autorité peinant à trouver leur voie, à s’ouvrir émotionnellement parlant – ce que laissent transparaître les partitions de Stéphanie Gil et Jérémy Gillet, qui parviennent à faire ressentir les frustrations d’Anne d’Autriche et Louis XII. D’un autre côté, Kelly Depeaul
t déborde d’énergie, l’actrice québécoise réussissant à insuffler le vent de fraîcheur nécessaire pour que les circonvolutions de notre espiègle duchesse dénote dans cet univers classique. Une performance faisant le charme de ces premiers épisodes, déridant une structure parfois trop formatée. À voir désormais si la série élèvera le curseur d’un cran quant aux multiples machinations de Marie pour assouvir sa quête de pouvoir, maintenant que la Couronne d’Angleterre s’apprête à entrer dans la partie. Ce que nous découvrirons dans les prochains mois, lors de sa diffusion sur France 2.