Parmi les diverses compétitions propres au festival Séries Mania, intéressons-nous à celle mettant à l’honneur la comédie. Comme les fervents spectateurs de l’événement le savent, Laurence Herszberg et ses équipes ont mis en place une soirée marathon où les amateurs d’humour peuvent découvrir à tour de rôles les principales séries de la catégorie, généralement au nombre de cinq. De quoi nous permettre de faire un petit tour d’horizon de ces productions issues du monde entier, en se consacrant à trois d’entre elles.
Extra., choeur à corps

Débutons avec la production française de cette cuvée 2024, à savoir Extra., nouvelle création originale du label OCS Signature, écrite et réalisée par Jonathan Hazan et Matthieu Bernard, une série douce-amère abordant un sujet plutôt délicat, la détresse sexuelle, à travers de multiples cas de figure. Au gré de ses deux premiers épisodes, sur dix au total, la série esquisse ses thématiques principales, en se consacrant à une galerie de personnages clairement paumés, tentant pour la plupart à se sortir de leur zone de confort pour faire un pas (ou plus) vers l’autre. Car de la frustration à l’épanouissement, il suffit parfois d’un petit geste d’affection – ou d’un grand selon la solitude ressentie. Ce que l’on découvre à travers la trajectoire de Catherine, se partageant entre sa vie de famille et sa chorale inclusive.
Mais que ce soit d’un côté comme de l’autre, l’harmonie est loin d’être de mise, entre un mari omnubilé par sa réussite personnelle, un fils se laissant porter par ses poussés d’hormones et des choristes ne parvenant pas à se mettre au diapason. Se sentant délaissée, notre héroïne va trouver un moyen pour le moins cocasse pour reprendre confiance en elle, en son corps et aider ses protégés à se libérer d’une certaine pression. Sous les conseils de son frère Xavier, un expert de l’informatique connaissant bien le sujet en étant lui-même cloué sur une chaise roulante, cette chère Cathy se renseigne sur l’accompagnement sexuel des personnes en situation de handicap – qui peut s’avérer une solution pour ses chanteurs amateurs tout comme elle.
Soit une thématique quelque peu délicate, un tabou existant encore quant à cet recours (il n’existe d’ailleurs pas de loi l’encadrant en France contrairement à la Suisse par exemple, ce qui est souligné à l’écran), abordée par Jonathan Hazan et Matthieu Bernard avec tact, c’est à dire en oscillant entre légèreté et sensibilité. En se servant à bon escient de son tempo comique, reposant sur le décalage entre son sujet et le comportement de ses protagonistes, en particulier Catherine – incarnée par une Anne Girouard toute en maladresse et délicatesse – Extra. prend doucement mais sûrement le chemin de la reconquête du désir, en toute bienveillance. À voir sur quel terrain nos scénaristes vont emmener ce sympathique casting durant les huit épisodes restants, les bases étant posées pour que cette réappropriation du corps ait du sens. Ce que nous pourrons découvrir dans quelques mois, lors de sa diffusion sur OCS.
Players of Ibiza, la villa des mecs brisés

Prenons maintenant la direction de l’Allemagne avec Players of Ibiza, qui se veut une satire sur l’industrie de la ‘Trash TV’ – dont le succès repose sur les débordements sexistes et violents de ses participants. Imaginé par Emil Belton, Oskar Belton et Bruno Alexander, la série prend la forme du mockumentary pour pointer du doigt un système télévisuel se complaisant de la bassesse de l’homme pour booster ses audiences, immergeant le spectateur dans les coulisses de la toute nouvelle saison du programme donnant son titre à la série.
Players of Ibiza, une télé-réalité faussement glamour où cinq participants se voient propulsés au coeur d’une villa de rêve sur la fameuse île espagnole où la fête est un état d’esprit. Sauf que pour ce dixième cru, les producteurs ont la volonté de changer la formule du show, se donnant une bonne conscience de façade en mettant à l’honneur le féminisme. Oublié décors de carte postales, nouba géantes et autres festivités, place à l’introspection, place à l’économie. Pensant vivre une expérience débridée, où ils pourraient séduire et tenter de remporter une coquette somme d’argent, nos candidats que sont Anthony, Jeppe, Abdel, Marvin et Tim prennent finalement part à une édition au rabais. Point de maison luxueuse en bord de mer mais une bicoque avec piscine gonflable situé en pleine campagne, point de challenges récréatifs mais des épreuves humiliantes, autant que l’heure est à la débandade pour nos participants, allant de déconvenues en déconvenues.
Sur le papier, l’idée paraissait pertinente sauf qu’en laissant une place importante à l’improvisation, la série manque de réelle ligne directrice en terme d’humour, les vannes tombant quasiment tous à plat alors qu’il y avait tout un boulevard pour se montrer réellement piquant dans cette dénonciation d’un système véhiculant des valeurs rétrogrades et donnant la part-belle au masculinisme décomplexé. Ainsi, passé un chapitre introductif se moquant gentiment des clichés de ce type de production peu ragoûtante, où les clichés sont légions, Emil Belton, Oskar Belton et Bruno Alexander se prennent les pieds dans le tapis dès le second épisode, les tribulations de ces malheureux drilles devant et derrière les caméras de Players of Ibiza n’ayant pas la causticité nécessaire pour que l’on rit jaune devant ces séquences de malaises.
Cette volonté de laisser la distribution (Larissa Sirah Herden, Altine Emini, Martin Brambach, Emil Belton, Charles Booz Jakob, Arman Kashani…) patauger dans cet exercice de l’impro se révèle malencontreusement contre-productif, du mois au terme de ces deux premiers épisodes. Peut-être que le niveau se réhausse t-il dans les trois suivants ? Mystère.
Videoland, coup de foudre au vidéoclub

Terminons cette emphase sur la compétition Comédie en prenant un vol vers l’Australie, nationalité de la série-courte Videoland – qui fait souffler un doux parfum de nostalgie en nous replongeant à la fin des années 90 afin de suivre la quête émancipatrice d’une adolescente en pleine croisée des chemins. Soit un petit concentré de bonheur, concocté par la showrunneuse Jessica Smith, qui sait tirer profit de son ancrage temporel et géographique pour proposer un divertissement pop ultra-référencé mais aussi ultra-mignon.
Au gré des quatre épisodes (sur huit) projetés au public de Séries Mania, cette pastille humoristique s’attarde sur le parcours de Hayley entre les murs du vidéoclub dans lequel elle travaille, situé à Melbourne. Une protagoniste profitant de sa position pour regarder des VHS à la pelle à la recherche d’un modèle queer, elle qui ne sait pas comment accepter sa sexualité. Multipliant les visionnages dans le but de trouver un exemple lesbien digne de ce nom à l’écran, la jeune-fille doit composer avec son tumulte émotionnel, qui se répercute sur son job. En effet, quand parmi les clients apparaît le visage angélique de Jennifer, s’accélère brusquement son rythme cardiaque, lui faisant perdre tous ses moyens.
Prenant la forme d’un huis-clos, ce coup de foudre à Videoland parvient à charmer son public avec une aisance déconcertante, l’alliance d’une écriture inspirée et d’une vibe so nineties permettant à Jessica Smith de traiter de ce récit de passage à l’âge adulte avec finesse. Semant petit à petit les graines d’une romance LGBT ne manquant pas de coeur ni d’humour, la scénariste vise juste car l’on se plaît à suivre la trajectoire de Hayley (incarnée par l’attachante Emmanuelle Mattana), se partageant entre tentatives un peu gauche de se rapprocher de la fille de ses rêves et volonté de s’assumer. Le tout dans une ambiance rétro où les références aux films des années 80/90 sont légions, ce qui est un atout indéniable.