Trois ans après avoir pris part au film collaboratif Septet : The Story of Hong Kong, John Woo nous revient derrière la caméra avec un nouvel actioner, intitulé Silent Night et comprenant au casting Joel Kinnaman, Kid Cudi, Harold Torres ou encore Catalina Sandino Moreno. Disponible sur Prime Video en France, le long-métrage suit la quête vengeresse d’un homme ayant été la victime collatérale d’une guerre de gangs…

Si elle aura été en dents de scie, la carrière de John Woo sur le territoire américain n’en resta pas moins marquante pour les spectateurs, le cinéaste ayant tout de même été aux commandes de Chasse à l’Homme, Broken Arrow, Volte/Face, Mission : Impossible II. Alors apprendre que le cinéaste allait effectuer son retour au pays de l’Oncle Sam une décennie après Paycheck, cela avait de quoi attirer la curiosité. Quel projet l’a t-il convaincu de s’expatrier à nouveau de la Chine ? Il s’agit de Silent Night, film lui permettant de renouer avec son domaine de prédilection, l’action, le tout avec un petit twist. Celui de se passer de dialogues, concept imposant de se reposer sur une narration fluide et une mise en scène appliquée, histoire de donner le change en terme de lisibilité.

Un postulat en soi intriguant, s’apparentant à un numéro de funambule où marcher sur le fil ténu de la suspension consentie de l’incrédulité peut amener à une chute rapide en cas d’hésitation quant à la marche à suivre. En terme de dramaturgie, il fallait partir sur une storyline simple mais devant être efficace, où l’émotion se transmet par les gestes et non par la parole. L’option ici choisie par le scénariste Robert Archer Lynn est de partir sur une bonne vieille vengeance old school, laissant parler la poudre et la rage avec au menu la tragédie d’un père de famille marqué à jamais par un conflit armé. De la joie au désespoir, il n’y a qu’un pas, ou plutôt une balle perdue. Ce que va constater notre homme le jour de Noël, lorsqu’un règlement de compte entre deux bandes rivales fauche la vie de son fils et le prive de ses cordes vocales – à cause d’un tir en pleine gorge.

Mis à terre, Godlock se laisse envahir par le spectre de la vengeance, qui habite désormais chacune de ses pensées. Obnubilé par la douleur et la colère, notre protagoniste va alors se couper du monde extérieur – et de sa femme – pour se consacrer à un seul but. Faire payer les criminels lui ayant tout pris. Le point d’ancrage d’un script certes classique pour le genre, le revenge movie restant une catégorie populaire, mais pouvant se révéler divertissant couplé à cette économie de dialogue. Sauf que malheureusement, en dépit des efforts de Joel Kinnaman pour laisser transparaître les états d’âmes de son alter-ego, le soufflet retombe vite, Silent Night ne parvenant pas à capitaliser sur son concept, tentant de faire maladroitement illusion en tirant bien plus que de raison sur la corde, la cassant à l’usure.

En fait, l’idée de base était idéale pour un court mais pas pour un long-métrage et cela se ressent. Entre la scène d’introduction et le baroud d’honneur final, Robert Archer Lynn peine à donner de la consistance à son scénario, appuyant grossièrement sur la caractérisation de ses personnages quitte à verser dans la caricature avec des méchants très méchants, un flic inutile (on se demande ce qu’est venu faire Kid Cudi à part cachetonner) et un anti-héros au trente-sixième dessous se laissant guider par sa soif de sang. Ne reste qu’à attendre que la situation s’envenime et que tout ce microcosme se tire dans les pattes mais même à ce niveau, le résultat laisse à désirer. Pour que Godlock se mette en mode John Wick, il faut prendre son mal en patience, les choses sérieuses éclatant dans un dernier acte qui utilise à bon escient les effets sonores pour que le chaos résonne non pas dans les cris et les répliques qui tuent mais dans les coups de feu, les éclats de verre. Sur ce point, le travail effectué sur le son diégétique donne du pep’s à l’ensemble.

Par contre en terme de réalisation, il est regrettable de constater que John Woo n’a pas été inspiré par son sujet, paraissant avoir compris qu’il n’y avait pas grand chose à en tirer. S’il s’autorise quelques mouvements de caméra stylisés, notamment dans la course poursuite inaugurale, par la suite notre maître de l’action se met en sous-régime et oublie le lyrisme et la grandiloquence qui lui étaient propre par le passé. D’où un sentiment de déjà vu durant les séquences musclées qui suivent, cascades en voiture et bastons dans les escaliers ayant une désagréable odeur de réchauffé. Loin d’être un véritable nanar, Silent Night paraît pourtant dépassé, n’étant qu’un DTV (il est tout de même sorti sur grand écran aux Etats-Unis) se laissant regarder puis oublié dès le générique de fin. On attendait beaucoup mieux du retour de John Woo au royaume d’Hollywood.

Pour son come-back au Pays de l’Oncle Sam, John Woo se met en mode silencieux et offre avec Silent Night, un actioner de Noël ne sachant pas tirer profit de son high-concept et par conséquent se révélant inconséquent.

© Prime Video

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