Deux ans après avoir mis en scène Cruella, Craig Gillespie effectue son retour au cinéma avec Dumb Money, qui comprend au casting Paul Dano, Pete Davidson, Shailene Woodley, America Ferrera, Seth Rogen, Vincent d’Onofrio et Sebastian Stan. Soit l’adaptation de The Antisocial Network de Ben Mezrich, livre-enquête revenant sur le coup de poker d’un analyste financier – qui aura récemment fait trembler Wall Street.
Passée une année consacrée exclusivement au petit écran, avec les séries Pam & Tomy et Mike, Craig Gillespie revient dans le milieu du septième art pour s’atteler à un genre qu’il connaît bien, le biopic. Après avoir scruté à travers sa caméra les hauts et les bas de personnalités publiques telles que Tony Harding, Pamela Anderson ou encore Mike Tyson, le met cette fois en lumière le parcours de Keith Gill, un investisseur américain connu pour ses publications sur le subreddit r/wallstreetbets dont le sens des affaires a récemment permis de sauver une chaîne de magasins américaine de la banqueroute. À savoir GameStop.
Dumb Money nous expose ainsi cette entreprise de déstabilisation du géant Wall Street par des gens ordinaires en se basant sur les faits retranscrits par Ben Mezrich dans son ouvrage The Antisocial Network. afin de narrer une relecture post-moderne de David contre Goliath incroyable mais vraie. Un sujet inspirant les scénaristes Lauren Schuker Blum et Rebecca Angelo, qui prennent le pas de la comédie gentiment caustique pour donner du corps à ce combat inéquitable, gagné contre toute attente par l’outsider et ce au terme d’une bataille acharnée mais surtout médiatisée. Passée plutôt inaperçue par chez nous, cette histoire méritait sa mise en avant car ne manquant pas de piquant. Déstabiliser un système financier à une époque où le capitalisme ne semble plus avoir de limite en terme d’équité et de morale, il fallait le faire – et rien que pour cela, le long-métrage a sa raison d’être.
Retour donc en 2020 où du fond de sa cave, Keith Gill – ou Roaring Kitty pour ses followers sur Twitch – initie un mouvement qui va le dépasser, son flair l’amenant à débusquer une affaire florissante financièrement parlant. En misant ses économies sur GameStop, à l’époque en grande difficulté, notre homme va contrecarrer malgré lui les plans de fonds d’investissements, qui voulaient s’en mettre littéralement plein les poches. Soit l’amorce d’une rencontre impromptue entre deux mondes diamétralement opposés, n’ayant aucunement le même rapport à l’argent et se retrouvant à convoiter la même chose – mais pas pour les mêmes raisons. Quand des gros bonnets tels que Melvin Capital et Robinhood se frottent à des gens issus de la société civile, forcément ça pique, ce que démontre avec justesse Dumb Money, notamment en soulignant des coups tordus de ces pions du capital pour ne pas avoir à partager leur part du gâteau, quitte à modifier les règles du jeu lorsque la situation n’est pas à leur avantage.
Un constat édifiant, se reflétant via la trajectoire des principaux acteurs de cette fameuse affaire GameStop, entre le dilemme inhérent à nos crypto-révolutionnaires qui eux ne sont pas dans leur bulle (spéculative) et doivent composer avec les affres du quotidien, d’autant plus en pleine pandémie et les coups bas des grands pontes de l’économie, n’hésitant pas à se moquer de l’équité pour continuer à vivre dans l’opulence. Sur ce point, saluons le casting du film, Paul Dano étant impeccable en monsieur tout-le-monde, bien épaulés par America Ferrera, Pete Davidson tandis que Seth Rogen et Sebastian Stan s’amusent à incarner les chèvres de Wall Street. Mais aussi sympathique à suivre soit-il, Dumb Money s’avère bien trop sage pour son bien, ne tirant pas pleinement profit de son sujet, qui aurait pu permettre à Craig Gillespie de proposer une satire bien sentie d’une époque où les riches se gavent comme jamais. Étonnamment, le réalisateur s’éclipse pour laisser le récit se dérouler naturellement, un choix ne paraissant pas des plus pertinents, surtout lorsque l’on se rappelle de son style de mise en scène sur Moi, Tonya et dans un autre registre Cruella.
Money, money, money…en nous éclairant sur l’improbable opération de sauvetage financier de GameStop, Craig Gillespie tisse une comédie dézinguant (gentiment) le système capitaliste, où des gens ordinaires sortent les griffes face à Wall Street pour mieux la déstabiliser.
