Pour son passage derrière la caméra, Lin-Manuel Miranda s’intéresse à un domaine qu’il connaît par cœur avec l’adaptation de Tick, Tick…Boom!, comédie musicale de Jonathan Larson, qui comprend au casting Andrew Garfield, Alexandra Shipp, Robin de Jesùs, Vanessa Hudgens, Bradley Whitford, Joshua Henry ou encore Judith Light. Disponible sur Netflix, le long-métrage se centre sur le parcours d’un jeune compositeur jonglant entre amour, amitié et envie de réussir quelque chose de grandiose…

Figure emblématique de Broadway depuis plus d’une décennie, Lin-Manuel Miranda ne cesse de multiplier les projets ces derniers temps entre sa collaboration avec Disney (dernier exemple en date, Encanto, dont il signe l’histoire et les chansons), l’adaptation de sa comédie musicale In The Heights – portée à l’écran par Jon M. Chu – et son premier passage derrière la caméra, qui nous intéresse aujourd’hui. Quoi de mieux pour notre artiste que de rendre hommage au monde dans lequel il évolue ? Pour sa nouvelle aventure en tant que réalisateur, Miranda met en lumière le talent d’un compositeur qui aura été reconnu par ses pairs à titre posthume, à savoir Jonathan Larson, saluant l’homme et son travail en s’appropriant l’une de ses œuvres – Tick, Tick…Boom!

A la base un seul en scène, cette comédie musicale avait été restructurée par le dramaturge David Auburn pour en faire une pièce à part entière, permettant de donner une toute autre dimension à la création de son auteur, parti bien trop tôt. Disparu tragiquement la veille de la présentation de Rent au New York Theater Workshop, à seulement trente-cinq ans, Larson n’aura jamais eu l’occasion de voir à quel point son opéra rock aura marqué l’histoire de la comédie musicale – celui-ci ayant été notamment auréolé de quatre Tony Awards, d’un Prix Pulitzer et se jouant encore dans les théâtres du monde entier plus de vingt ans après ses débuts. Semi-autobiographique Tick, Tick…Boom! paraît logiquement un écrin de choix pour que Lin-Manuel Miranda puisse s’atteler à honorer un ouvrage qui l’aura inspiré dans sa carrière et souligner l’abnégation d’un homme, qui aura passé le plus clair de son temps à tenter de vivre de sa passion – quitte à passer à côté de certaines choses. En résulte un drame oscillant entre légèreté et amertume jouant une partition sans réelle fausse note, grâce à un sens du tempo maitrisé et un Andrew Garfield habité, nous livrant une fois de plus un numéro de haut vol.

Lettre d’amour à l’art de la création, ne cherchant jamais à occulter les tumultes accompagnant ce processus ô combien chronophage, le film à une visée universelle qui lui sied à merveille – nous rappelant que le fossé entre rêve et réalité peut être synonyme de puit sans fond, où la chute peut paraître éternelle. Un constat qui prend corps à travers la trajectoire de Jonathan, dont les difficultés à vivre de sa passion mettent à mal son équilibre personnel et financier. S’acharnant à écrire et à composer ce qui pourrait être un futur chef-d’œuvre, le tout en enchaînant les services au Moondance Diner, notre protagoniste se refuse à baisser les bras, quitte à stagner dans un océan d’incertitudes. Cherchant à monter Suburbia, un projet qu’il porte depuis des années, Jon se heurte à des obstacles et n’a de cesse de se voir rattraper par le poids des responsabilités, donnant lieu à une mélodie loin d’être harmonieuse. Une intrigue qui s’agrémente d’un ancrage à une époque où le sida fait rage, amenant une dose d’émotion supplémentaire à cette histoire de lutte permanente, où l’amour et l’amitié peuvent aider à défier l’adversité.

Cette thématique de l’ambition et ses conséquences sur le quotidien résonnent au gré des différents titres composés par Larson, qui donnent du cachet à Tick, Tick…Boom! de par la forme choisi par Lin-Manuel Miranda et du scénariste Steven Levenson qui jouent sur différents tableaux – se partageant entre performance scénique et séquences chantées propre aux comédies musicales, donnant lieu à des moments d’évasion aussi bien pour les personnages que pour le spectateur. De quoi appuyer cet hommage à Larson et plus généralement à Broadway avec un soin porté à l’intime. Si les passages se situant sur scène manquent parfois de panache au niveau de la réalisation, Miranda s’en sort mieux quand l’imaginaire rentre en ligne de mire – à l’image des numéros proposés durant Sunday, No More ou encore Swimming.

Concernant la direction d’acteurs par contre, aucun balbutiement de la part de notre homme orchestre, qui sait parfaitement ce qu’il veut à l’écran et offre à sa distribution de quoi briller, en particulier notre trio principal formé par Alexandra Shipp, Robin de Jesùs et surtout Andrew Garfield. Dans la peau de Jon, le comédien se donne à fond et remporte tous les suffrages avec une performance habitée à la clé. Que ce soit niveau jeu et niveau chant, Garfield sonne juste et prouve qu’il a bien fait de s’éloigner de la machinerie hollywoodienne pour des productions plus intimistes – lui permettant de s’épanouir et de s’affirmer comme l’un des interprètes les plus doués de sa génération. Grâce à son enthousiasme, le public s’attache facilement à sa version alternative de Larson, auquel il confère une nuance bienvenue.

Pour son passage derrière la caméra, Lin-Manuel Miranda rend un hommage vibrant à Jonathan Larson et plus généralement à l’univers de Broadway, Tick, Tick…Boom ! étant une comédie musicale intimiste mettant à l’honneur le processus créatif et les conséquences qui en découlent. Le tout pour une oeuvre douce et amère qui sonne juste et offre à Andrew Garfield l’espace nécessaire pour prouver son talent. En clair, un numéro réussi.

© Netflix

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