Quatre ans après L’Atelier, Laurent Cantet est de retour derrière la caméra avec Arthur Rambo, qui comprend au casting Rabah Naït Oufella, Sofian Khammes, Antoine Reinartz, Aleksandra Yermak ou encore Anaël Snoek. Présenté en avant-première lors de la vingt-deuxième édition de l’Arras Film Festival, le long-métrage se centre sur Karim D., un auteur en pleine ascension se voyant rattraper par son passé…

© Memento Distribution

S’imprégnant de thématiques ô combien contemporaines, Laurent Cantet met en place un drame implacable s’articulant autour d’une société pétrie dans ses contradictions à une époque où réseaux sociaux et médias sont de puissantes caisses de résonnances – révélatrices d’un climat de délitement, le tout pour une chute sans filets de la lumière vers l’ombre.

A l’origine du long-métrage, le parcours de Mehdi Meklat, un chroniqueur radio devenu écrivain ayant vu sa carrière entachée à la suite de la découverte d’anciens tweets haineux écrit sous un pseudonyme. Une polémique servant de base au réalisateur et à sa coscénariste Fanny Burdino pour développer leur sujet, qui sert une remise en perspective de la parole individuelle sur l’autel de la liberté d’expression, ce qui est pour le moins délicat. Fort heureusement, notre tandem évite les pièges qui pouvaient facilement se trouver sur leur chemin en apportant la nuance nécessaire pour justement évoquer une intrigue reposant sur la notion d’ambiguïté, avec cette histoire d’ascension brisée en plein élan. Ainsi, dans une trajectoire similaire à celle d’Icare, nous assistons à la déchéance d’un homme se brûlant les ailes, ne pouvant que se laisser entraîner vers le fond face à une tempête qu’il a contribué à nourrir.

Laurent Cantet nous entraine dans l’œil du cyclone en se concentrant sur quarante-huit heures décisives de la vie d’un auteur en pleine gloire, qui va apprendre à ses dépends de la portée de ses mots. En pleine promotion de son roman, intitulé Débarquement, Karim D. s’extasie de son passage sous le feu des projecteurs avec une exposition lui ouvrant les portes d’un milieu qu’il n’aurait jamais cru intégrer. Alors que les ventes de son livre sont prometteuses et que de nombreuses opportunités s’offre à lui, notre homme voit son instant de gloire lui filer sous les doigts le temps d’une nuit chaotique. Sans crier gare, une pléiade de messages sulfureux écrit par ce dernier sous couvert d’un pseudonyme – Arthur Rambo – se voient exhumés sur les réseaux sociaux. Des tweets antisémites, homophobes, misogynes qui créent d’emblée une polémique d’envergure aux allures de spirale infernale broyant tout sur son passage.

En prenant le soin de ne prendre aucun parti et de rester au-dessus de la mêlée, Arthur Rambo parvient à dénoncer intelligemment les dérives de son personnage principal en parallèle de ceux de la sphère médiatique. Un emballement exacerbé par la pression des réseaux, qui amène à une mise au pilori sans ménagement. Une escalade très justement dépeinte, l’isolation progressive de Karim passant par le regard des autres et leur ressenti. Cette colère latente gagne d’ailleurs en intensité alors que le sol se dérobe sous les pieds de l’auteur, les conséquences de ses actions prenant une tournure calamiteuse. Grâce à une mise en scène manageant savamment ses effets, avec un choix pertinent d’incrustation de ces messages de la discorde, la trajectoire de Karim prend tout son sens – avec notamment cette idée de dichotomie.

Comment l’auteur, qui a su briller de par ses écrits, apportant un regard neuf sur les banlieues et l’immigration, peut-il être à l’origine d’une telle débauche de haine – même sous le ton de l’humour noir ? De cette contradiction entre les différentes facettes de notre héros déchu se voit remis en cause son combat pour l’intégration, aussi bien dans l’espace publique que privé, accélérant par effet collatéral la fracture sociale d’un pays déjà bien fragilisé par haine. Un point délicat qui n’est pas éludé et qui apporte un cachet supplémentaire à cette œuvre, d’autant plus qu’elle permet à Rabah Naït Oufella de montrer qu’il est définitivement un talent à suivre, nous livrant une performance constamment sur le fil – avec une riche palette de jeu.

Dans une société de l’émotion, où il n’y a pas de place pour la nuance, se fracture chaque jour davantage les rouages de la démocratie. Un constat amer qui ressort d’Arthur Rambo, qui analyse avec recul et pertinence la portée de la parole individuelle ainsi que la force de frappe des médias dans un drame intense qui met le public face aux contradictions de notre époque.

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