Six ans après Spectre, qui fût un temps considéré comme le dernier opus de l’ère Daniel Craig avant que ce dernier ne décide de rempiler, la saga James Bond se pare d’un nouvel opus à l’aube de son soixantième anniversaire, intitulé Mourir Peut Attendre. Mis en scène par Cary Joji Fukunaga (Jane EyreTrue DetectiveManiac) et réunissant au casting Léa Seydoux, Ralph Fiennes, Lashana Lynch, Rami Malek, Naomie Harris, Ben Wishaw, Ana de Armas, Christoph Waltz, Jeffrey Wright ou encore Billy Magnussen, celui-ci nous reconnecte avec ce cher Bond qui, après avoir pris une retraite bien méritée, reprend du service suite à une demande de son ami de la CIA, Felix Leiter…

Après quinze ans de bons et loyaux services, l’heure de remettre le smoking et le Walter PPK au placard est finalement arrivée pour Daniel Craig. Si nous pensions que Spectre était l’ultime mission de cette itération de James Bond, Barbara Broccoli et Michael G. Wilson sont parvenus à convaincre l’acteur de prendre part à un round supplémentaire, qui s’est transformé en chemin de croix niveau production. Tout d’abord confié à Danny Boyle, le projet a eu le droit à un faux départ puisque le réalisateur a fini par claquer la porte de Eon Productions suite à des divergences d’opinions, retardant le tournage de ce vingt-cinquième volet de plusieurs mois. Celui-ci se concrétisera finalement avec l’arrivée de Cary Joji Fukunaga, mais la pandémie de COVID-19 vint perturber sa sortie. Mainte fois repoussé, Mourir Peut Attendre a finalement pu se faire une place sur grand écran, pour le plus grand plaisir des fans, qui ont su prendre leur mal en patience pour découvrir comment se conclut l’ère Craig.

Comment offrir une porte de sortie convenable à ce cher 007 ? Une question difficile, d’autant plus lorsque Sam Mendes a joué la carte de la retraite durant les derniers instants de Spectre, qui voyait notre agent filer vers le soleil au volant de son Aston Martin. Cette solution déjà utilisée, il fallait redoubler d’efforts pour à la fois donner une raison valable au retour de James Bond dans le monde de l’espionnage tout en tentant d’apporter une conclusion à la hauteur du personnage. Une tâche ardue pour l’équipe créative, qui a oscillé entre plusieurs trajectoires avant de trouver la bonne, le départ de Danny Boyle ayant mené à une session de réécriture complète, le script initial de John Hodge finissant aux oubliettes. Ainsi, Eon Productions a rappelé le tandem Robert Wade/Neal Purvis, qui officient sur la franchise depuis Le Monde Ne Suffit Pas, pour partir sur de nouvelles bases, ceux-ci étant aidés au fur et à mesure de leur travail par Phoebe Waller-Bridge, Scott Z. Burns et Cary Joji Fukunaga, qui a apporté sa pierre à l’édifice. Tout ce beau monde s’est donc attelé à mettre un point final sur un chapitre composé de cinq longs-métrages, ce qui n’était pas une mince affaire. Ce que nous ressentons à l’écran.

Avec Mourir Peut Attendre, nous assistons à l’iconisation de l’agent secret le plus célèbre de sa Majesté, James Bond se voyant mystifier sur l’autel de l’héroïsme, l’homme prenant le pas sur l’espion au travers une quête crépusculaire qui en divisera plus d’un. Ce qui est certain, c’est que le parti-pris des scénaristes permet d’amener la saga vers un sentier encore peu emprunté en près de soixante ans d’existence, celui du sentimentalisme, avec un protagoniste faillible et sensible. Par le passé, cela s’était par exemple traduit avec Au Service De Sa Majesté ainsi que Tuer N’est Pas Jouer, qui démontrait que cette volonté de s’éloigner du moule pouvait porter ses fruits. Pour y parvenir cette fois-ci, l’idée est de s’appuyer sur la continuité des opus porté par Daniel Craig et implique de se servir des cendres de Spectre pour proposer un retour aux affaires qui ait un impact émotionnel en se voulant un hommage à cette période définie, achevant tous les arcs développés depuis Casino Royale. En découle un long-métrage des plus denses – d’une durée de deux heures quarante-cinq – qui tire un maximum de ficelles pour convaincre le public de son importance, ce qui vient quelque peu plomber son efficacité.

Si se référer au passé est un excellent point, aidant à donner du poids à ce baroud d’honneur, Cary Joji Fukunaga et ses camarades d’écriture ne parviennent pourtant pas à faire coïncider tous les fils rouges développés, amenant à des disparités qualitatives en matière d’intrigue, qui joue aux montagnes russes. Démarrant au quart de tour avec une introduction particulièrement réussie, qui menace l’équilibre nouvellement trouvé par Bond et sa compagne Madeleine Swann, ce vingt-cinquième volet diverge des conventions habituelles de la franchise en jouant la carte de l’introspection, le tout avec flegme. Eloigné de l’échiquier géopolitique et se vouant à une vie de solitaire, James doit réapprendre à naviguer dans cet océan opaque lorsque son ancien camarade de la CIA, Felix Leiter, fait appel à ses services. De quoi alimenter une première partie à la hauteur des enjeux, où notre ex-agent renoue avec l’environnement qui était le sien auparavant, avec décontraction. Au programme, une investigation centrée sur une menace bactériologique, amenant d’abord une confrontation avec anciens ennemis et collègues, avant de dériver sur un terrain plus personnel.

Ainsi, si l’on prend plaisir à suivre notre électron libre dans sa mission, qui implique de croiser une Ana de Armas détonante et d’assister à des retrouvailles piquantes avec le MI-6 – nous permettant de constater que deux 007 peuvent occuper le devant de la scène – les choses se corsent pourtant à mi-parcours. En cause, l’émergence de l’ennemi principal de Mourir Peut Attendre qui, trouvait du sens au départ en se tenant au poste d’élément perturbateur, amène les scénaristes à revenir sur des rails plus classiques. En ne sachant pas réellement quoi faire de Safin, dont les motivations sont peu claires, le film nous ressort le big bad et son envie de détruire le monde, ce qui vient plomber les deux derniers actes du scénario. Ce méchant – interprété avec peu d’entrain par un Rami Malek sous exploité – se révèle peu charismatique, ce qui s’avère bien dommage, car de son plan ‘diabolique’ repose la conclusion de cet ultime épisode. Et de ce côté là, apprécions l’effort de conclure l’ère Craig en mettant en avant la spécificité de son James Bond, celui d’avoir du cœur malgré ses airs de brute. Entre ses amours contrariés avec Vesper Lynd dans Casino Royale et Madeleine Swann dans ce diptyque débuté avec Spectre, notre espion s’est démarqué en laissant ses émotions prendre le pas sur son discernement.

Un trait de caractère qui a ici toute son importance, étant la clé du dénouement venant parachever le développement du personnage, en l’iconisant. Devenant un héros tragique, Bond nous fait ses adieux avec éclat, Cary Joji Fukunaga faisant des choix qui ne manqueront pas de diviser les amateurs de la franchise. Une prise de risque finale qui vient rehausser le niveau – venant contrebalancer la faiblesse d’un ennemi mal écrit – même si le réalisateur se laisse aller à un symbolisme peu subtil pour terminer son récit. Cela permet en tout cas à Daniel Craig de faire ses adieux à 007 d’une manière convenable, l’acteur livrant ici une prestation plus nuancée, plus intimiste, mettant en avant la part d’humanité de son alter-ego, qu’il quitte par la grande porte.

Eon Productions

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