Pour sa première incursion sur le grand écran, la réalisatrice Emma Seligman adapte Shiva Baby, le court-métrage éponyme qui l’a fait connaître en 2018 et s’associe de nouveau à son actrice principale, Rachel Sennott, pour étendre cette aventure. Comprenant également au casting Molly Gordon, Fred Melamed, Polly Draper, Danny Deferrari ou encore Diana Agron, le film nous fait suivre l’après-midi pour le moins compliqué de la jeune Danielle, qui prend part à une Shiva, un rituel juif qui est accompli après la mort d’un proche…

Diffusé en exclusivité sur la plateforme Mubi en France, Shiva Baby est un essai prometteur de la part d’Emma Seligman, qui nous gratifie d’une comédie caustique et acerbe où les codes du vaudeville et du thriller s’entrechoquent afin d’instaurer un semblant de chaos sur une réunion familiale pour le moins cocasse reposant sur un humour noir de plus bel effet.

On le sait, passer du format court au long peut s’avérer être un exercice difficile, avec comme principale problématique de maintenir l’intégrité de l’œuvre se voyant rallongée en évitant les ajouts inutiles, pouvant atténuer sa qualité. Dans ce cas précis, c’est tout l’inverse qui se produit, Emma Seligman parvenant à approfondir ses enjeux ainsi qu’à redoubler d’ingéniosité pour décupler le malaise qu’elle veut instaurer, ce qui s’avère diaboliquement efficace (les plus curieux d’entre vous qui voudraient découvrir à quoi ressemblait cette version originelle, réalisée pour la New York University Tisch School of the Arts, à cette adresse).

L’intrigue de Shiva Baby se centre sur Danielle, une jeune-femme à l’aube de sa vie d’adulte, dont les névroses et les doutes ressurgissent au plus mauvais moment, lors d’une Shiva. Un évènement où le recueillement est de mise mais qui devient une source d’angoisse pour notre protagoniste alors que cette réunion familiale la met face à ses mensonges et à ses choix de vie. Avec une unité de lieu et de temps, le long-métrage devient le théâtre d’un spectacle grinçant, Seligman – qui officie également au scénario – mettant un point d’honneur à faire progressivement grimper la température afin de rendre l’atmosphère intenable. En ménageant savamment ses rebondissements, ce huis-clos monte en pression avec brio, alors que le petit monde de Danielle peut s’écrouler à tout moment.

Ici, tout est question d’apparence, amenant ainsi à la réflexion sur le poids des conventions et de la communauté. Entre remarques des uns et des autres sur l’image qu’elle devrait renvoyer, sur la direction que devrait prendre sa carrière et plus généralement son avenir, notre héroïne voit la façade derrière laquelle elle se réfugie se craqueler alors que cette journée infernale se poursuit avec son lot d’encombres et de rencontres fortuites, avec entre autres réjouissances – pour le spectateur- retrouvailles avec une connaissance (Molly Gordon) dont les relations sont ambiguës mais surtout apparition d’un amant (Danny Deferrari) cachant plus d’une surprises. De quoi délivrer de beaux malaises à l’écran.

Outre son scénario aux petits oignons, servi par des dialogues mordants, soulignons également la mise en scène maitrisée d’Emma Seligman, qui prend un malin plaisir à nous faire rire jaune en jouant habilement avec les codes du thriller et de l’horreur pour exacerber ce sentiment d’agitation qui transpire dans chaque pore de son film.

Outre son scénario aux petits oignons, servi par des dialogues mordants, soulignons également la mise en scène maitrisée d’Emma Seligman, qui prend un malin plaisir à nous faire rire jaune en jouant habilement avec les codes du thriller et de l’horreur pour exacerber ce sentiment d’agitation qui transpire dans chaque pore de son film. L’utilisation de plans serrés, la présence accrue de figurants ainsi que la présence d’une musique stridente de la part du compositeur viennent ainsi instiller un climat anxiogène à l’ensemble, qui est l’un des points forts de Shiva Baby. Autre atout non négligeable, la direction d’acteur orchestrée par la réalisatrice, qui permet notamment et à Rachel Sennott de laisser exprimer sa large palette de jeu, composant avec un personnage au final attachant, l’actrice faisant paraître avec aisance les forces et les faiblesses de cet alter-ego à la croisée des chemins.

Avec Shiva Baby, Emma Seligman réussit son entrée dans le monde du septième art en nous livrant une comédie irrévérencieuse pointant avec sarcasme les petits travers d’une société soucieuse de son image en se concentrant sur les pressions dérivant de cette mode du paraître dans le cercle familial. Grâce à un scénario et une réalisation soignée, ce huis-clos aux allures de thriller existentiel fait mouche et se révèle être n premier essai prometteur pour la suite de la carrière de notre réalisatrice en herbe.

© Mubi France

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