L’été dernier, Spider-Man : Far From Home concluait officiellement la Phase 3 de l’Univers Cinématographique Marvel, refermant ainsi la page de The Infinity Saga, qui aura duré onze ans et vingt-trois films. Voulant changer de formule pour la suite des évènements, Kevin Feige a eu l’idée de partager le prochain chapitre du MCU entre le petit et le grand écran.

Alors que Black Widow aurait dû inaugurer cette quatrième Phase, la pandémie de coronavirus a bouleversé les plans de Marvel Studios, le film de Cate Shortland, laissant WandaVision servir de rampe de lancement à cette nouvelle ère. Disponible sur la plateforme Disney +, la série, supervisée par Jac Schaeffer, réunit Elizabeth Olsen, Paul Bettany, Kathryn Hahn, Teyonah Parris, Randall Park, Kat Dennings, Josh Stamberg, Emma Caulfield ou encore Debra Jo Rupp et nous fait suivre la vie idyllique de Wanda Maximoff et Vision au sein de la chic banlieue de WestView…

Première série estampillée Marvel Studios (les précédentes productions, d’Agents Of S.H.I.E.L.D. à Helstrom étant labelisées Marvel Television), WandaVision est le point de départ d’une nouvelle stratégie, destinée à mettre en avant des personnages clés du MCU et de lancer des pistes sur le futur du MCU, offrant une expérience différente des longs-métrages proposés depuis 2008, ce qui est effectivement le cas ici.

La création de Jac Schaeffer joue la carte de l’originalité pour traiter de ses thématiques, le parcours de Wanda Maximoff et Vision s’agrémentant d’un voyage cathodique dans l’univers de la télévision américaine, pour un résultat déroutant mais intrigant à suivre. Se consacrant aux conséquences d’Avengers : Endgame, WandaVision nous immerge dans le quotidien idéal du couple formé par nos deux super-héros, qui se déroule bien étrangement sous la forme d’une sitcom des années 50. Fiction et réalité semblent se confondre alors que nous constatons instantanément que quelque cloche ne tourne pas rond à WestView, cette ville résidentielle où tout est aseptisé, où tout le monde est gentil. Une ambiance bucolique prêtant à la légèreté, un effet renforcé par les situations comiques et cocasses auxquelles sont confrontées notre tandem principal. Sauf que derrière les rires, se camoufle une sombre vérité.

Ceux connaissant l’Univers Cinématographique Marvel sur le bout des doigts ainsi que les amateurs de comics sauront rapidement quel arbre cache la forêt et après deux épisodes introductifs, l’équipe créative lève progressivement le voile sur ce qu’il se trame réellement dans l’enceinte de cette banlieue chic, tout d’abord au travers les interrogations de Vision puis par le biais du monde extérieur, qui confirment que cette bulle dans laquelle gravitent la majorité de nos personnages n’est qu’un cocon destiné à bercer d’illusions Wanda, en proie à une crise existentielle suite à ce qu’il est arrivé durant Avengers : Endgame. Voilà le sujet principal de la série, à savoir la difficulté de faire son deuil et d’affronter la douleur, une épreuve cruciale pour l’évolution du personnage, qui se fait dans un contexte des plus particuliers, où le malaise règne en maître, dans le bon sens du terme. Ce mirage d’une vie comblée, avec un mari et des enfants aimants, ne fait que refléter la peine que ressent notre héroïne, dont la perte de contrôle révèle une toute-puissance jusque là rarement abordée sur grand écran.

L’évocation de la dépression de Wanda Maximoff est un élément clé dans la qualité de WandaVision, car celle-ci se fait via un angle atypique – pour une production Marvel Studios tout du moins. L’idée de nous plonger dans ce genre télévisuel qu’est la sitcom est clairement bien pensé, oscillant entre hommage sincère et pastiche à des programmes cultes comme The Dick Van Dyke Show, I Love Lucy, Ma Sorcière Bien Aimée, Malcolm ou encore Modern Family, offrant un décalage bienvenue à l’aspect dramatique qui nous occupe ici, avec en prime une analyse de ce medium qu’est la télévision, à l’image d’une discussion entre Wanda et Vision à propos d’un épisode de Macolm ou Hal (Bryan Cranston) voit une partie de sa maison lui tomber dessus, pour la plus grande stupéfaction de notre synthésoïde qui ne perçoit pas la différence entre ce qui se passe derrière l’écran et dans la réalité. Mieux encore, cette utilisation des tropes propre aux sitcoms ne sert pas que de simple artifice, le fond et le forme se rejoignant au final sur l’autel de l’affect, devenant une autre preuve de la détresse de notre Sorcière Rouge en devenir, qui se réfugie dans des souvenirs réconfortants du passé pour ne pas s’exposer au présent.

© Marvel Studios/Disney +

Si l’évolution de Wanda et son acceptation du deuil, de même que son existence aux côtés de Vision et de leur tribu, sont les points forts de la série – prouvant que Marvel Studios sait manier l’émotion avec justesse quand ils veulent – apprécions également cette unité créée avec le MCU avec le retour de seconds-rôles déjà aperçus dans certains films, comme Darcy Lewis, Jimmy Woo mais surtout Monica Rambeau qui permet de montrer les répercussions du fameux ‘Blip’ de Thanos dans les deux derniers Avengers – traités à la légère dans Spider-Man : Far From Home. Enfant dans Captain Marvel, la fille de Maria Rambeau – meilleure amie de Carol Danvers – est une des victimes du claquement de doigt fatal du Titan Fou, revenant sur la surface de la Terre après cinq ans d’absence. Une protagoniste intéressante à suivre, sa trajectoire étant complémentaire de celle de Wanda, devant avancer vers l’inconnu, ses repères n’étant plus les mêmes depuis sa disparition, et accepter cette nouvelle situation – l’aidant à s’affirmer au sein du S.W.O.R.D., organisation qui aura son importance dans la suite des évènements de l’univers cinématographique et à devenir la super-héroïne qu’elle était destinée à être (Photon dans les comics).

Plaisante à regarder dans son ensemble, WandaVision n’est pourtant pas exempt de défaut, à commencer par sa durée. Si l’on comprend aisément que pour coller au format sitcom, chaque épisode dure une trentaine de minutes – générique compris – il est dommage de n’avoir eu que neuf chapitres pour développer cette excursion magique au sein de WestView et l’on ressent grandement que la pandémie de coronavirus a dû jouer un grand rôle dans ce choix, tout portant à croire qu’un dixième volet était prévu à l’origine (ndlr : une information confirmée par le réalisateur Matt Shakman dans le podcast de Kevin Smith). De ce fait, difficile de ne pas trouver la conclusion de la série trop précipitée, avec des antagonistes trop facilement expédiés et des personnages invisibilisés – sans oublier un Vision 2.0 disparaissant aussi vite qu’il est arrivé. Autre problématique, le sens du teasing de Marvel Studios, aimant lancer des pistes, menant des fois à des déceptions (on se souvient du tollé provoqué par Le Mandarin dans Iron Man 3) ce qui est le cas ici, une faute que l’on doit à des erreurs de communication, acteurs, producteurs enjolivant les choses au grand dam des fans. Outre des références ne menant à rien, à part à la spéculation, la plus grande déception réside dans le rôle donné à un certain Pietro, qui aurait pu servir de jonction avec une certaine franchise et ouvrir le champ des possibles quant au multiverse mais qui se révèle n’être qu’un simple leurre.

Malgré de fausses pistes quelques peu décevantes et un épisode final en deçà des attentes, WandaVision n’en reste pas moins une série attrayante qui, grâce à sa forme, fait souffler un petit vent frais sur le MCU à l’aube de cette quatrième Phase. Principal intérêt de cette proposition originale, le développement de Wanda Maximoff et son évolution en tant que Sorcière Rouge, offrant à Elizabeth Olsen de quoi montrer l’étendu de sa palette de jeu et d’étoffer la composition de son alter-ego, qui crève enfin l’écran. Si Paul Bettany ne démérite pas, ce dernier continuant d’ajouter une part d’humanité à Vision, de même que Teyonah Parris et Kathryn Hahn, qui s’éclate dans la peau d’Agatha Harkness, Olsen est l’atout cœur de WandaVision et l’on à hâte de voir où ce chapitre ‘WestView’ va emmener son personnage, qui est prête à faire jeu égal avec Stephen Strange dans Doctor Strange : The Multiverse Of Madness.

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