[Critique] Brutus vs. César, franchir le Rubicon

Deux ans après Mauvaises Herbes, l’humoriste Kheiron est de retour derrière la caméra pour Brutus vs. César, une comédie réunissant à l’écran Thierry Lhermitte, Gérard Darmon, Pierre Richard, Bérengère Krief, Ramzy Bedia, Reem Kherici, Artus, Eye Haïdara ou encore Issa Doumbia et nous plongeant dans la Rome antique afin de suivre les mésaventures de Brutus, le fils renié de l’impitoyable Julius César…Prévu initialement pour être diffusé au cinéma, le long-métrage est devenu une exclusivité Amazon Prime Video, que vous pouvez découvrir dès à présent sur la plateforme de streaming.

En s’aventurant dans le domaine de la parodie avec Brutus vs. César, Kheiron se prend malheureusement les pieds dans sa toge en proposant un péplum qui se veut décalé mais qui échoue à sa mission première : nous faire rire.

Le scénario, concocté par l’humoriste, ne manque pourtant pas d’ambition et l’on ressent une sincérité dans sa démarche de se démarquer de ses deux premières réalisations, à savoir Nous Trois Ou Rien et Mauvaises Herbes, en tentant de proposer au public une comédie pure. Mais ce franchissement du Rubicon va au final lui porter préjudice, la faute à des décisions plus qu’hasardeuses au niveau de son script et de sa mise en scène. Jouant avec l’Histoire, Kheiron nous plonge ainsi dans les rues de Rome durant l’Antiquité, avec comme point de départ l’assassinat de César par des sénateurs dont son fils Brutus. Enfin plutôt la tentative dans les faits car s’appropriant les codes de la parodie, notre acteur/scénariste/réalisateur s’affranchit de la véracité historique, le meurtre ne portant ici pas ses fruits à cause d’une maladresse de notre complotiste en herbe, élément déclencheur du voyage initiatique qui nous attend.

Apprenant à ses dépends que vouloir tuer son illustre paternel peut avoir de graves conséquences, Brutus va subir une série d’épreuves pour le moins cocasses le faisant passer de zéro à héros, une réhabilitation qui n’est pas de tout repos ni pour le rejeton de César ni pour nous public. Si on lui reconnaît quelques qualités comme son casting imposant et diversifié de même qu’un certain capital sympathie, fait que l’on doit avant tout au tandem Thierry Lhermitte/Gérard Darmon – survolant le film – on peut tout de même déplorer que Brutus vs. César ne brille guère par son humour. Certes, des répliques font mouche et certains passages font sourire mais dans l’ensemble nos zygomatiques sont loin d’avoir été sollicités, la majorité des éléments comiques établis tombant à plat.

En usant et abusant des mêmes ficelles d’un bout à l’autre de son long-métrage, aussi bien au niveau des anachronismes que des gimmicks (dont pâtissent à la longue les personnages de Brutus et César), Kheiron ne parvient pas à insuffler un vent de fraîcheur dans le monde de la parodie et on ne sent aucun renouvellement dans le genre qui, depuis quelques années a été mis à mal par de nombreuses productions françaises – on pense notamment à Robin Des Bois, La Véritable Histoire et Les Nouvelles Aventures D’Aladin. Le parcours de Brutus de l’Italie à la Gaule est un minimum divertissant à suivre – grâce à sa distribution – mais pêche par la lourdeur de plusieurs séquences, la palme revenant à celle impliquant Pierre Richard et une explication imagée du coït. De plus, le format, privilégiant les sketchs, finit par installer un faux rythme, ceux-ci tombant une fois sur deux à l’eau. Un manque de dynamisme se fait ressentir, particulièrement dans sa deuxième partie, ce qui est dommage puisque le film est très court, servant d’amuse-bouche à un projet plus grand, volonté ouvertement confirmée.

Difficile de reconnaître la patte de Kheiron tant bien à l’écriture qu’à la mise en scène, puisque celle-ci se montre assez mollassonne et peu inspirée, donnant l’impression d’un bridage au niveau créatif. Malgré un tournage au Maroc dans des décors imposants (ayant servis notamment à Gladiator), ceux-ci ne sont que trop rarement mis en valeur et aucune séquence n’est visuellement marquante. Même constat lorsque nous entrons en territoire gaulois qui, à part un camp romain, s’avère assez vide en terme d’imagerie. Il y a clairement un problème de budget et cela se voit à l’écran. Pour pallier ce défaut, notre humoriste essaye de donner le change mais même lorsqu’il tente de s’attaquer à des scènes d’actions, utilisation de ralentis à l’appui, rien n’y fait, l’aspect ‘cheap’ persiste.

Malgré une distribution aux petits oignons et un sujet porteur, Kheiron se loupe quelque peu pour son arrivée dans le monde de la parodie, Brutus vs. César souffrant d’un scénario plombé par un humour peu inspiré lui faisant défaut et d’une mise en scène ne faisant pas honneur au péplum qu’il était censé être. Nous sommes face à une introduction poussive à ce qui s’apparente à une future saga comique, si l’on en croit l’intention de l’humoriste. Si suite il y a, on ose espérer que ce dernier se débride et propose un spectacle plus divertissant que celui-ci, qui ne restera pas dans les mémoires.

© Amazon Prime Video

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