[Critique] Adoration, vertiges de l’amour

Deux ans après Message From The King, le réalisateur belge Fabrice Du Welz revient derrière la caméra avec Adoration, un drame comprenant au casting Thomas Gioria, Fantine Harduin, Benoît Poelvoorde, Gwendolyn Gourvenec et Laurent Lucas, nous faisant suivre le parcours de deux adolescents, tombant passionnément amoureux l’un de l’autre…

Avec Adoration, Fabrice Du Welz nous plonge dans une valse des sentiments passionnée et incandescente, pour un road-trip initiatique teinté d’onirisme qui ne manque pas de charme.

Le scénario du long-métrage, co-écrit par le réalisateur, Vincent Tavier et Romain Protat dresse le portrait d’âmes esseulées, en l’occurrence ici Paul, adolescent solitaire trouvant dans la nature de quoi combler son quotidien et Gloria, jeune-fille souffrant de schizophrénie, une maladie l’amenant à se faire interner en hôpital psychiatrique. Nos deux personnages principaux vont se rencontrer dans ce cadre particulier, pour un coup de foudre immédiat, engendrant une dévotion dévastatrice.

La relation entre ces âmes sœurs est ce qui fait fonctionner Adoration, leur amour sans limites les emmenant sur le chemin de tous les possibles et les poussant à l’émancipation. Nous nous retrouvons face à voyage vers l’inconnu, qui se démarque du format classique du conte initiatique en distillant une atmosphère poétiquement lugubre, entre ombre et lumière, où la vie et la mort sont les deux faces d’une même pièce. De ce climat particulier, à l’aura proche de la rêverie, le parcours de Paul et Gloria se veut une ode au romantisme, la passion les unissant restant plus fort que tout même lorsque leur innocence se heurte aux affres de la vie d’adulte, de ses petits bonheurs à ses grands tourments.

En résulte une histoire d’amour incandescente et ravageant tout sur son passage, qui puise sa force dans la partition sans faille de son tandem principal, Thomas Gioria et Fantine Harduin, les deux acteurs portant Adoration sur leur frêles épaules, réussissant sans peine à électriser l’écran de leur présence et à nous faire croire aux troubles de leur personnage. Encore mieux, ils tiennent la dragée haute à Benoît Poelvoorde dans la dernière partie du long-métrage, ce dernier s’accaparant souvent le devant de la scène et parvenant à s’effacer face à nos deux tourtereaux dans la peau d’un veuf à fleur de peau.

La singularité de cette escapade vers de meilleurs lendemains est renforcée par la réalisation de Fabrice Du Welz, qui livre un film naturaliste convoquant nos sens, cette sensorialité émanant de la photographie fantasmagorique de Manu Dacosse, qui nous introduit à un monde à la fois lumineux et brumeux, témoignant du trouble intérieur des personnages. Au niveau de la mise en scène, l’austérité affichée, avec ce parti pris d’user de plans rapprochés est un choix artistique compréhensible, accentuant à raison le lien entre Peul et Gloria et accentuer leurs émotions. On pourra tout de même reprocher un symbolisme trop appuyé, à l’image de tous ces oiseaux, de mauvais augure bien entendu, que nous apercevons en filigrane durant le long-métrage.

Jouant avec les contradictions, Fabrice Du Welz propose un hymne au romantisme poétiquement sombre, nous immergeant dans une histoire d’amour pure mais destructrice, de toute beauté mais tourmentée, pour un road-movie initiatique pour le moins iconoclaste et ne laissant pas indifférent porté par un duo de comédiens au diapason, nous faisant croire à cette passion dévorante.

Adoration

©  Les Bookmakers / The Jokers

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