[Critique] Proxima, couper le cordon

Quatre ans après Maryland, la réalisatrice Alice Winocour est de retour derrière la caméra avec Proxima, qui vient d’être présenté lors de la vingtième édition de l’Arras Film Festival. Réunissant au casting Eva Green, Matt Dillon, Sandra Hüller, Lars Eidinger et Zélie Boulant-Lemesle, le film se centre sur une astronaute française qui se prépare pour une mission sur Mars.

Avec Proxima, Alice Winocour conjugue l’universalité que représente la conquête de l’espace à la promiscuité du cocon familial.

Le scénario, co-écrit par la réalisatrice et Jean-Stéphane Bron, traite de la relation filiale sous le prisme du film spatial, déjouant les codes du genre pour mieux nous amener sur un terrain plus terre-à-terre à défaut de nous faire quitter l’atmosphère.

Proxima est avant l’histoire d’une mère, qui a tout mis en oeuvre pour concilier sa vie professionnelle et personnelle, se soldant par un parcours exemplaire lui ouvrant les bras de la planète Mars. Cette opportunité d’une vie est également synonyme de séparation, d’isolement, ce qui a pour conséquence d’éloigner Sarah de sa fille, Stella. En prenant le contre-pied du genre pour mieux se concentrer sur la psychologie et le réalisme que représente un tel engagement, le long-métrage nous convie à un voyage intime, ce qui en fait sa force principale, grâce à l’angle choisi.

Le film nous fait garder les pieds sur Terre pour mettre en exergue l’implication que représente une mission d’une telle envergure. À travers le parcours de Sarah, nous découvrons avec un soucis du réalisme le processus d’entraînement de l’Agence Spatiale Européenne, qui nous entraîne du centre de Star City au cosmodrome de Baïkonour. De la rigueur et de la froideur ambiante, la combativité et la fragilité de son personnage principal permet de contre-balancer pragmatisme et émotion.

Le coeur de Proxima réside d’ailleurs dans la relation mère/fille avec ce cordon familial mis à rude épreuve et cette séparation forcée, faisant ressortir l’aura poétique et touchante du film. La performance d’Eva Green est le moteur de cette histoire, l’actrice mettant aussi bien son énergie physique que psychologique dans sa performance. Son corps et son esprit souffrent et nous ressentons aisément les doutes qui assaillent le personnage, devant faire ses preuves devant certains hommes doutant de ses capacités (on pense à Matt Dillon, qui campe le stéréotype de l’astronaute sur de lui mais possède tout de même du matériel pour étoffer sa prestation) et mettre de côté ses ressentiments pour garder en tête son objectif final. Zélie Boulant-Lemesle offre une partition sensible, complétant le tandem qu’elle forme avec Eva Green et nous compatissons à sa difficulté à s’adapter aux changements et à apprendre à vivre sans sa mère. Oscillant entre tristesse et colère, les paroles et les non-dits de la jeune-fille participent à notre affect pour ce drame intimiste.

L’aspect réaliste de cette immersion dans les coulisses de l’aérospatiale propose un regard assez rare sur les dispositifs mis en place pour conditionner les astronautes, ce qui est bienvenue et la caméra d’Alice Winocour profite de tous les lieux qui lui sont ouverts pour mieux appuyé les propos de son récit. Ainsi la détérioration de ce lien mère/fille est renforcé par la réalisation qui joue avec le cadre temporel et physique pour éloigner Sarah et Stella. Que ce soit à travers des vidéos, des conversations téléphoniques ou encore un parloir, les deux protagonistes sont sans cesse séparés par les éléments et cela influe sur leur relation, chacune devant apprendre à faire sans l’autre dans son quotidien, alors que la première sera dans les étoiles et la seconde sur la terre ferme.

Avec Proxima, Alice Winocour livre à travers la thématique de la mission spatiale, traité sans fard, un long-métrage délicat sur les relations filiales et sur la force émotionnelle des femmes, en rendant hommage à leur courage et leurs engagements. Porté par le duo Eva Green/Zélie Boulant-Lemesle, ce drame intimiste ne manque pas de cœur.

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© Pathé

2 réflexions sur “[Critique] Proxima, couper le cordon

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