[Critique] Aladdin, point de génie sans grain de folie

Deux ans après avoir réalisé Le Roi Arthur, le réalisateur britannique Guy Ritchie s’attaque à l’adaptation live d’un classique de Disney, Aladdin. Avec un casting composé de Mena Messoud, Naomi Scott, Will Smith, Marwan Kenzari, Nasim Pedrad, et Navid Negahban, le long-métrage nous replonge dans les ruelles de la cité d’Agrabah où notre prince des voleurs s’apprête à vivre une aventure des plus magiques…

Pour son incursion dans l’univers Disney, Guy Ritchie nous livre une relecture d’Aladdin plutôt fidèle à l’oeuvre originale mais manquant cruellement d’âme.

Le scénario concocté par Ritchie avec l’aide de John August respecte dans les grandes lignes la trame du film d’animation de Ron Clements et John Musker, ce qui pourra rassurer les puristes. Au contraire ce choix conservateur pourra se révéler décevant pour ceux qui espéraient une ré-imagination plus poussée du dessin animé. Rassurons les deux partis, des changements sont à l’ordre du jours sauf que parmi ceux-ci, peu se révèlent judicieux.

La plupart d’entre nous connaissent donc l’intrigue du long-métrage, mêlant magie, Génie, intrigues amoureuses, quête de pouvoir, le tout étant bien entendu parsemé de chansons.
Parmi les modifications, notons que celle qui a réellement de l’importance est la réaffirmation de Jasmine en tant qu’égal de ses comparses masculins. Les scénaristes lui donnent un peu plus d’épaisseur, que ce soit avec un caractère plus trempé et des envies de pouvoir. La princesse se démarque du cadre dans lequel elle est enfermée et montre qu’elle peut tenir tête aux hommes de sa vie, d’Aladdin à Jafar en passant par son père et qu’elle a l’étoffe d’être une souveraine pour le peuple d’Agrabah. Une prise de position renforcée par la présence d’un titre inédit, Parler, qui clame haut et fort la place proéminente de notre princesse Disney ainsi que son rang. Pour le reste, l’ajout de nouveaux personnages n’ajoute pas grand chose à l’ensemble tout comme la sous-intrigue amoureuse concernant le Génie.

D’ailleurs en parlant de Jasmine et du Génie, retenons les prestations de Naomi Scott et Will Smith qui rehaussent le niveau du long-métrage avec leur charisme et apposent leur patte sur ces deux personnages, entre jeu toute en nuances pour la première et interprétation énergique pour le second. Le bon point pour Will Smith étant de ne pas offrir une pale copie de ce qu’avait réalisé Robin Williams dans le film d’animation de 1993.
Par contre, concernant Aladdin, si Mena Massoud fait le job, sa partition est bien trop lisse dans la peau de notre voleur au grand coeur et son manque de maturité dans le jeu est palpable, nous ne ressentons pas la gouaille et la malice de son pendant animé. Pire encore, ce que nous offre Marwan Kenzari avec sa relecture de Jafar, qui perd de son charme et de sa perfidie à cause d’une performance limite caricaturale, ce dernier se confortant à être ‘le méchant’ sans aucune aspérité et, il faut le dire que son costume et ses accessoires n’aident pas à lui donner de la prestance malheureusement alors que dans la grande majorité les costumes, couplant inspirations arabes et indiennes (un clin d’oeil à la comédie musicale inspirée du film de Clements et Musker), ainsi que les décors, ajoutent un certain cachet au long-métrage. N’oublions pas non plus Iago, relégué au rang de simple perroquets avec un minimum de répliques alors qu’il forme un excellent duo avec Jafar dans le dessin-animé et sa verve en faisait le meilleur personnage secondaire de l’oeuvre.

Autre problème, cette fois-ci avec la version française d’Aladdin, dont le doublage a des ratés au niveau de la synchronisation labiale, ce qui est dommage. Pour Anthony Kavanagh, Julien Alluguette et Hiba Tawaji, prendre la suite de Richard Darbois, Paolo Domingo et Magali Barney n’est pas une mince affaire mais si les deux derniers s’en sortent plutôt bien comparé à leurs prédécesseurs, Anthony Kavanagh, qui était très bon dans Vaiana ne parvient pas à insuffler la folie nécessaire au Génie, particulièrement dans les parties chantées. Si les partitions vocales sont en-deçà du film d’animation, la réorchestration par Alan Menken de ses titres sonne très bien sur grand écran.

Terminons avec la réalisation de Guy Ritchie, qui pour le coup a été sage et s’est effacé. Son style de mise en scène, si particulier, ne se retrouve que dans le plan séquence d’ouverture sur Les Nuits D’Arabie puis dans le numéro musical de Je Suis Ton Meilleur Ami. Le reste du temps, il se contente de suivre son intrigue et ne profite pas réellement de son matériau pour instaurer cette vigueur qu’on lui connaît, qui aurait pu servir dans le dernière partie du film où les enjeux dramatiques auraient pu donner lieu à de meilleurs idées scéniques. L’inspiration Bollywood est par contre un sympathique ajout, les danses étant bien chorégraphiées. Un résultat en demi-teinte donc.

Cette adaptation live d’Aladdin n’est pas la catastrophe annoncée et dans son ensemble, retrouver l’univers de Ron Clements et John Musker mais surtout les chansons écrites et composées par Alan Menken est agréable, rappelant de doux souvenirs d’enfance. Sauf que, si l’on excepte les prestations enjouées de Will Smith et Naomi Scott ainsi que quelques séquences bien pensées, la magie du dessin-animé est vite remplacée par une certaine fadeur, il manque un supplément d’âme pour recréer cette folie ambiante qu’était le classique de 1993.

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